13/04/2008
On s’éclate au Roi Carotte
Les caisses sont vides au royaume de Fridolin (Éric Vignau), même pas de quoi se payer à dîner au Fouquet’s !
Non, il ne s’agit pas d’une nouvelle fable critique contre Sarko, mais d’une opérette signée Sardou et Offenbach qui s’attaquaient au prince de Fish-Ton-Kan, surnommé encore Napoléon le Petit, j’ai nommé… Napoléon III.
Pour trouver des sous, une seule solution : épouser la princesse Cunégonde (Anne Barbier) qui est, dit-on, fort riche. Cunégonde a du tempérament et plaît à ce viveur de Fridolin, mais le beau-père refuse que la dot serve à payer les dettes d’un gendre « flambeur » qui .proclame : « Quelle que soit votre opinion, je n’obéis qu’à moi-même ! » Ministres et conseillers (Jean-Claude Saragosse, Jean-Pierre Chevalier, Philippe Pascal, Yassine Benameur) incitent le roi à « privatiser les armures ancestrales ». C’est alors que surviennent des gens bizarres : « Ah ! Quels drôles de costumes/Ils ont tous l’air de légumes ». Ce sont en effet de grosses légumes protégés de la sorcière Coloquinte (Nathalie Schaaff), dont un certain roi Carotte (Frédéric Saraille) qui usurpe le pouvoir, tient la cour entière sous son empire (les conseillers déjà nommés et les femmes, Flore Boixel, Fabienne Masoni, Caroline Bouju) et s’empare aussi de la belle Cunégonde.
Impuissante et désespérée, une ravissante princesse, Rosée du soir (Cécile Limal), aux allures d’Alice au pays des merveilles, voit « (s)on prince » banni, tandis qu’elle est prisonnière de la sorcière. Heureusement, Robin-Luron (Agnès Bove), un lutin malin qui se dit étudiant, protège Fridolin.
Vous voyez ce qui va arriver ? Après l’épreuve de l’exil - « la meilleure école des rois, c’est l’exil » -, et du voyage initiatique, Fridolin retrouvera l’anneau de Salomon qui achèvera les sortilèges et remettra de l’ordre dans le royaume
Comment remettre au goût du jour cette « féerie » très parodique de 1872 ? En modifiant à peine quelques répliques. Que voulez-vous c’est pain bénit de trouver intactes celles des « caisses vides », des « éléphants chassés du palais », du « ministère de plus, pour gagner plus », des « bling ! bling ! », d’« il fallait museler au lieu de cette ouverture ». Alors, ajouter par ci, par là, c’était tentant. Olivier Desbordes s'est "arrangé" avec le livret de Sardou. Ainsi, le Roi demande à ses féaux « d’embrasser (sa) botte » et « de faire un jogging avec (lui) », et le « fameux enchanteur » Quiribibi (Christophe Lacassagne), avec son costume blanc, son catogan et ses lunettes sombres, ressemble à Karl Lagerfeld comme deux fibres de soie.
Costumes délirants (Jean-Michel Angays), mise en scène de virtuose (Olivier Desbordes), toute la troupe de l’Opéra éclaté accomplit des prouesses pour endosser plusieurs dizaines de rôles. Avec une formation orchestrale de moins de dix musiciens, logés sur la scène même, les inventions se multiplient (décors et lumières de Patrice Gouron).
Avec cette production de l’Opéra éclaté, c’est toute la salle qui s’éclate !
Le Roi Carotte de Jacques Offenbach
au Théâtre Silvia Monfort
Mercredi 16 avril à 19 h
17 ,18 avril et 19 avril à 20 h 30
01 56 08 33 88
18:25 Écrit par Dadumas dans Musique, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Musique, théâtre |
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12/04/2008
Mots valises et dessous de table
Près des Jardin d’Éole, le quartier a bien changé depuis deux ans, et il ne reste plus beaucoup d’ateliers désaffectés. Mais le Naïf théâtre est toujours là, installé sous le Grand Parquet. Fidèle à ses idées, Richard Demarcy continue d’y mêler les cultures, et constant dans ses inspirations, il revient à Lewis Carroll.
Ceux qui, comme moi, hantent les théâtres depuis des décennies se souviennent encore de sa merveilleuse Chasse au snark et du sombre miroir de l’étang éphémère recréé au Centre Pompidou. Aujourd’hui, sur les planches du Grand Parquet, avec une table, cinq portes et une baignoire, la jeune Alice (Léontine Fall) s’égare dans le labyrinthe des rêves. Avec elle, Antonio Da Silva est le Lapin (blanc chez Carroll, en costume écossais chez Demarcy) Ugo Broussot, Nicolas Le Bossé, tour à tour, jardiniers, escrimeurs, gardes, lézard, loir, duchesse, goret, et j’en oublie sûrement. Alfa Ngau Domingas est principalement la reine de Cœur qui veut « couper la tête » de la désobéissante, et Yilin Yang d’abord dame de compagnie, est aussi Ver à soie et Cuisinière.
Alice est franco-sénégalaise, Antonio, franco-portugais, Ugo est franco-italien, Alfa est angolaise, Yilin taïwanaise et Nicolas normand, et tous font d’excellents comédiens qui nous emmènent dans un imaginaire foisonnant et réjouissant.
On navigue sur les mots, et suivant la technique du mot-valise et de la charade à tiroirs, malentendus, et contresens créent des tempêtes de rire. Comme la table dissimule des dessous surprenants, mais jamais déplacés, on nage dans le non-sens et l’humour. Et en plus, c’est esthétiquement très réussi, avec des parapluie colorés, des fleurs et des couleurs harmonieusement mariées.
Je sais qu’on vous en rend compte un peu tard, mais Richard Demarcy a promis une tournée et là, on vous prévient à temps.
Fantaisies pour Alice de Richard Demarcy
d’après Alice au pays des Merveilles de Lewis Carroll
Le Grand Parquet
20 bis, rue du Département
Paris xviiie
01 40 05 02 30
ce soir à 20 h
Jusqu’au 13 avril à 15 h
16:38 Écrit par Dadumas dans langue, Littérature, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Langue, littérature, Théâtre |
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