24/09/2009
Les Damnés selon Py
Nourri de mythologies grecque et chrétienne, Olivier Py s’inspire de la figure de Saturne et de celle d’Abraham pour le personnage central de sa nouvelle pièce Les Enfants de Saturne. Quant aux autres protagonistes, ils semblent sortir autant de l’enfer des Damnés de Visconti que des bas-fonds du Salo de Pasolini.
Le patriarche (Bruno Sermonne) refuse de céder une once de son pouvoir à qui que ce soit. Les instances de son fils illégitime, Ré (Michel Fau) sont vaines. Et ses enfants légitimes vaquent à leurs perversions. Paul (Nâzim Boudjenah) a engrossé sa sœur Ans (Amira Casar) qui veut avorter. Simon (Philippe Girard) vient de perdre sa femme. Il convoite son fils, Virgile (Matthieu Dessertine), mais retenu par on ne sait quel fil moral, il achète les services sexuels du jeune Nour (Frédéric Giroutru), lequel se prostitue afin de payer le croque-mort (Pierre Vial) et offrir une tombe à son père.
Un ange exterminateur nommé Silence (Laurent Pigeonnat) châtiera les membres gangrenés de cette famille maudite, tandis que l’amour pur sauvera Virgile et Nour. Le nom de l’un évoque celui du poète revenu des enfers, l’autre signifie « lumière ». Ils s’aiment. C’est justice. La dernière séquence nous les montre, demi-nus, naufragés, sur une baleine, gentils enfants de Jonas, sauvés du désastre par Moby Dick.
Monsieur Loyal (Olivier Py) nous avait prévenus dès les premières répliques : « Si vous voulez voir un monde qui meurt, vous êtes aux premières loges ». Et, pour que nous ne perdions rien de la course à l’abîme, il nous installe sur un « gradin tournant ». Premier temps, le bureau de La République, journal du consortium Saturne où le père vaticine et le bâtard analyse. Deuxième étape, la chambre des amours clandestines : Paul et Ans d’abord, Simon et Nour ensuite, Simon et Virgile plus tard. Troisième arrêt : la demeure des Saturne, grand salon aux hautes fenêtres, où, devant un piano à queue, un musicien accompagne la veillée funèbre de la femme de Simon. Quatrième et dernier espace : le cimetière, ses tombes et ses mausolées, ses croix et ses cénotaphes, et la boutique des pompes funèbres baptisée : « Repos éternel ». Sur les murs de l’espace, des arbres gris, dénudés, des rideaux sombres nous emprisonnent.
Le sang tache les robes, et on offre au père un pâté de chair humaine comme chez les Atrée ou chez Shakespeare (Titus Andronicus). Les comédiens, dressés dans la violence et la cruauté de leurs personnages, mènent cette catharsis avec fierté. Ils sont beaux, humains, désespérés. Ils nous émeuvent. Leurs souffrances deviennent nôtres.
Pas de pitié pour les coupables !
Au bout du drame expiatoire, quand revient la lumière, nous sommes contents d’en sortir indemnes…
Les Enfants de Saturne
Odéon-Ateliers Berthier
01 44 85 40 40
theatre-odeon.eu
17:00 Écrit par Dadumas dans Littérature, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théâtre, littérature |
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Traversée d’une carrière
Francis Huster est de retour. Avec sa fougue, sa générosité, son respect des grandes œuvres, sa passion pour la littérature.
Il est seul, et on ne dira pas en scène, mais parmi nous, les spectateurs. Il commence dans la salle, par nous dire simplement, comment depuis toujours, en choisissant le Théâtre, il a voulu, éveiller les cœurs et nourrir les esprits.
Il esquisse à grands traits la traversée de sa carrière. Puis il raconte La Traversée de Paris, la vraie nouvelle de Marcel Aymé qui inspira le film éponyme et qu’Aurenche et Bost avaient un peu transformée.
Il est donc à la fois le narrateur et les protagonistes. Il est tour à tour Grandgil le superbe, Martin le profiteur et Jambier le pétochard. Et c’est un grand moment de Théâtre.
En rendant ainsi à Marcel Aymé toutes ses lettres, et en allant chercher dans son œuvre de quoi démentir les accusations portées contre lui, Francis Huster, nous fait redécouvrir et aimer un auteur.
Traversée de Paris d'après la nouvelle de Marcel Aymé
Théâtre des Bouffes-Parisiens
Du mardi au samedi, à 19 h
14:21 Écrit par Dadumas dans Littérature, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théâtre, culture, littérature |
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Tuer le père
De nombreux films (et téléfilms) montrent les enfants anéantis par le chagrin lorsque leur père meurt. Dans Thérapie anti-douleur de Laura Forti, aucun des enfants ne semble affligé. Ni Giulia (Anne Coutureau), spécialiste du roman feuilleton télévisuel, ni Lele (Gil Bourasseau), le frère trop « enveloppé », ni la maigre Gina (Gaël Rebel) ne paraissent bien attristés par le cancer de leur géniteur. Embarrassés, ça, oui ! De passer des heures à l’hôpital, et de devoir affronter les soucis de cette obligation. Tuer le père n'est ni facile, ni rapide.
Évidemment, leur père n’a pas été un bon père (Pierre Deny), il les a souvent humiliés : « des bons souvenirs, zéro », dit Lele. Ce n’était pas un bon mari non plus. Juste un homme qui en a vu de dures et qui en a gardé certaines habitudes : « Il est en train de mourir, et il pense à économiser ! » Entre colères, rancoeurs et désespoir, ils s’affrontent, s’ouvrent, se déchirent. Se découvrent aussi, à travers leurs attitudes, et grâce à deux personnages qui forment contrepoint de la situation : Madame Nigeria (Manga Ndjomo) dont le fils vient d’être amputé et à qui l’infirmière chef refuse l’accès à la salle, et Dragana (Isabelle Montoya), la jeune maîtresse de leur père, qui tient sur lui des propos contraires aux leurs.
La mise en scène d’Yvan Garouel partage le plateau en deux zones. La chambre où gît le patient à cour, la salle d’attente à jardin. C’est sobre et convaincant. La froideur du décor dit le manque d’amour, l’absence de compassion des protagonistes, comme de l’administration inhospitalière.
« Sans pitié, la mort est insupportable », dit le père. La vie aussi, cher Monsieur.
Mais au Théâtre, quand c’est bien joué, on supporte tout.
Thérapie anti-douleur de Laura Forti
Texte français de Carlotta Clerici
Manufacture des Abbesses
Jusqu’au 11 novembre
Les dimanches, lundis, mardis, mercredis à 21 h
13:50 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : théâtre, manufacture des abbesses |
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