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28/06/2015

De rerum natura

 

Théâtre, poésie, musqué, Stéphanie Tesson, NatureTout avait commencé avec les Fantaisies potagères, à Versailles, en 2003. Puis il y eut d’autres Fantaisies, les bucoliques, les microcosmiques, les mythologiques, les gourmandes, touts crées pour le Potager du Roi, dans les dédales des vergers, au bord des fontaines, à l’abri des espaliers. Stéphanie Tesson, la metteuse en vie de ces promenades spectacles fit appel à soixante-cinq auteurs pour les imaginer.

Aujourd’hui, elle signe seule  le spectacle de Monologues en plein champ, où les choses de la Nature vous parlent de la nature des choses. Elle est à la fois auteure, et interprète. Marguerite Tanguy des Déserts les met « en images ».

Et c’est un ravissement !

Corinne Pagé a composé pour elle une robe-manteau d’un vert soyeux très tendre, peinte comme un tableau que l’École de Barbizon (ou celle de Bléneau) n’aurait pas renié. théâtre,poésie,musique,stéphanie tesson,nature,jardin de chaumont,jardins.

Accompagnée par deux musiciens qui ponctuent les saynètes avec talent et humour : Emmanuelle Huteau et Olivier Depoix, elle sera  Vent, Cloporte, Papillon, Punaise, Fourmi, Champignon Arbre (mais lequel ?), Ronce, Hibou, Ver (de terre), Mouche, Caillou, Escargot, Guêpe et même… attachée de presse citadine.

Car, voyez-vous, face à cette Nature peu disciplinée, têtue, foisonnante, l’Homme et naturellement la Femme sont des prédateurs redoutables.

L’avant-première a eu lieu Place Saint-Sulpice, dans le cadre de la Foire Saint-Germain.

Il n’y a pas de tournée !  Et pourtant ce ne sont pas les jardins extraordinaires qui manquent, en France.

Tenez, au hasard, le jardin de Chaumont qui ouvre la nuit pendant l’été, et qui avec ses illuminations, n’a pas prévu de donner la parole à ses plantes et ses arbres. Il faudrait pourtant qu'il soit "dans le Vent".

théâtre,poésie,musique,stéphanie tesson,nature,jardin de chaumont,jardins.Je lui recommande ces Monologues de plein champ, Shakespeare (Le Songe d’une nuit d’été) et Hugo (La Forêt mouillée), en seront enchantés.

 

www.phenomene-cie.fr

 

 photo : © N. D. 

Monologues de plein champ, texte paru dans la collection des Quatre-Vents, éditions de l’Avant-Scène Théâtre,  12 €. Le texte est suivi de la réédition de Cœur de laitue, une des premières pièces de Stéphanie Tesson : un petit bijou de tendresse envers les plantes.

 

20/06/2015

Chénier vu par Hugo et Vigny

 

 

littérature,hugo,vigny,maisons victor hugoVous souvenez-vous que dans nos études, on nous présentait Alfred de Vigny comme un aristocrate « hautain », pessimiste et solitaire, s’isolant volontiers dans une « tour d’ivoire » et dédaignant un peu ses amis romantiques ?  

Déjà, mes certitudes avaient été ébranlées en lisant les Mémoires d’Alexandre Dumas qui racontait, comment, pendant qu’il recevait ses invités, le soir de la première Christine, Hugo et Vigny lui avaient corrigé « une centaine de vers empoignés » et avaient réalisé « une douzaine de coupures » avec des mains « habiles et paternelles. »

Eh bien! J’ai appris cette semaine une nouvelle extraordinaire.Littérature, Hugo, Vigny, Maisons Victor Hugo

Martine Contensou, chargée des manuscrits à la Maison de Victor Hugo,  a découvert un manuscrit d’Alfred de Vigny et un article inédit de Madame Hugo consacré au poète après sa mort[1].

C’est donc dans les papiers de Hugo  qu’on a enfin retrouvé les vingt-trois premiers vers du Symentha qui manquaient  sur le manuscrit. Et on a constaté que l’écriture de Vigny voisinait avec une autre. Devinez laquelle ? Les experts sont unanimes. C’est celle de Victor Hugo ! « Ils ont travaillé conjointement » disent les amis d’Alfred de Vigny.

Ils auraient donc collaboré ! Normal puisqu’ils étaient amis ! Vigny sera même témoin au mariage de Victor ! Ce que les détracteurs de Hugo démentent, et quand on leur présente les documents qui prouvent qu’ils ont tort, ils disent que « le témoin »[2] n’en parle pas. Ce qui est totalement faux !

Mais où la mauvaise foi va-t-elle se nicher ?

L’Association des Amis d’Alfred de Vigny reçue le  jeudi 16 juin à 18h30 dans le salon rouge de l’appartement de Victor Hugo, a rétabli les faits et Ferdinand Brunetière qui colportait ces erreurs dans La Revue des deux mondes en 1891, n’a plus qu’à se voiler la face !

Lui qui affirmait aussi : « Joseph de Maistre, Mme de Staël, Chateaubriand, — ajoutons-y Walter Scott, — voilà les maîtres de Vigny, comme aussi bien de toute la jeunesse de son temps. » aurait été bien étonné d’entendre Esther Pinon et Martine Contensou exposer comment Chénier inspira les deux poètes.

Et de nous lire la scène des Misérables,où Luc-Esprit Gillenormand, le grand-père de Marius doit renoncer à sa hargne contre « les brigands » de la Révolution, pour complaire à Marius. Un régal ![3]

Alors, quand devant vous on médira des romantiques, renvoyez les détracteurs aux Amis de Vigny, et aux Amis de Victor Hugo !

 

 

http://maisonsvictorhugo.paris.fr

 



[1]-  Tous deux seront publiés prochainement dans le bulletin de l’Association des Amis d’Alfred de Vigny.

[2] - Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, paru en 1863, est écrit par Adèle Hugo, éditions Ollendorf, P. 148. L’autre témoin, pour V. Hugo, est Alexandre Soumet, poète et dramaturge. Ouvrage réédité chez Plon en 1985.

[3]- Lecture assurée par Sacha Petronijevic, comédien, et Sylvain Ledda, universitaire.

14/06/2015

À lire (4)

 

 

Prévert, Paris, poésie, culture, humour Connaissez-vous le « Paris des écrivains » ?

Cette petite collection  (10,5 x 15) vous invite à suivre les grands écrivains dans les quartiers parisiens où ils ont vécu, écrit, aimé.

Danièle Gasiglia-Laster nous raconte les pérégrinations de Jacques Prévert.

Elle ne joue pas les guides. Elle l’accompagne, lui, le grand poète des humbles, l’admirateur de Paris et des petites gens qui luttent pour y survivre, des amoureux qui s’y rencontrent, des ruelles mal pavées ou mal famées, et du marché aux fleurs.

Et puisque le poète dit « tu à tous ceux qu’(il) aime », elle le tutoie.

Il en aurait souri, et nous sourions avec eux en suivant leurs pas, rive gauche et rive droite, de 1907 à… aujourd’hui.

Car pour elle, comme pour nous, Prévert n’est pas mort. Il continue à regarder les belles filles qui rient, les vieux cons qui ratiocinent et les chiens qui passent, à hanter le Luxembourg et à protester contre toutes les injustices.

C’est une délicieuse promenade, nostalgique et pourtant enjouée et spirituelle. Ce moment  de charme rouvre pour nous des pages d’Histoire. Prévert, comme Hugo, était de ceux qui vivent en luttant pour le bonheur des hommes, en se battant contre les esprits étroits, la cupidité des puissants, l’abandon des lieux de mémoire.

Il paraîtrait d’ailleurs qu’il a signé la pétition contre la mise en vente du grenier des Augustins.

 

 

Gasiglia-Laster Danièle, Le Paris de Prévert,  éditions Alexandrine, 7, 90 €