30.09.2008
Cimetière marin
On entend le ressac de la mer, et au lointain, une cloche, par instants appelle. Mais l’horizon est fermé, et noir. L’homme (Yann Collette) est seul, et examine les stèles plantées en diagonale. Les petits graviers blancs crissent comme de la neige durcie (scénographie de Jean Haas). L’homme s’assied sur un banc, à cour, et médite. Et voici que surgit, comme par hasard, une jeune femme (Irène Jacob) qui semble le reconnaître. Lui est mélancolique, elle sourit. Lui se dit marié et fidèle. Elle est « peut-être venue pour le rencontrer ». Elle l’aime, depuis longtemps : « Tu m’as souvent manqué. ». Il résiste. Il est désabusé : « je ne peux pas supporter ces sentiments. » Elle le persuade de vivre dans l’instant. Il cède, ils s’éclipsent.
Un autre couple s'avance, la mère (Judith Magre) et le père (Simon Eine), tous deux vêtus de deuil. Elle porte une couronne mortuaire. Rien d’anormal, puisqu’ils viennent enterrer la grand-mère. Elle a reconnu son fils dans le couple qui s’est éloigné. Le père doute. Elle ressasse, il s’agace.
La mort, la vie, le temps qui passe, tout Jon Fosse est dans ces thèmes élégiaques. Les amours qui cassent, l’impossibilité de retenir le bonheur, la terrible quotidienneté qui ronge les couples et les délite. Tout se déroule comme dans un rêve, sans que les hommes aient conscience de leur vie. Le cimetière marin les attend tous.
L’homme revient, avec cette femme que la mère prend pour sa nouvelle épouse. Père et mère accablent l’homme de récriminations. Au moment de la cérémonie, paraît l’ex-épouse (Gabrielle Forest) avec ses griefs, et ses mauvaises nouvelles. C’en est trop… L’homme fuit définitivement.
Dans la mise en scène épurée de David Géry, le temps semble arrêté, et les humains recommencent éternellement les mêmes plaintes, les mêmes erreurs. Ils se pardonnent aussi. Mais c’est souvent trop tard.
Les comédiens interprètent magnifiquement ces personnages poignants. Dans leur jeu, s'opposent la lumineuse beauté et les grandes désillusions de la condition humaine.
Rêve d’automne de Jon Fosse
Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet
Jusqu’au 18 octobre
01 53 05 19 19
18:47 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : théâtre
25.09.2008
Pagnol à la Comédie-Française
Marius, Fanny, César, ces trois prénoms marseillais ont fait le tour du monde, et si, des trois titres de la Trilogie, les deux premiers sont les plus joués, les acteurs qui les ont créés au théâtre chantent encore l’accent du Midi, dans la mémoire des cinéphiles. Certains avaient même oublié qu’ils furent d’abord joués au théâtre.
Fanny, pièce créée en 1931 faisait suite à Marius (1929). Elle raconte les tribulations d'une jeune fille, Fanny, qui ne peut, avec la morale de sa famille et les mœurs de l’époque, s'afficher comme fille-mère. C’était encore très mal vu. On la marie au « brave homme » de Panisse. Un enfant naît. Marius revient, on le renvoie à ses mesures « océanographiques ».
Quel scandale ce serait aujourd’hui de priver un homme de sa paternité ! J’imagine les ligues pour le droit des pères ! Et celles du droit des femmes à disposer de leur corps ! À l’heure où les femmes sont ministres et annoncent leur grossesse sans exhiber de mari, le sujet de Fanny peut paraître désuet.
Mais le monde de Pagnol vit encore, avec ce « café de la Marine », les bruit du port, les copains de bistrot, ses personnages truculents, leurs colères, leur tendresse, et nous avons tellement besoin d’amour…
Fanny (Marie-Sophie Ferdane) frêle jeune fille se transforme en jeune femme élégante, en devenant Madame Panisse, et si Andrzej Seweryn donne à Panisse moins de rondeur que Charpin, il lui donne une générosité émouvante. Honorine (Catherine Ferran) est une mama haute en couleurs, tout en contraste avec sa sœur Claudine (Sylvia Bergé). Le duo est épatant !
Jean-Baptiste Malartre joue un M. Brun sympathique, et Pierre Vial se multiplie avec bonheur : Escartefigue au premier tableau, il rempile en chauffeur au dernier acte. On en demande encore plus à Serge Bagdassarian, tour à tour Frise-Poulet, M. Richard, enfin Docteur Venelle. Il est admirable, dans tous ses rôles. Comme Stéphane Varupenne, grotesque Parisien en maillot de l’O. M. au premier acte, joyeux facteur au deuxième et douloureux Marius au dernier tableau. Reste le rôle de César que Gilles David ne peut empoigner sans que l’ombre de Raimu ne se glisse entre lui et nous. Et c’est difficile…
Nous connaissons par cœur les morceaux de bravoure, et nous les attendons, heureux de les reconnaître.
Les costumes de Nathalie Prats-Berling sont réalistes. La mise en scène d’Irène Bonnaud est sage. Derrière le rideau de perles de bois, le soleil éblouit le Vieux-Port. À jardin au fond, est perchée une statuette de la Bonne Mère, et à cour, vers le public un scaphandre. Le bar de César est constitué de cageots qui se déplacent avec les changements de décor. Ils seront le comptoir de Panisse, la bibliothèque de sa demeure bourgeoise. La scénographie de Claire Le Gal est ainsi prête pour une tournée dans des espaces moins riches que celui du Vieux-Colombier… on l’imagine dans tous les théâtres et toutes les salles des fêtes.
Pagnol à la Comédie-Française ? C’était justice. Après les tyrans de Corneille, les reines et les princesses de Racine, le XXe siècle y a installé ses boutiquiers et ses petites gens, une famille universelle. la nôtre.
Théâtre du Vieux-Colombier
01 44 39 87 00/01
18:03 Publié dans Film, Littérature, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : théâtre, littérature
Un enfant du siècle
L’automne convient aux romantiques et particulièrement à Musset.
L’an dernier on jouait Fantasio au Ranelagh, avec Nicolas Vaude dans le rôle-titre, dans une mise en scène de Stéphanie Tesson (voir notre note du 19/09/07).
Cette année, on le retrouve à la Comédie-française dans une mise en scène de Denis Podalydès.
Comme la pièce n’a que deux actes, on y adjoint en prologue des poèmes ou des dialogues tirés des Œuvres du poète,
et la Comédie-Française ne déroge pas à la coutume (interprétés par Adrien Gamba-Gontard et Clément Hervieu-Léger).
On baigne donc dans des miscellanées de mélancolie et d’impertinence avant que le rideau ne se lève sur le supposé royaume de Bavière.
Le décor d’Éric Ruf est d’une élégance surannée. La construction légère plantée au centre de la scène évoque un kiosque à musique au milieu d’un jardin. Là s’y réunissent Fantasio (Cécile Brune) et ses amis (Adrien Gamba-Gontard, Guillaume Gallienne, Claude Mathieu, Christian Blanc et Clément Hervieu-Léger), là y passent le Prince de Mantoue (Guillaume Gallienne) avec Marinoni (Adrien Gamba-Gontard) son aide de camp, là encore le roi de Bavière y reçoit son futur gendre. Une passerelle mène au proscenium qui s’ouvre sur une fosse : fossé du château, cul de basse fosse, le lieu se décline aisément, et l’escalier dérobé joue un rôle essentiel dans le théâtre romantique.
Fantasio, jeune homme désabusé qui doute des hommes et de lui-même, entreprend de distraire la jeune princesse Elsbeth (Florence Viala), promise en mariage au Prince vaniteux. Fantasio se dépêchait de rire de tout, il prend la place du bouffon Saint-Jean qui vient de mourir. Elsbeth est romanesque, sa gouvernante (Claude Mathieu) encore plus qu’elle. Le roi son père (Christian Blanc) est un roi débonnaire qui sent bien que sa fille se sacrifie. Quel soulagement quand Fantasio manque de respect au Prince ! Le Prince se fâche, le mariage est cassé. Ah ! Dieu que la guerre est jolie quand on la fait pour les yeux de sa Princesse !
Ah ! Comme le rôle du Prince de Mantoue colle à Guillaume Gallienne ! Comme le kiosque se transforme joliment en manège pour évoquer le cercle dans lequel les hommes s’enferment…
Mais quelle idée de confier le rôle de Fantasio à une femme ? Le talent de Cécile Brune n’est pas en cause, mais la confusion des sexes fausse les rapports entre le personnage et ses amis, et avec la Princesse.
L’idéal, aurait été de redonner ce rôle à Nicolas Vaude qui est un vrai Fantasio, comme Fantasio est un vrai Saint-Jean et Saint-Jean, un vrai Triboulet…
Mais j’ai peut-être, comme Musset « la cervelle délabrée ».
Fantasio d’Alfred de Musset
Comédie-Française
Salle Richelieu
En alternance à 20 h 30
0 825 10 16 80
14:24 Publié dans Littérature, Poésie, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, théâtre
Diaboliquement machiavélique
Au XVIIe siècle la pourpre cardinalice donna deux grands hommes d’État à la France : Richelieu et Mazarin. Ni l’un, ni l’autre n’avaient de vocation ecclésiastique. Tous les deux se destinaient aux armes. Le destin conduisit Richelieu auprès de Louis XIII, et Mazarin, diplomate au service du pape, en mission auprès de Richelieu. Il y resta et, pour lui succéder, devint cardinal.
Le Diable rouge, c’est lui : diaboliquement machiavélique, joué par un Claude Rich éblouissant.
Mazarin, sentant ses forces décliner, tisse autour du jeune Louis XIV (Adrien Melin), son élève en politique, un réseau d’appuis sûrs dont Colbert (Bernard Malaka) est le parangon. Que faut-il assurer avant de mourir ? Renflouer les caisses du royaume car le trésor est vide, rétablir la paix dans le royaume où s’agitent encore des Frondeurs, signer la fin des hostilités qui durent depuis trente ans entre la France et le royaume d’Espagne d’où vient la Reine (Geneviève Casile), et pour ce, marier le Roi à une princesse espagnole : Marie-Thérèse.
Où trouver l’argent ? Comment ne pas « creuser la dette de l’État » sans « taxer les pauvres plus qu’ils ne sont déjà » ? Mazarin trouve la solution aisément en financier moderne : taxer ceux « qui travaillent », « plus tu leur prends, plus ils travaillent »…Colbert serait plutôt pour diminuer les intermédiaires, « développer le commerce » et surtout « sanctionner les trafics », les « fortunes scandaleuses ». Mais, répond Mazarin « ce sont les coquins qui mènent le monde ».
Rien n’a changé pense le public qui s’identifie à la fois au brave Colbert et au « diable rouge ».
Rien ? Si, tout de même, aujourd’hui le mariage d’un roi n’est plus « strictement politique », et l’adorable Marie Mancini (Alexandra Ansidei) épouserait sûrement son roi.
Antoine Rault aime le genre historique. Très bon genre. L’auteur est documenté. Il affine sa méthode depuis La Première Tête et son Diable rouge atteint la perfection. L’action, les personnages, la langue qu’ils emploient tout converge dans une peinture fidèle et vraisemblable.
Le décor de Catherine Bluwal, est audacieux avec ce grand plafond miroir qui révèle les secrets des sols marbrés, des paravents peints, des encoignures où l’on se dissimule. Les costumes de Claire Belloc, en rouge brun pour la Reine et le Roi, minutieusement accordés sont magnifiques. La sobriété sombre du noir de Colbert en dit long sur le personnage.
La mise en scène de Christophe Lidon fait de ce Diable rouge un des plus beaux et des plus intelligents spectacles de cette rentrée.
Mazarin se plaignait de ne pas être aimé des Français. Aujourd’hui, ils vont l’adorer…
Le Diable rouge d’Antoine Rault
Théâtre Montparnasse à 20 h 30
01 43 22 77 79
12:28 Publié dans Histoire, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, théâtre
24.09.2008
Une si longue attente
Le décor est céleste (Signé Thierry Flamand). Le soleil frappe les murs éblouissants de blancheur (Lumières de Laurent Béal). La terrasse surplombe une mer céruléenne. Et Laetitia Casta (Elle) a un corps de déesse. L’auteur la compare à Circé l’enchanteresse qui retient Ulysse. Et Elle se prend pour Bardot dans Le Mépris de Godard. À moins que ce ne soit Lui (Bruno Todeschini) qui se prenne pour Piccoli en détaillant ce qu’il aime chez cette femme : « Je n’aime que toi ! Ton visage ! Tes seins ! Tes épaules ! Tes mains ! Tout, quoi ! ».
Mais les hommes sont lâches, et le Prince charmant qui était marié quelque part, retourne dans ses foyers, comme Ulysse à Ithaque… « En amour, disait Napoléon, la seule victoire, c’est la fuite. ».
Lui, a retenu la leçon du stratège, et le mari volage ne le restera pas longtemps. Devant la famille de la belle : une mère trop attentive (Michèle Moretti), un père désorienté (Thierry Bosc), un frère ironique (Nicolas Vaude), une sœur sauvage (Magali Woch), Simon comprend que son bonheur est ailleurs. Prétextant une randonnée, il se sauve. Un secouriste (Stanislas Kemper) dévoile la supercherie.
La belle, séduite et abandonnée, glisse dans la folie. « Il est debout sur mes paupières », dit-elle reprenant à son compte L’Amoureuse d’Eluard.
"Elle l’attend", et la si longue attente détraque sa boussole… La belle était fragile.Banal ? Non, car le style Florian Zeller est inimitable. Bousculant la temporalité, la durée, l’auteur passe sans rupture du réel au fantasme, du présent vécu à la mémoire rêvée, du réel à l’imaginaire. Et Nicolas Vaude, au meilleur de lui-même, donne à son personnage une vérité stupéfiante.
Elle t’attend de Florian Zeller
mise en scène de l'auteur.
depuis le 9 septembre.
Théâtre de la Madeleine
01 42 65 06 28
16:30 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Théâtre
Le rouge est mis
Rouge, tout est rouge chez Diana Vreeland (Claire Nadeau), « la flamboyante rédactrice en chef de Vogue, Miss V. dont les avis en matière de mode avaient force de loi. Jusqu’à ce jour,où, brutalement, son employeur lui signifia, par lettre qu’elle « avait fait son temps ».
Rouge de colère ? Rouge de honte ? Rouge parce que ça donne bonne mine... Et qu'elle ne va pas perdre la face !
Elle est seule, aujourd’hui dans son appartement new-yorkais. Elle monologue, remonte le cours de sa carrière, dégringole en aval, s’accroche au bourd du gouffre : l’affront la dépossède de tout ce qui faisait son pouvoir et ses relations se dérobent, l’une après l’autre. Sic transit gloria mundi.
Full Galop de Mark Hampton, et Mary Louise Wilson est devenu La Divine Miss V. dans l’adaptation de Jean-Marie Besset. Le texte frappe, la situation électrise.
Dans le rutilant décor d’Édouard Laug, maquillée ( Suzanne Pisteur) et coiffée comme une geisha (Pascal Donnadieu), Claire Nadeau vêtue de noir (costume de Christian gasc) se cabre comme un animal sauvage et blessé. Elle est superbe.
La mise en scène de Jean-Paul Muel lui donne une aisance triomphale.
Jamais vaincue, Miss V. entame une nouvelle carrière.
À imiter après tout licenciement…
Théâtre du Rond-PointSalle Tardieu, 18 h 30
Jusqu’au 26 octobre.
15:30 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Théâtre
19.09.2008
Les deux amours de Léontine
Elle en a du tempérament Léontine Béjun (Isabelle Nanty) ! Et de l’ambition pour son mari (Urbain Cancelier) et son amant Lucien (Yvan Le Bolloc'h). Le mari serait plutôt pantouflard, complaisant, pourvu qu’il y trouve son intérêt, l’amant du genre « Bel-Ami », sensuel, ne résistant à aucune séduction : femme, argent, honneur.
Léontine veut que son Béjun se présente aux élections. Il est imprimeur, il devient directeur d’un journal de gauche : La Torche, dont Gélidon est rédacteur en chef. L’adversaire de droite, le Baron Saint-Amour (Gérard Chaillou) rachète le vilain canard et en modifie la ligne éditoriale. Le baron a une fille adorable Madeleine (Cassandre Vittu de Kerraoul). Gélidon n’y résiste pas ! Il reprend son nom de plume, car à Paris, il est aussi romancier. Il redevient Montillac, et pour les yeux de Madeleine signe dans la Torche des éditoriaux cinglants contre Gélidon. Mais, pour ne pas abandonner Léontine, il reste rédacteur en chef d'un deuxième et nouveau canard : Le Phare, qui soutient Béjun et se déchaîne contre Montillac.
Serait-ce dire que les journalistes s’adaptent à toutes les situations ? Que leur pensée est molle et leur idéologie malléable ? Des noms ! je veux des noms !
Arthur Schnitzler, dans les Journalistes peignait un personnage semblable à Gélidon, dans un contexte viennois inquiétant et tragique. Tristan Bernard, lui, égratigne une bourgeoisie provinciale hypocrite, avec une mécanique bien huilée qui mènerait à la catastrophe si tout ce petit monde était sérieux. Mais la belle Léontine se console aisément et Gélidon finit par assumer ses responsabilités. La charge est d’autant plus comique que les acteurs sont excellents.
On ne résiste pas à l’œil allumé d’Isabelle Nanty, au sourire du ténébreux Yvan Le Bolloc'h, à la rondeur d’Urbain Cancelier, à l’autorité de Gérard Chaillou, à la finesse de Cassandre Vittu de Kerraoul. Autour d’eux, Pierre Olivier Mornas (Larnois), Catherine Chevalier (Amélie Flache), Jean-Marie Lecoq (Commandant Mouflon), Jean-Pierre Lazzerini (Honoré Flache), Jean-louis Barcelona (La Chevillette), Michel Lagueyrie (Moreau) ; Laurent Méda (Alfred), campent une société plus sotte que dangereuse. Les décors de Stéphanie Jarre, les costumes d’Emmanuel Peduzzi cernent l’époque qu’on disait « belle ».
Peut-être aurait-on préféré que le metteur en scène, Alain Sachs nous actualise légèrement ce ballet de compromissions ?…
Mais de nos jours, c’est bien connu, personne ne trahit…
Les Deux Canards de Tristan Bernard
Théâtre Antoine
Depuis le 9 septembre
01 42 08 77 71
11:30 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Théâtre
12.09.2008
Les frères Wright
Kitty Hawk est une plage de Caroline du Nord (façade atlantique), « elle s’étend sur plus de cent kilomètres » elle est « plate et dépourvue d’arbres », et mesure plus d’un kilomètre de large, les vents y sont « réguliers », et c’est pour ces raisons que Katharine Wright (Rosalie Symon) l’a choisie afin que ses frères puissent y effectuer leurs essais de vol.
Vous ne connaissez pas les frères Wright ? Orville Wright (Pascal Ivancic qui ressemble à son modèle d'une manière surprenante) et Wilbur Wright (Philippe Ivancic), deux fous de genie qui « donnèrent des ailes à l’humanité ». C’était en décembre 1903.
Georges Dupuis dans Le Vol de Kitty Hawk retrace leur treize ans de recherches, leur cheminement laborieux dans la petite ville de Dayton (Ohio), leur méthode scrupuleuse. Il ne néglige aucun détail pour montrer leur courage face à l’incrédulité qu’ils rencontrent. Malgré la concurrence, malgré le déni des autorités scientifiques américaines, inlassablement, ils reprennent leurs calculs et se remettent à l’ouvrage, sûrs de parvenir à faire décoller cette machine « plus lourde que l’air ». Pour montrer leur obstination, l'auteur présente leurs alliés : leur sœur d’abord, leur père, Milton Wright (Jean Hache ) qui finance, leur voisine Madame Brighton (Firmine Richard) qui les encourage.
Plus ambigus sont les rôles d’Hélène Delavande (Valérie Karsenti) qui espionne au profit de la concurrence, et celui du scientifique Octave Chanute (Laurent Benoit) dont les théories sont mises à mal.
La pièce est menée rondement, sans temps mort, et rend hommage à ces deux précurseurs oubliés. Quelque chose de la passion des Wright passe dans les comédiens.
Yves Pignot, qui met en scène, utilise un dispositif scénique efficace qui avait déjà fait le succès de Rutaba Swing (Décors : Jacques Voizot). Les costumes d’Emily Beer, discrètement Belle Époque, ne manque pas de charme.
Savez-vous que Wilbur vint en France, en 1908, faire voler son Wright près du Mans ?
Ah ! Vous avez appris quelque chose !... Vous vous souvenez ? « Instruire et plaire »...
Le Vol de Kitty Hawk
de Georges Dupuis
Théâtre 13,
www.theatre13.com
Réservations : 01 45 88 62 22
15:20 Publié dans éducation, Histoire, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation, histoire, théâtre
L’amour qui n’ose pas dire son nom
Perthus, sa nouvelle pièce est une œuvre de maturité. Avec une sensibilité rare, une écriture parfaite, il reprend des thèmes chers à Wedekind et, les renouvelant, donne à ses adolescents une universalité actuelle.
Paul (Jonathan Drillet) est un littéraire, il admire Jean-Louis (Robin Causse), un nouvel élève brillant qui surpasse tous ses condisciples, surtout en mathématiques. On a souvent besoin d’admirer avant d’aimer. Jean-Louis devient son héros, - comme dans L’Ami retrouvé de Fred Ulhman. Leur complicité s’établit d’abord par le biais d’une fiche de lecture à rédiger sur La Princesse de Clèves. Ce roman n’est-il pas celui qui initie les amants aux codes secrets de la passion, à la défiance du regard des autres, à la maîtrise de soi ?
Les autres ici, ce sont les parents, et toute la petite bourgeoisie provinciale à l’esprit étroit du Perthus (Pyrénées orientales). Nous n’en verrons que deux modèles : les deux mères. Irène (Jean-Paul Muel), mère de Paul et Marianne (Alain Marcel), mère de Jean-Louis.
Toutes deux, « mères parfaites », prêtes à tous les sacrifices, elles acceptent l’infidélité de leur mari par dévotion à leur fils. Jean-Louis et Paul vivent une relation d’amitié qui pourrait basculer vers l’amour. Nous savons bien que la tentation du fruit défendu appartient à l'humanité entière. Marianne craint que Jean-Louis ne devienne homosexuel. Elle le pousse à consommer des filles. Et, pour rester le fils chéri, Jean-Louis obéit à Maman. Un jour, il est accusé de viol. La belle amitié vole en éclats. Paul ne s’en remettra jamais tout à fait.
Gilbert Désveaux a choisi la sobriété pour sa mise en scène. Le fond de scène est pâle maculé de bleu, coulures d’orage ou taches d’encre, des jaspures mordent l’horizon. Des estrades de bois forment un podium sur la scène. Quatre chaises de bois à l’armature tubulaire constituent les seuls éléments de décor, elles sont surdimensionnées, aussi hautes que les hommes qui les déplacent. D’abord alignées, les unes derrière les autres, deux changent d’orientation, se font face pour une conversation amicale. Puis on en range trois, et leurs sièges forment un châlit supérieur, le piétement, la couchette inférieure. À la fin, il n’y aura plus de sièges, juste la surface lisse des tombes alignées sur lesquelles Paul et Jean-Louis viennent se recueillir le jour des Morts.
Le temps passe et l’amitié ne résiste pas. Paul et Jean-Louis n’ont plus rien en commun. Seul demeure l’amour des mères qui, elles, ont su trouver le chemin de l’amitié, à travers le soin qu’elles ont eu pour leur fils. Vient alors tout naturellement pour Marianne la comparaison avec Marie, la mère de Jésus. La relecture de l’Évangile par Jean-Marie Besset atteint la cocasserie d’un Dario Fo.
Que Gilbert Désveaux et Jean-Marie Besset aient confié le rôle des mères à des hommes est à la fois explicite de la relation exclusive qu’elles entretiennent avec leur fils, et embarrassante, car comment trouver à Marianne le « sex-appeal » que lui attribue son fils ? Mais comme les deux jeunes gens semblent encore plus fragilisés par ces mères dévorantes, c’est sans doute ce que souhaitait l’auteur…
Photos Brigitte Enguerand
Perthus de jean-Marie Besset
Théâtre du Rond-Point
01 44 95 98 21
Salle Tardieu, 21 h
09:55 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Théâtre
05.09.2008
Être ou ne pas être…marié
Le mariage ne réussit pas à tout le monde. Ainsi, depuis que François (Stéphane Cottin) a épousé Valérie (Isabelle Cotte), il est harcelé par sa jalousie. Mais Serge (Éric Savin) qui n’a plus ni femme, ni boulot, croit encore aux valeurs sûres. Pourtant, quand il s’agit de séduire une femme libre, Gwendoline (Lysiane Meis), qui prétend préférer les « mecs mariés » aux célibataires, il remet vite fait l’alliance qu’il avait eu pourtant tant de mal à enlever, et dont Cyril (José Paul) voulait s’emparer afin d’appâter Élise (Caroline Maillard).
Un premier mensonge en entraîne un autre, depuis Feydeau le principe de la cascade est bien connu, et Xavier Daugreilh n’est pas un débutant.
Avec Sans mentir il trousse avec art une comédie de moeurs raffinée, légère et pétillante où l’on retrouve les thèmes d’Accalmies passagères, et de Futur conditionnel. On reconnaît ses couples maladroits, avec des hommes un peu paumés devant l’attitude des femmes volontaires, lesquellles s’obstinent sur une idée, même si les événements leur donnent tort.
Ainsi, avec une lucidité et une tendresse singulières, dit-il la vérité sur la fragilité des amours, l’aveuglement des intéressés, la difficulté d’être sincère en amour, la quasi impossibilité d’accorder l’être et le paraître et la souffrance de ne pas être aimé de qui on aime.
José Paul et Stéphane Cottin jouent aussi les metteurs en scène. Ils ont su trouver le rythme qui convient aux rebondissements de l’intrigue.
Les décors de Sophie Jacob coulissent sur un plateau surélevé que cerne un espace déambulatoire et les bascules de lumières de Laurent Béal permettent de changer rapidement de lieux. Les déplacements sont réglés de mains de maître.
Pas de temps mort, une souplesse dans l’enchaînement, et des acteurs qui jouent juste, une histoire bien menée, une fin heureuse et, somme toute très morale, souhaitons donc pour cette rentrée théâtrale, beaucoup de pièces de cette tenue.
Sans mentir, bien entendu.
Sans mentir de Xavier Daugreilh
01 45 22 08 40
Texte publié à L"oeil du Prince, 12 €
11:35 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Théâtre



