26.06.2008

Prix Emmanuelle Marie

Le prix Emmanuelle Marie a été créé par les EAT (écrivains associés du théâtre) pour remercier les compagnies, les associations, les structures qui accomplissent un travail de diffusion du texte de théâtre, souvent dans des conditions difficiles, voire désespérantes, quand les débats culturels du jour s'orientent plutôt vers la télévision.

Luttant contre les marées de la médiocrité et le vent du conformisme, certains utopistes continuent le combat, s'attachant à entretenir, comme le disait Vaclav Havel "le foyer spirituel de la communauté humaine."

3ce8c21b0505df65fa280e847c949dd5.jpgEn 2008, le prix a été attribué à l'Association Orphéon, compagnie Orphéon Théâtre intérieur, Bibliothèque de Théâtre Armand Gatti à Cuers (83).

Les auteurs de Théâtre remercient le travail acharné de la compagnie Orphéon et saluent leurs lecteurs...

Pour le théâtre et le meilleur : auteurs et lecteurs unis...

12.04.2008

Mots valises et dessous de table

Près des Jardin d’Éole, le quartier a bien changé depuis deux ans, et il ne reste plus beaucoup d’ateliers désaffectés. Mais le Naïf théâtre est toujours là, installé sous le Grand Parquet. Fidèle à ses idées, Richard Demarcy continue d’y mêler les cultures, et constant dans ses inspirations, il revient à Lewis Carroll.

Ceux qui, comme moi, hantent les théâtres depuis des décennies se souviennent encore de sa merveilleuse Chasse au snark et du sombre miroir de l’étang éphémère recréé au Centre Pompidou. Aujourd’hui, sur les planches du Grand Parquet, avec une table, cinq portes et une baignoire, la jeune Alice (Léontine Fall) s’égare dans le labyrinthe des rêves. Avec elle, Antonio Da Silva est le Lapin (blanc chez Carroll, en costume écossais chez Demarcy) Ugo Broussot, Nicolas Le Bossé, tour à tour, jardiniers, escrimeurs, gardes, lézard, loir, duchesse, goret, et j’en oublie sûrement. Alfa Ngau Domingas est principalement la reine de Cœur qui veut « couper la tête » de la désobéissante, et Yilin Yang d’abord dame de compagnie, est aussi Ver à soie et Cuisinière.

Alice est franco-sénégalaise, Antonio, franco-portugais, Ugo est franco-italien, Alfa est angolaise, Yilin taïwanaise et Nicolas normand, et tous font d’excellents comédiens qui nous emmènent dans un imaginaire foisonnant et réjouissant.

On navigue sur les mots, et suivant la technique du mot-valise et de la charade à tiroirs, malentendus, et contresens créent des tempêtes de rire. Comme la table dissimule des dessous surprenants, mais jamais déplacés, on nage dans le non-sens et l’humour. Et en plus, c’est esthétiquement très réussi, avec des parapluie colorés, des fleurs et des couleurs harmonieusement mariées.

Je sais qu’on vous en rend compte un peu tard, mais Richard Demarcy a promis une tournée et là, on vous prévient à temps.

 

 

Fantaisies pour Alice de Richard Demarcy

d’après Alice au pays des Merveilles de Lewis Carroll

Le Grand Parquet

20 bis, rue du Département

Paris xviiie

01 40 05 02 30

ce soir à 20 h

Jusqu’au 13 avril à 15 h

09.02.2008

Coup de tabac sur le Tarmac

À peine annoncée la saison du Tarmac, que les inquiétudes se profilent.

Restrictions budgétaires : 9 % de moins du Ministère de la Culture et de la Communication. Comme, déjà, en 2007, 5 % avaient disparu…

Ce n’était pas la peine de féliciter Valérie Baran et son équipe pour la fréquentation en hausse de 20 %, avec 80 % de spectateurs payants. On n’est donc pas payé au mérite…

- « C’est bien ce que vous faites, continuez ! ». Oui, mais avec quoi ?

C’est bien d’affirmer son intérêt pour la francophonie. Mais créer une « commission de réflexion à ce sujet » tout en rognant les budgets, n’est-ce pas une tactique en toc ?

Si vous découvrez des raisons d’espérer dans nos élus, dites-leur, au Tarmac, ça les aidera peut-être un peu. Ils en ont besoin...

 

 

07.02.2008

Sortir de sa coquille

Dans sa coquille une poulette

Voulait devenir un’ vedette.

Dans son œuf, un doux coquelet,

Satisfait du chaud poulailler,

Rêvait de rester en couveuse,

Et pour lui, une vie heureuse

Se vivait entre des parents

Qui voudraient le garder enfant.

5431c1c2ea1b6bb357d65e5855f004ec.jpgMais il faut que les œufs éclosent,

Pour que coule le cours des choses.

Que l'on soit coq, garçon ou fille,

Il faut sortir de sa coquille.

Il faut que les enfants grandissent,

Et qu’au printemps les prés verdissent.

Stéphanie Tesson est l’auteur

Que l’on revoit avec bonheur.

Avec folie et cohérence,

Elle sait fair' parler l’enfance.

Rostand écrivit Chantecler,

Pour adultes qui aimaient les vers.

Aujourd’hui ces bien tristes sires

Ont perdu le goût du bien dire.

Mais le rêve et la poésie,

Nous sont restés chez Stéphanie.

Sous des vers octosyllabiques,

Oeufs et dindon jouent leurs répliques.

Benjamin Brouck est le poussin

Bavard, charmant, un peu coquin.e68aab47181cbc422bc716becef1d4aa.jpg

Larrigaldie, prénom Céline,

Qu’un brin de folie illumine

Poupette et poulette à la fois

C’est Oeuforie qui donne joie.

Quant au Dindon, merveilleux choc !

Bruiteur et comédien, c’est Brock.

Les animaux de basse-cour,

Par sa voix magique, toujours

Entourent O et Oeuforie

Dans À nous d’œufs la comédie

Où il faut courir aujourd’hui.

.

À nous d’œufs de Stéphanie Tesson

Metteur en Scène : Stéphanie Tesson

6c8ff0255ab375de2d73d4c751eeba7b.jpgMarionnettes, accessoires et peinture : Marguerite Danguy des Déserts

Costumes : Angéla Séraline et Dorota Kleszcz-Ronsiaux

 

Le texte est édité par L'Avant-Scène Théâtre N°1237

Dans la même collection, on peut lire avec profit :

Chantecler d'Edmond Rostand N°959

et Petit coq et le maïs bleu de Jean-Louis Bauer N°1083

Théâtre du Jardin au Jardin d'Acclimatation

75116 Paris  Plan d'accès
Réservations : 01 40 67 98 07

Du 06/02/08 au 09/03/08 à 14:30 : Mercredi
Du 06/02/08 au 09/03/08 à 15:30 : Dimanche
Du 26/02/08 au 06/03/08 à 14:30 : Mardi, Jeudi

25.09.2007

Un drôle d’oiseau

Annie écrit des livres (Cristiana Reali). Jacques (Vincent Elbaz) les signe parce qu’elle « ne supporte pas le regard des autres sur elle », depuis qu’elle a été violée. Elle s’automédicamente aux amphétamines, ce qui est très mauvais pour la santé, tout le monde vous le confirmera. Il veut la désintoxiquer et la prive de son fournisseur habituel, Jeff (Ariel Wizman). Elle se suicide. Il publie ses œuvres complètes en leur rendant le nom du véritable auteur, car il faut que la justice et le bon droit triomphent à la fin .

Autour du couple, José Paul joue le critique ironique, Jean-Paul Muel l’éditeur dépassé par les dettes, Stéphane Boucher l’autre éditeur requin, et  sa fidèle collaboratrice Bénédicte Dessombs. La mise en scène de John Malkovich est fluide, les décors de François Limbosch amusants, les effets spéciaux de Christophe Grelié,  intéressants. Tout cela est très bien, mais sans surprise...

On nous prévient d’entrée, par projection interposée, que le canari est l’oiseau que les mineurs utilisaient pour déceler les gaz toxiques. Dans un boyau, si le canari mourait, il fallait évacuer.  L’oiseau était un repère, son décès un signal d’alerte. Pauvre bête ! Système cruel, mais efficace pour l'homme. Le petit oiseau qui se débat avec la vilaine société, on sait bien qu'il va mourir, que les hommes sont des rapaces...

D’où vient que Good Canary garde son titre anglais ? Mystère ! Car enfin canary  est « un canari », et good  peut se traduire par « bon » en français. En variant la nuance. Ainsi « bon » dans un bon lit signifie « satisfaisant », il peut aussi signifier « efficace » dans un bon remède, « sage » dans un bon conseil, « exact » dans le compte est bon, « apte » » dans bon pour le service, « agréable » dans un bon bain, « heureux » dans bon anniversaire, « drôle » dans un bon mot, « intense » dans un bon rhume, « gros » dans un bon vivant, etc. nous en passons, le Robert en  répertorie de meilleurs.

 

Alors ? Un bon canari ? Un canari efficace ? Un brave canari ? Drôle d'oiseau pour le théâtre !

Mais n’y-a-t-il pas un pékin pour défendre la langue française ?

 

 

 

 

  Un bon Canari  De Zach Helm

 

Adaptation de Lulu et Michael Sadler

 Théâtre Comedia

01 42 38 22 22

 

28.02.2007

Et l’éducation artistique et culturelle ?


 
 Les candidats à l'élection présidentielle nous parlent de l’éducation, ils nous parlent peu de la culture, et encore moins de l’éducation artistique et culturelle et de l'accès à la culture.

 

Le Forum Permanent pour l’Education Artistique (FPEA) leur a adressé un questionnaire concernant l’éducation artistique et culturelle des jeunes.

Le jeudi 15 mars au Théâtre national de la Colline à Paris lors d’un échange public, les candidats pourront faire état de leurs propositions pour l’avenir, répondre aux questions et échanger avec les acteurs de terrain et des personnalités du monde de l’éducation, des arts et de la culture.
 Le Forum Permanent pour l’Education Artistique (FPEA) regroupe plusieurs associations, structures culturelles, syndicats d’enseignants et d’artistes, syndicats d’employeurs, fédérations de parents d’élèves soucieux du maintien et du développement de l'éducation artistique et
culturelle dans notre pays.
Il est urgent que les candidats se positionnent sur la question essentielle de l’éducation artistique et culturelle.

Jeudi 15 mars au Théâtre national de la Colline à Paris à 17h
Entrée libre sans inscriptions dans la limite des places disponibles


04.01.2007

Bonne année

Bonne année à tous. Merci à ceux qui m'encouragent de leurs commentaires bienveillants et de leurs remarques attentives.

Et que 2007 soit jubilatoire pour tous...

24.12.2006

Relâche...

Trêve des confiseurs. Terminez bien l'année, prenez de bonnes résolutions pour commencer la nouvelle, que je vous souhaite heureuse.

A bientôt.

Et merci de votre fidélité.

17.02.2006

En anglais dans le titre


 


Les titres de films ou de pièces de théâtres qui fleurissent sur les affiches me laissent perplexe.
L’anglais est-il devenu langue obligatoire ? Croit-on que les Français le comprennent parce qu’ils possèdent les quelque deux cents mots qui leur permettent de voyager sur tous les continents ? Le globish n’est pas l’english. Claude Hagège s’alarme pour les sciences et les techniques, inquiétons-nous aussi des arts dramatiques.
Walk the line, qui sort cette semaine, est-ce « suivre sa ligne », « suivre son chemin », « franchir la ligne », « aller trop loin », « atteindre son but », le « dépasser » ou « se faire une ligne » ? Je sais que walk the boards se traduit par « monter sur les planches », mais walk the line ?
Et pourquoi avoir gardé The Constant Gardener, en anglais dans le titre ? N’est-ce pas l’histoire d’un botaniste follement amoureux, amoureux jusqu’à la mort et au-delà ? Traduire par Le Fidèle Jardinier, ou Le Botaniste fidèle aurait-il nui à la beauté du film, à son succès ?
Tears for fears, n’est-ce pas Pleurs de peur ?
On nous annonce aussi Illuminations-Coloured plates, construit sur des textes d’Arthur Rimbaud ! Tiens ! Tiens ! Arthur a certes séjourné en Angleterre mais ses Illuminations n’ont pas été écrites en anglais, même s’il y sème, avec la ferveur du néophyte quelques mots qu’il vient d’apprendre : bottom, fairy, being beauteous. Alors pourquoi pas les listes de mots et d’expressions qu’on a retrouvées dans ses manuscrits ? Et pourquoi « coloured plates » ? D’autant qu’il n’a jamais écrit pour la scène…
 Nous avions déjà eu : Getting attention, (avec get ce verbe fourre-tout). Ce titre ne correspond-il pas à cette Surveillance attentive qu’exercent les voisins les uns sur les autres ? Espionnage entre voisins, ou Voisinage attentif, ou Entourage attentif, ou Attention renforcée, mais finalement Précaution inutile.
Qu’on ne prétende pas que c’est « intraduisible » ! Demandez à Jean-Michel Déprats, demandez à François Regnault s’ils ne sont pas venus à bout des jeux de mots de Shakespeare que François-Victor Hugo avait prétendus « intraduisibles ». Évidemment, leur réussite suppose non seulement une excellente connaissance de la langue qu’ils traduisent mais aussi une science infaillible de la leur. Car il s’agit de défendre à la fois deux langues jusque dans leurs idiotismes. Imagine-t-on un roman policier où des phrases resteraient en anglais ? Car c’est uniquement dans cette langue-là qu’on ne traduit plus.
Est-ce par hypocrisie que Shopping and Fucking, (qui exigerait que nous soyons obscènes) est resté tel quel ? Nos amis Québécois ayant traduit  depuis longtemps, shopping par « magasiner », pourquoi ne pas l’utiliser ? Et pour Fucking ? Certains traduisent fuck par « enculer », il y a aussi « foutre » qu’on osait au grand Siècle, avec son dérivé « foutraison ». On peut préférer Magasinage et Baise, ou choisir « baisage » ou « baisement ». Tout est affaire de suffixation.
D’où vient notre répugnance, aujourd’hui, à assimiler et créer de nouveaux mots ?
En 1886, nos arrière-grands-parents avaient fait de « boycott », « boycottage », il serait temps de nous en souvenir. Boycottons et inventons, afin de garder vie et force à la langue française.