18.06.2008
Pas de panique !
Le monde de l’opérette se porte jeune. Fi des bluettes de charme et des personnages bien éduqués ! Les héros de Stéphane Laporte seraient plutôt cousins des Pieds nickelés. L'équipe de Panique à bord constitue une fine équipe.
Joséphine (Christine Bonnard)et son fils Kévin (Vincent Heden) se sont embarqués afin de plumer quelques pigeons pendant leur croisière, Madeleine (Angélique Rivoux) et Pierre (Michel Lerousseau) afin de réveiller leur libido, et Edouard (Jacques Verzier), le second, a engagé Jenny (Ariane Pire) comme chanteuse pour assouvir ses pulsions et satisfaire ses ambitions.
, il se révèle que Kévin n’est pas le fils de Joséphine, que Madeleine n’est pas l’épouse accomplie qu’il paraît, que Jenny n’est pas celle qu’on pense, et que le second, dans sa rage à devenir commandant, met tout ce joli monde en danger. Mais pas de panique dans Panique à bord Les tours de passe-passe de Kévin ne joueront aucun mauvais tour. « On va rire aussi fort que les mouettes » annoncent les voyageurs en goguette. Ils ne mentent pas. Le public se marre. Les tricheurs chantent joliment des couplets rigolos et sans prétention. Quand ils s’en vont « à l’abordage », voguant dans le bel océan d’escroquerie, les maîtres chanteurs ont de belles voix.
La musique de Patrick Laviosa est joyeuse et les paroles de Stéphane Laporte, malicieuses. Pour la mise en scène d’Agnès Boury, Sophie Jacob utilise un décor facilement transformable et la lumière franche de Laurent Béal anime les scènes.
Ah ! les personnages ne sont pas des parangons de vertus, que voulez-vous, aujourd’hui, y’a plus de morale ! Sont-ils vraiment condamnables ?
Pas de quoi fouetter un chat, mais sûrement de quoi se réjouir ! Pour passer un été souriant, embarquez au Tristan Bernard...
Panique à bord
depuis le 14 juin
au Théâtre Tristan Bernard
0145 22 08 40
19:35 Publié dans Musique , Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Théâtre, Musique
16.06.2008
Des preuves d’amour
Il a pendant quarante ans dirigé le Théâtre de la Ville, et la réussite a récompensé l’audace de ses projets. Poursuivant l’œuvre de Jean Mercure, et élargissant ses programmes à la vastitude des arts de la scène, Gérard Violette a donné à un théâtre parisien, vocation à l’universel
Jeudi 12 juin, les artistes qu’il a fait connaître, ses collaborateurs, ses abonnés lui disaient un merci chaleureux, en lui offrant une représentation exceptionnelle, sous la régie d’Emmanuel Demarcy-Mota, qui prendra les rênes du théâtre en janvier, mais qui, déjà, avec lui, a préparé la saison prochaine.
En ces temps d’ambitions sauvages où les changements s’opèrent souvent à l’insu du partant, il faut saluer la belle entente des deux directeurs. Pas de mutation brutale au Théâtre de la Ville, ils sont d’accord sur tout, et le plus jeune respecte l’aîné et l’assure de sa fidélité. Mieux, de son affection.
Il n’y a pas d’impôt sur la reconnaissance, mais quelle valeur ajoutée !Anna Teresa de Keersmaeker, Alain Platel, Alexandre Tharaud, Shahram Nazeri, Hariprasad Chaurasia, Pina Bausch, valeurs sûres aujourd’hui du Théâtre, de la Danse et de la Musique, étaient venus, avec Emmanuel Demarcy-Mota,sur la scène du Théâtre de la Ville, montrer et dire, avec les mots de Gérard Violette, combien ils s’inclinaient devant celui qui changea le cours de leur carrière.
Gérard Violette aime « les petites phrases », il aura sûrement pensé à celle de Cocteau : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ».
Nous aussi lui disons merci.
14:15 Publié dans Musique , Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Musique, théâtre
29.05.2008
Au pays des monstres domptés
Voilà plus de vingt ans que des vagues de soie, de toile ou de peluche glissent, flux et reflux, sur les scènes du monde entier, que des personnages, doublés de marionnettes s’y débattent, et que des marées de plaisir submergent le public aux spectacles de Philippe Genty et Mary Underwood. Avec Boliloc au Théâtre du Rond-Point s’achève une tournée commencée à Nevers en novembre 2007.
On sait combien il est difficile d’apprivoiser ses monstres intérieurs. Alice (Alice Osborne) la ventriloque, ne maîtrise plus les siens. Doc, à la tête de beau ténébreux, lui soutient qu’il n’est « pas une marionnette », et il ose même affirmer : « je suis toi ». Quant à l’avorton pétomane qui lui sert de double et de rival, il est si turbulent qu’il risque d’éliminer son rival. Mais ces deux êtres furieux sont en réalité des affamés de tendresse, ils sont prêts à risquer leur vie pour aller chercher la clé des « souvenirs interdits » au plus profond des méandres de la mémoire d’Alice. Là où rôde un motocycliste, vêtu comme l’homme invisible. Là où la hante une maison en flammes.
Ces marionnettes deviennent de vrais personnages. Scott Koehler en amoureux transi et Christian Hecq en troublion rageur s’engagent dans des métamorphoses successives. Au bout du voyage, le pays des monstres domptés leur ouvre le coeur de la belle.
Secoués de décharges électriques, bousculés par des vagues impétueuses, des contractions tectoniques, des déferlements de lames de plastique, ils sautent, rampent, vibrent, roulent, s’envolent, danseurs d'un sabbat affolant. Le pantin grimaçant et flatulent devient clown céleste, acrobate de l’espace, flottant dans une galaxie fabuleuse. Osons le mot « génie » !
La musique des espaces infinis guide le spectateur dans ces tourbillons où tout est beauté, mouvement et illusion. On ne verra plus jamais les poupées des ventriloques de la même façon.
Boliloc de Philippe Genty
Théâtre du Rond-Point-salle Renaud-Barrault
Jusqu’au 29 juin
01 44 95 98 21
photos : Brigittte Enguerand
15:05 Publié dans danse , Musique , Poésie , Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Théâtre, danse, musique, poésie
13.04.2008
On s’éclate au Roi Carotte
Les caisses sont vides au royaume de Fridolin (Éric Vignau), même pas de quoi se payer à dîner au Fouquet’s !
Non, il ne s’agit pas d’une nouvelle fable critique contre Sarko, mais d’une opérette signée Sardou et Offenbach qui s’attaquaient au prince de Fish-Ton-Kan, surnommé encore Napoléon le Petit, j’ai nommé… Napoléon III.
Pour trouver des sous, une seule solution : épouser la princesse Cunégonde (Anne Barbier) qui est, dit-on, fort riche. Cunégonde a du tempérament et plaît à ce viveur de Fridolin, mais le beau-père refuse que la dot serve à payer les dettes d’un gendre « flambeur » qui .proclame : « Quelle que soit votre opinion, je n’obéis qu’à moi-même ! » Ministres et conseillers (Jean-Claude Saragosse, Jean-Pierre Chevalier, Philippe Pascal, Yassine Benameur) incitent le roi à « privatiser les armures ancestrales ». C’est alors que surviennent des gens bizarres : « Ah ! Quels drôles de costumes/Ils ont tous l’air de légumes ». Ce sont en effet de grosses légumes protégés de la sorcière Coloquinte (Nathalie Schaaff), dont un certain roi Carotte (Frédéric Saraille) qui usurpe le pouvoir, tient la cour entière sous son empire (les conseillers déjà nommés et les femmes, Flore Boixel, Fabienne Masoni, Caroline Bouju) et s’empare aussi de la belle Cunégonde.
Impuissante et désespérée, une ravissante princesse, Rosée du soir (Cécile Limal), aux allures d’Alice au pays des merveilles, voit « (s)on prince » banni, tandis qu’elle est prisonnière de la sorcière. Heureusement, Robin-Luron (Agnès Bove), un lutin malin qui se dit étudiant, protège Fridolin.
Vous voyez ce qui va arriver ? Après l’épreuve de l’exil - « la meilleure école des rois, c’est l’exil » -, et du voyage initiatique, Fridolin retrouvera l’anneau de Salomon qui achèvera les sortilèges et remettra de l’ordre dans le royaume
Comment remettre au goût du jour cette « féerie » très parodique de 1872 ? En modifiant à peine quelques répliques. Que voulez-vous c’est pain bénit de trouver intactes celles des « caisses vides », des « éléphants chassés du palais », du « ministère de plus, pour gagner plus », des « bling ! bling ! », d’« il fallait museler au lieu de cette ouverture ». Alors, ajouter par ci, par là, c’était tentant. Olivier Desbordes s'est "arrangé" avec le livret de Sardou. Ainsi, le Roi demande à ses féaux « d’embrasser (sa) botte » et « de faire un jogging avec (lui) », et le « fameux enchanteur » Quiribibi (Christophe Lacassagne), avec son costume blanc, son catogan et ses lunettes sombres, ressemble à Karl Lagerfeld comme deux fibres de soie.
Costumes délirants (Jean-Michel Angays), mise en scène de virtuose (Olivier Desbordes), toute la troupe de l’Opéra éclaté accomplit des prouesses pour endosser plusieurs dizaines de rôles. Avec une formation orchestrale de moins de dix musiciens, logés sur la scène même, les inventions se multiplient (décors et lumières de Patrice Gouron).
Avec cette production de l’Opéra éclaté, c’est toute la salle qui s’éclate !
Le Roi Carotte de Jacques Offenbach
au Théâtre Silvia Monfort
Mercredi 16 avril à 19 h
17 ,18 avril et 19 avril à 20 h 30
01 56 08 33 88
18:25 Publié dans Musique , Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Musique, théâtre
04.04.2008
Le temps du tango
Vous connaissiez la comédie-ballet, Martine Drai invente la « comédie-tango », l‘écrit, la met en scène, l‘éclaire (faut tout faire dans ce métier !). Mettant en danse une vingtaine de personnages, conçue pour cinq comédiens « parce qu’au tango, il y a toujours celui (ou celle) qui ne danse pas », Le cœur n’est pas moderne se joue à quatre : trois comédiens qui dansent, Catherine Davenier, Hervé Falloux, Dominique Léandri et un danseur Jean-Sébastien Rampazzi qui fait aussi l’acteur.
Sur le podium, un couple danse, on ne voit que ses jambes dans une lumière latérale tamisée, des bribes de phrases nous parviennent, l’ambiance est aux déclarations, sur la piste, tandis qu’au bord, les délaissés chuchotent des confidences. Martine Drai a su saisir l’atmosphère particulière de ces lieux désuets qui, perdurent au-delà des modes. Le plateau s’éclaire, on peut tout voir, tout entendre.
Hommes et femmes ordinaires, danseurs amateurs, venus d’horizons différents d’abord pour rompre leur solitude, se prennent au jeu. Ils suivent les cours, année après année, apprennent à se connaître, à s’aimer (ou à se haïr), parlent de leur passion, car le tango « remue le cœur ancien ». Certains diraient « le cerveau reptilien », puisque danser en couple, se toucher, joue contre joue, tailles enlacées, cuisses plaquées, jambes ajustées, reins creusés dans les figures sur une piste de danse, participe de l’étreinte animale. Mais si la gestuelle du tango suscite le désir, le rythme et les pas du tango nécessitent une maîtrise absolue de soi et du partenaire. Il faut « apprendre la technique », ce qui permet de se dominer, de se « restructurer ».« Il faut que vous me résistiez », dit l’Homme, mais il souhaiterait aussi déclarer son amour et n’y parvient pas. Le corps a ses raisons, le coeur, la nostalgie du bonheur.
Le « tango est une marche », comme la vie, mais à la différence que sur la piste on peut faire marche arrière. Les couples font et se défont en rythme. Avec des morceaux de dialogues, une scénographie simple, une chorégraphie précise et des lumières très travaillées, l’auteur a su créer une histoire authentique.
Le temps d’un tango, le réel s’estompe ou se transforme. « C’était bat’ le temps du tango ! »
Le cœur n’est pas moderne
Comédie tango, mise en scène, scénographie et lumières de Martine Drai
À l’Atalante jusqu’au 7 avril
01 46 06 11 90
Le 6 mai à l’Atrium de Dax
19:05 Publié dans Musique , Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Musique, théâtre
03.04.2008
À la bonne franquette
On savait qu’en France tout finissait par des chansons. Le bon peuple, quand il n’est pas populace, met en couplets et en musique les petits et grands événements de notre Histoire et quelquefois, au péril de la censure, se paye la tête des héros glorieux comme des sinistres crétins.
Le rire est quelquefois plus efficace qu’un cocktail Molotov pour résister. Nos ancêtres dégoupillèrent souvent le premier, et des bateleurs du Pont-Neuf aux chansonniers actuels, ils déboulonnèrent les Badinguet et les faux-culs de tous poils (si j’ose m’exprimer comme eux).
Claude Duneton, historien de la langue et des mœurs, est aussi celui des refrains populaires, et il en présente un recueil caustique dans La chanson qui mord, un spectacle sans autre prétention que de distraire et d’instruire. Il nous reçoit comme des amis, à la bonne franquette, sans piano et sans trompette. Il raconte, Catherine Merle, violoniste et soprano renchérit,.Il chante, elle reprend d’une voix plus haute, plus ample, et les spectateurs sont sollicités au refrain. C’est un « spectacle participatif présent », une leçon de parodie autant que d’Histoire.
Desaugiers, Béranger et Fursy, chansonniers du XIXe siècle en sont les dieux. Claude Duneton en est le prophète, et nous, qui sommes tous des "ricaneurs tendance libertaire", nous sentons prêts à en devenir les disciples.
La chanson qui mord jusqu’au 20 avril à 18 h 30 Théâtre du Rond-Point 095 98 2118:50 Publié dans cabaret , Histoire , Musique , Poésie , Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cabaret, Théâtre, Histoire, Musique, Poésie
27.03.2008
Dédé et les magiciens
Henri Christiné et Albert Willemetz avaient triomphé avec Phi-phi en 1918, et Dédé, créé en 1921, garantit de belles rentrées au théâtre des Bouffes-Parisiens. Après la grande boucherie de la Guerre, on avait besoin de rire de tout. Olivier Desbordes a vu dans Dédé de quoi nourrir sa verve caustique. De la bluette, il réalise un tableau social jubilatoire. Dédé y trouve une actualité incroyable !
D’un côté, le naïf Dédé (Éric Pérez) et son complice de goguette Robert (Michel Fau), face à Odette (Sandrine Montcoudiol), une allumeuse rencontrée au « bal de Élysée », et qui tergiverse : « j’ose pas ! ». Entre les deux parties, les travailleuses, la première, Denise (Dalila Khatir) amoureuse du patron, dirigeant Anne Barbier, Flore Boixel, Agnès Bove, Gaëlle Pinheiro, vendeuses le jour et danseuses au Casino de Paris le soir, pour « gagner tout ce qu’on veut », (on ne disait pas « gagner plus », mais on le pensait déjà).
Naturellement « tous les chemins mènent à l’amour », sur fond de boutique excentrique, où le burlesque rejoint le surréalisme. C’est vrai que c’est une « drôle de boutique ». Boîtes à chaussures géantes, escarpins géants comme sur un Dalí, apparitions de têtes de vaches, poursuites à la René Clair, l’univers de l’opérette déjà déraille vers le train des revendications culturelles et sociales. On ne s’étonne pas de voir un grand gaillard de syndicaliste manipulé, un innocent arrêté, un notaire qui parle comme un marlou. Le patron ? Il rêve de « tout rénover ». Il n’y parvient pas, mais trouve l’amour.
Willemetz adore les bons mots, les saillies incongrues, les calembours. Il les fait en chansons : « Votre descente est trop décente », Et Robert ? Il « s’donne… un mal de chien ».
Ce qui est réjouissant avec l’opérette, c’est que tout se termine bien : « Dans la vie faut pas s’en faire ! ». Même quand on s’est trompé, l’important est de le reconnaître : « Si j’avais su évidemment, j’aurais agi tout autrement ! », et le refrain devient un hymne populaire.
Ce qui est merveilleux avec l’Opéra éclaté, c’est qu’un pianiste (Roger Pouly) et deux musiciens, restituent l’atmosphère de la Gaîté Lyrique. Olivier Desbordes et sa troupe sont des magiciens ! Ils vous réjouissent le cœur et éclaircissent le jugement.
Opéra éclaté au Théâtre Silvia Monfort.Renseignements et location : 01 56 08 33 88
16:00 Publié dans cabaret , Musique , Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Opérette, théâtre, musique
23.11.2007
Épatant !
Ah ! L’heureux royaume que celui de Cacatois 22e (Pierre Forest), roi de l’île de Tulipatan ! On n’y connaît ni les grèves, ni la baisse du pouvoir d’achat, et les bateaux partent avant le troisième coup de canon ! Le seul souci du roi est son héritier : Alexis (Lorianne Cherpillod), qu’il ne trouve pas assez viril. Il admire la vigoureuse Hermosa (Jean-Marie Rollin), la fille de son ambassadeur Romboïdal (Gérard Grobman), et pour assurer sa succession ordonne qu’elle épouse son neveu René (Denis Berner). Pour éveiller les désirs de son fils, il ira chercher la sensuelle créole Dora (Dominique Magloire).
Cependant, Hermosa aime Alexis, Alexis aime Hermosa, et Dora aime René. Tout pourrait s’arranger si la mère d’Hermosa (Jocelyne Sand) ne cachait pas un secret (lourd évidemment) et l’ambassadeur aussi. Hermosa n’est pas celle qu’on pense !
« Mon Dieu ! Que les hommes sont bêtes ! », comme on chante ailleurs…
Mais que les voix sont belles et les metteurs en scène ingénieux !
Faire de l’opéra-comique d’Offenbach, un « vaudeville musical » pour le Théâtre 14, il fallait de l’audace et des dons prodigieux !
Jean-Philippe Weiss et Philippe Bonhommeau ont résolu le problème de l’orchestre en confiant la partition à un trio à cordes. Trois musiciens dans un bateau en fond de scène : deux violons (Samuel Nemtanu et Florian Maviel) et un violoncelle (Héloïse Luzzati), derrière une immense baie non vitrée et le tour est joué pour définir une île au doux climat. Le décor lumineux d’Anne Wannier utilise toute la largeur de la scène, construit un passage en terrasse, en ménageant des sorties latérales suffisantes. Pas d’accessoires, juste trois chaises, ainsi les chorégraphies de Philippe Bonhommeau sont à l’aise.
Et l’action déroule son lot de coups de théâtre, et de répliques invraisemblables : « Bing ! Bing ! Bing ! Patapouf ! Pouf ! Pouf ! » et de « Coin ! Coin ! », et de prosaïques : « Je vais chercher les petites cuillères », provoquant une gaieté incoercible. Pour un peu (et s’il y avait la place) on irait danser avec Hermosa « Et digue, digue, digue, diguediguedon ! Mariez-vous donc ! ».
Corinne Baeriswyl a conçu des costumes soyeux, colorés, élégants. Les perruques d’Anny d’Avray sont seyantes, cette compagnie Théâtre Montreux-Riviera vaut le voyage jusqu’au périphérique !
Alors ?
Lançons-nous dans les rimes : La Créole de Tulipatan, un divertissement épatant !
La Créole de Tulipatan
vaudeville musical d'Offenbach
Jusqu’au 31 décembre 2007
Théâtre 14 Jean-Marie Serreau
01 45 45 49 77
12:53 Publié dans Musique , Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Théâtre, Musique
16.11.2007
Si Guitry m’était conté
Lucien Guitry, était un grand acteur, et son fils né en Russie, en 1885, reçut un prénom de tsar. La mère était comédienne et quand le bébé la vit, il comprit « que la vie était belle ». Lorsqu'il débuta comme comédien, il n’osa pas prendre le même nom que son père mais il n’hésita pas à lui prendre sa jeune maîtresse, Charlotte Lysès, dont il fit sa femme, enfin, une de ses femmes. Il était, entre temps, devenu Sacha Guitry, à vingt ans avec Nono. Et jusqu’en 1957, il occupa la chronique des célébrités, car on ne disait pas encore « people ». Heureusement ! Je pense que ça l’aurait fâché, lui qui aimait tant la langue française, ses nuances, sa richesse, et ceux qui illuminaient la France de leur gloire. Sarah Bernhardt, Anatole France, Claude Monet, filmés en 1916 « pour fixer la trace du geste créateur », ou, parmi ceux que son génie ressuscita : la Fontaine, Pasteur, Napoléon (le I et le III), Talleyrand, Louis XIV.
Dans une superbe exposition, à la Cinémathèque française, Noëlle Giret et Noël Herpe commémorent Sacha Guitry, mort il y a cinquante ans. Si Guitry m’était conté, il ne pouvait pas mieux l’être…
Entouré d’artistes dès l’enfance, le jeune homme cultive leur amitié, et ses amis comédiens, peintres, sculpteurs, écrivains se prêtent au jeu des entretiens et des images. Devenu auteur, Il leur écrit des rôles magnifiques et eux le magnifient, louant comme Cocteau, non sa « facilité », mais son « essence divine ».
On les retrouve dans l'exposition, interprétant les personnages créés par Guitry auteur, croqués par Guitry caricaturiste, ou filmé par Sacha cinéaste. Il les admirait, ils l’aimaient. C’est aussi de cet échange-là que l’exposition est empreinte. On y parle peu des jaloux qui le poursuivirent de leur haine. Car son talent immense agaçait autant qu’il fascinait. « Le nom grandit quand l’homme tombe ». François Truffaut, jeune critique, l’arracha à son purgatoire et cette saison, à Paris, trois pièces de Guitry rameutent le public, au théâtre comme à la télévision.
C’était un touche-à-tout lettré et spirituel, Guitry comédien, Guitry clown, mime, publiciste, parolier, chroniqueur, feuilletoniste, il enjoliva cette première moitié du vingtième siècle par ses bons mots, ses pensées et ses cent trente pièces, (dont des opérettes) et quelque vingt films. Les Arts de la scène et du spectacle, la Cinémathèque lui devaient bien cette exposition.
Jusqu’au 18 février
Cinémathèque française
51, rue de Bercy
Paris xiie
10:05 Publié dans exposition , Littérature , Musique , Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : exposition, théâtre, cinéma
29.10.2007
Un voleur du grand monde
La banque Bourdin bat de l’aile… le financier n’a plus de finances et comme il n’a pas de morale non plus, il plante là son fondé de pouvoir, un certain Millepertuis (Gilles Favreau), sa maîtresse son personnel et ses clients. Il a décidé « faire un petit voyage, pour des raisons de santé », ce qui vaut certainement mieux que d’y être envoyé… à la Santé ! Or, par un surprenant hasard, Arsène Lupin (Gilles Bugeaud), sous les traits de Lord Turner, avait décidé d’escroquer la banque Bourdin de deux millions, avec ses complices, Flo (Emmanuelle Goizé), déguisé en petit électricien, et Gontran (Flannan Obé) camouflé en groom. Et, « comme tous les banquiers sont des voleurs », rien d’étonnant que le « gentleman cambrioleur » soit « aujourd’hui dans la finance ».
Comment Arsène, le « voleur du grand monde », change d’identité, devient Bourdin, et ce qu’il advient du vrai banquier, comment le voleur prend sa place, et, comment, par tendresse pour Francine (Létitia Giuffredi), la nièce de ce gredin de Bourdin (Loïc Boissier), il redresse le bilan, comment, toujours, il s’échappe ; tous ces faits et méfaits - d'après l'oeuvre de Maurice Leblanc - nous sont comptés, avec des dialogues d’Yves Mirande, des lyrics d’Albert Willemetz et Charles-Louis Pothier, en une « opérette policière », créée en 1930.
Le genre est peu pratiqué, et Arsène Lupin banquier est une œuvre méconnue. La musique de Marcel Lattès ne chantait plus depuis que le compositeur avait disparu à Auschwitz. La compagnie des Brigands la reprend et, de la même manière qu'ils avaient ressuscité les ors de l’opérette avec Docteur Ox, Ta bouche, Toi c’est moi*, ils donnent une nouvelle jeunesse à Arsène Lupin Banquier.
Le metteur en scène (Philippe Labone) se souvient de Mack Sennett (At Twelve o’clock) et d’Harold Llyod (Safety last) avec une pendule gigantesque qui ne marquera jamais midi, mais toujours « moins une ». Au propre comme au figuré. Il résout brillamment les changements de décors avec des praticables de bois, couleur garance, qui transforment l’espace au gré des situations, et donnent aux comédiens une scène secondaire pour danser (scénographie de Florence Evrard). C’est qu’ils ont du souffle et des jambes ces Brigands ! Et qu’ils ne se contentent pas d'avoir de belles voix, ils dansent aussi, sur une chorégraphie de Jean-Marc Hoolbecq.
Isabelle Mazin joue successivement Liane et Mme Legrand-Jolly, Alain Trétout est M. Legrand-Jolly et le caissier, (Thomas Gornet), est un boucher suspicieux avant d’être un Claude très « beattlien ». Avec les costumes d’Elisabeth de Sauverzac, l’habit fait le moine, et le banquier véreux est habillé de vert. Toutes les audaces sont permises quand on a du talent ! Et ils en ont tous! La grande cohésion de la troupe emballe toutes les astuces. La souplesse de la musique autorise toutes les libertés. Sous la baguette de Christophe Grapperon, rythmes syncopés ou phrasés liés se suivent allégrement.
Depuis Figaro, on sait bien qu’en France, tout finit par des chansons, y compris les scandales financiers. Les refrains d’Arsène Lupin rappellent que les obsessions des années trente n’ont pas cessé…
- Sur les Brigands voir les archives de novembre 2005
Arsène Lupin banquier
Création à la Coursive (La Rochelle) le 26 octobre
Tournée : Corbeil-Essonnes le 9/11,
Mâcon, le 11/11, Paris,
Athénée-Louis-Jouvet du 21/12 au 13/1
et à suivre...
19:00 Publié dans Musique , Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Théâtre, Musique

