25/03/2006
Des planches apprivoisées
Pour se sentir à l’aise sur la scène, les jeunes comédiens doivent « apprivoiser les planches ». On disait autrefois « balayer les planches », ce qui ne signifiait pas que le débutant était assimilé à un « technicien de surface », mais qu’il devait apprendre à marcher sur la scène, à s’y tenir, y prendre de l’aplomb.
Jeux de planches de Jean-Paul Alègre a été écrit pour tous ceux que le Théâtre fascine, et qui, un jour, tentent l’aventure. Composé en saynètes, le texte joue avec les codes, les situations, le vocabulaire. On peut d’ailleurs s’en servir pour expliquer les différents sens d’un mot, comme « répéter ». On peut jouer aux métaphores : « tuer le temps », « tuer la poule aux œufs d’or ». Mais, on y dénonce aussi les tics des théâtreux, le théâtre où l’on s’ennuie, et les menaces du Pouvoir contre les artistes. Les choses les plus graves s’y disent avec légèreté. On en découvre les strates en le jouant.
Josèphe Cottet, Yannick Landrein, Thomas Moreno, l’ont bien compris, et dans une « mise en scène collective, dirigée par Elisa Pariente », ils s’en emparent pour leurs débuts au Théâtre.
Josèphe est brune, fine, charmante. Elle peut interpréter les amoureuses, jouer aussi bien le drame que la tragédie, et son sourire fait merveille dans la comédie. Le svelte Yannick a la souplesse d’un Arlequin, la mine rêveuse d’un Perdican, l’œil malicieux d’un Turlupin. La voix de Thomas sonne grave, et il sait jouer les importants, courtiser les spectateurs, Matamore ou Dom Juan, il a de la présence. Tous les trois ont la grâce.
Et Elisa Pariente a eu l’intelligence de tout centrer sur eux, d’éliminer tout artifice, tout décor, tout accessoire. Un théâtre de tréteaux avec deux chaises, et c’est tout. Retenez les noms de ces jeunes-là.
Au théâtre de l’ARTicle
41, rue Volta
75003 Paris
01 42 78 38 64
le vendredi 31 mars à 19 h 30
et à Versailles, pendant le mois Molière.
Texte publié à l’Avant-Scène Théâtre
Prix : 10 €
22:10 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théâtre |
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24/03/2006
Colette, la vagabonde
Après avoir été Claudine et Madame Gauthier-Villars, Colette paya son divorce d’amères expériences théâtrales. Au music-hall, elle fut mime, danseuse, comédienne, et connut les tournées épuisantes et les luttes pour conquérir le droit de signer des œuvres personnelles.
François Bourgeat choisit parmi les textes de Colette ceux qui décrivent cette époque de difficultés matérielles et de solitude affective, où se révèlent, évidente, la solidarité féminine, et en filigrane, les amours avec Missie. D'extraits de Gribiche, L'Envers du music-hall, La Vagabonde, En pays connu, La Naissance du jour, Dialogues de bêtes, les Vrilles de la vigne, il fait Les Belles Vagabondes qu'il met en scène, sans autre décor qu'un piano et une malle.
Trois superbes comédiennes qui sont aussi chanteuses et musiciennes, Jocelyne Carissimo, Gabrielle Godart, Susanne Schmidt, interprètent trois comédiennes sans loge dans un music-hall sordide où la pingrerie du directeur rivalise avec l'égoïsme des hommes. Amis, amants, leurs hommes assouvissent leurs désirs sans se préoccuper des conséquences.
Entre le rêve d'être aimées et la réalité décevante, ces trois femmes, d'âges différents évoquent leurs amours, leurs désillusions, leurs envies. Elles sont mélancoliques, mais pas trop longtemps. Elles sont ironiques, mais pas blessantes. Elles sont sensuelles, mais pas lascives. Jocelyne, Gabrielle (n'était-ce pas le vrai prénom de Colette?) et Susanne colorent leurs sourires de nostalgie rêveuse. Elles jouent dans la nuance, subtiles, émouvantes.
Gabrielle Godart, au piano, accompagne et chante. Les strass brillent sur les parures clinquantes de leurs numéros, robes et bijoux qu’elles enlèvent sitôt le numéro terminé et rangent soigneusement dans la malle à costumes.
Poèmes d’Apollinaire, Francis Carco, de Boris Vian, Louise de Vilmorin, ou de Colette elle-même, sur des musiques de Poulenc, Ravel, Auzépy, chanson du film La Belle Equipe, toutes les romances du spectacle disent les petits bonheurs grappillés quotidiennement pour gagner le droit de vivre libre. Un spectacle pour âmes sensibles.
Théâtre du Tambour royal
01 48 06 72 34
du 23 mars au 14 mai
15:40 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théâtre |
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20/03/2006
Haine ordinaire à Laramie
Les lieux du crime ne s'oublient pas. Le nom de Gambais est indissociable de celui de Landru. Pour les Américains, le nom de Laramie rappelle "l'affaire Matthew Shepard" du nom de ce jeune homme qui en 1998, succomba à la fureur criminelle de deux abrutis qui détestaient les homosexuels, haine ordinaire masquée par l'éducation religieuse, la bonhomie apparente des relations sociales, l'hypocrisie.
Laramie, c'est le Wyoming, l'Ouest des cow-boys où toutes les brutalités sont permises pour s'afficher viril. Sans doute y a-t-il plus d'un Laramie aux Etats-Unis, sans doute y a-t-il des Laramie en France qu'on s'efforce d'oublier. Grâce au travail du Tectonic Theater Project, grâce à la pièce de Moisés Kaufman, Laramie se souvient.
Le Projet Laramie, qu'Hervé Bernard Omnes adapte, met en scène et joue au Vingtième Théâtre à Paris est une pièce didactique, qui cherche à présenter objectivement tous les témoignages de l’affaire (voir www.theatreonline.com). Moisés Kaufman avait ainsi écrit Outrage aux mœurs les trois procès d’Oscar Wilde que Jean-Marie Besset adapta et mis en scène en 1999, au Théâtre 14. Le genre demande aux comédiens de se multiplier et d’interpréter cinq à dix personnages différents. Ici, dix comédiens jouent plus de soixante rôles sous la direction d'Hervé Bernard Omnes dans le rôle du narrateur. Ils sont stupéfiants de naturel. Et la mise en scène, dans sa simplicité intelligente va à l’essentiel, c’est-à-dire au cœur.
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Dans le même style, et bien que les sujets soient des fictions, rappelons Lebensraum d’Israël Horovitz où les trois comédiens de la compagnie Hercub’ (1998) donnaient vie à plus de trente personnages, en caractérisant chacun par un détail, un accent, un vêtement, et Vol 2037 (1999), et, plus récemment, Lettres croisées (2004) de Jean-Paul Alègre, où on peut distribuer de cinq à trente comédiens. (voir www.avant-scene-theatre.com)
21:30 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théâtre |
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