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21/03/2016

He wants to be

 

Théâtre, théâtre du lucernaire, Charlotte Rondelez, Il existe des personnages qui continuent de vivre même lorsque l’auteur les a assassinés, des personnages qui refusent de mourir. Ainsi, Hamlet, avec To be Hamlet or not, un comédie de Charlotte Rondelez créée au festival d’Avignon 2012, jouée ensuite au Poche-Montparnasse et que le Lucernaire reprend aujourd’hui pour notre plus grand bonheur…

Hamlet (Harold Savary) ne veut plus de tragédie. Il ne veut plus entraîner dans la mort, sa mère (Pauline Devinat), son meilleur ami Laërte (Julien Le Provost), son oncle Claudius (Cédric Villenave) Polonius, le père de la belle Ophélie (Pauline Devinat),  laquelle s’est suicidée. Plus d'alternative : "to be or not to be", Hamlet wants to be.

Mais comment faire, puisque l'auteur, Shakespeare est mort depuis quatre siècles ? Heureusement, la littérature propose de l’aide : un certain Pip matelot à bord du baleinier Pequod dans Moby Dick d’Herman Melville, affirme que c’est possible… Opinion confirmée par le Chat du Cheshire tout droit sorti d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.

Et Godot dans tout ça ? Lui qu’on attendait déjà du temps du Faiseur  de Balzac, n’est-il pas las de faire croquer le marmot aux comédiens qui l’attendent toujours « ailleurs » ? Et cette Lydie Höderling, échappée d’un livre envoyé au pilon, que fait-elle dans notre réalité?

Là n’est pas la question…

Charlotte Rondelez croise les époques, mêle les histoires, mélange les genres, sans perdre ses comédiens, virtuoses de la transformation. To be Hamlet or not est avant tout une histoire de comédiens, réunis par la volonté de Charlotte Rondelez, metteur en scène et auteur, sur un plateau octogonal de bois clair, avec quelques éléments de costumes et quelques accessoires.

On s’amuse beaucoup, l’imagination est reine. Dans notre royaume pourri, ça rassure de trouver quelque chose de vivant !

To be or not Hamlet de Charlotte Rondelez

 

Théâtre du Lucernaire

01 45 44 57 34.

Du mardi au samedi à 19 h

Dimanche à 15 h

 

23/05/2014

Prolongation au Poche

Nous avions aimé ce spectacle, vu en mars, dont nous avions rendu compte sous le titre : Ce mal qui répand la terreur. Et vous ne l'aviez pas encore vu. Mais vous avez de la chance car  État de siège d’Albert Camus, mise en scène par Charlotte Rondelez est prolongé jusqu’au 26 Juin. Du mercredi au samedi 19h, dimanche 17h30.

Relâches exceptionnelles les, 8, 14, 15 et 18 Juin.

 

 

 

État de siège  d’Albert Camus

Adaptation et la mise en scène de Charlotte Rondelez

Théâtre de Poche-Montparnasse

Depuis le 4 mars

Du mardi au samedi à 19h , dimanche 17 h 30

01 45 44 50 21

 

13/03/2014

Ce mal qui répand la terreur

 

 

La peste est une thématique récurrente dans l’œuvre de Camus. Elle est ce mal infectieux qui contamine les hommes, et qui, gagnant de foyer en foyer, répand la terreur et la mort. Dans La Peste (1947), l’épidémie, à Oran, ravage la cité, sépare les familles, les amis, l’isole du reste du monde.  Elle représente la peste brune, le nazisme, qui de 1937 à 1945,  s’était étendu sur le monde. Avec État de siège (1948), Camus reprend la métaphore de la peste pour en faire un personnage (Simon-Pierre Boireau), allégorie du Mal « qui répand la terreur »*. Théâtre, Théâtre de Poche-Montparnasse, Camus, Charlotte RondelezLa parole de Camus résonne forte et claire grâce à l’adaptation et la mise en scène de Charlotte Rondelez qui font d' État de siège un auto sacramental païen, où Diego (Adrien Jolivet), l’homme juste,  sauve les hommes, par son refus de l’arbitraire et par son sacrifice christique. 

Le décor de Vincent Léger est composé de panneaux coulissants, couleur bronze, laissant voir, à mi-hauteur dans le lointain, des immeubles éclairés, ou le ciel étoilé, et quand les panneaux s’ouvrent, les croix d’un cimetière. Le faîte de ces portes devient un cadre de scène pour un théâtre de marionnettes (création Juliette Prillard) manipulées à vue par les comédiens  (Claire Boyé, Benjamin Broux, Adrien Jolivet, Antoine Seguin) qui leur prêtent voix et visages, et figurent des hommes atrophiés, tout un peuple asservi qui consent à l'esclavage. Les lumières de Jacques Puisais cernent les personnages. 

La Peste a le regard clair et cruel, le sourire ironique, il apporte « l’organisation », sa secrétaire (Cécile Espérin) est aimable, séduisante, le Gouverneur (Antoine Seguin), « roi de l’immobilisme », est lâche,  Le Ministre (Benjamin Broux) est servile. Vite corrompu, il corrompt à son tour les citoyens. Ils voulaient éviter la maladie et la mort. Ils ont choisi le « le pire », c’est-à-dire, l’arbitraire, l’humiliation,  et ils auront la mort de toute façon. La parabole court, limpide, les comédiens entraînent les spectateurs dans l’angoisse suscitée par la situation. Le mauvais air de la contagion  étreint jusqu’à la suffocation.

Diego, l’homme révolté résiste. Il aimerait bien vivre d’amour et de liberté avec la sensuelle Victoria (Claire Boyé) mais il ne peut se résoudre à abandonner ses frères humains. Il est médecin et il n’a pas peur de la mort. Il défie l’administration, refuse la collaboration, fait renaître l’espoir, et libère la cité du Mal.

Son dévouement ne sera-t-il pas vain ? L’anarchiste Nada (Antoine Seguin) le craint. « Nous étions muets, nous allons devenir sourds » dit-il. Car la Peste partie, les chefs anciens rappliquent et Victoria pleure son amour.

Camus est bien pessimiste et « la face de Dieu, affreuse » ! La démocratie retrouvée sera vite mystifiée si les hommes ne changent pas. Et ont-ils envie de changer ? La liberté est un combat, et la tâche de l'homme rejoint la peine de Sisyphe. 

 

 

Photo : © Victor Tonelli

Les Animaux malades de la peste, La Fontaine.

 

 

État de siège  d’Albert Camus

Adaptation et la mise en scène de Charlotte Rondelez

Théâtre de Poche-Montparnasse

Depuis le 4 mars

Du mardi au samedi à 19h , dimanche 17 h 30

01 45 44 50 21