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28.09.2007

Avant le Mariage

     Dans la troisième salle de la Comédie-Française, Jean Liermier donne aux Sincères de Marivaux, un petit air de Villégiature, revue par Eric Rohmer. Nous sommes, comme dans Le Genou de Claire au bord de la mer, dans une maison de vacances : Bretagne ou île d’Atlantique. Il ne manque pas une canne à pêche, ni une petite laine pour supporter les matins frais (scénographie de Philippe Miesch). Quand on ouvre la porte, entrent le bruit du ressac et le rire des mouettes avec les  lumières d'Yves Bernard.

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     La Marquise (Cécile Brune) qui est veuve, semble avoir trouvé dans  Ergaste (Alexandre Pavloff), l’homme idéal pour se remarier. Elle reproche à  Dorante (Christian Cloarec), trop de complaisance, et pas assez de sincérité. La belle Araminte (Sylvia Bergé) qui aime Ergaste, s’en dépite. Deux valets effrontés : Lisette (Julie Sicard), et Frontin (Pierre Louis Calixte) s’en mêlent, et aident leurs maîtres à sonder la sincérité des cœurs.

     C’est cruel, et ironique, subtilement interprété. Un succulent hors d’œuvre avant le mariage. Celui de Figaro, bien sûr !

Les Sincères  de Marivaux

Studio Théâtre de la Comédie-Française

Du 27 septembre au 18 novembre

A 18 h 30

 01 44 58 98 58

Figaro en excellence

     Après l’époustouflante Confrérie des farceurs (voir note du 21/09), la Comédie-Française donne un Mariage de Figaro éblouissant.

     Rappelons-nous toujours que Le Mariage de Figaro, est aussi intitulé La Folle Journée et que l’individu Figaro (Laurent Stocker, impétueux) qui lutte contre son seigneur, contre le droit coutumier et le droit écrit, apparaît comme un rebelle. Anne Ubersfeld qualifiait la pièce de Beaumarchais, de « première pièce romantique ». Christophe Rauck, le metteur en scène à qui nous devons, ces années passées, un inoubliable Dragon de Schwartz, et un insigne Revizor de Gogol, a tout perçu de l’atmosphère de la pièce et de la profondeur des personnages.

     Le trouble de la Comtesse (somptueuse Elsa Lepoivre) devant Chérubin (Benjamin Jungers fragile et tendre) n’est plus un simple attendrissement mais un véritable émoi sensuel qui laisse pressentir La Mère coupable. L’agilité joyeuse de Figaro cache un vrai désespoir. De l’audace respectueuse de Suzanne (délicieuse Anne Kessler) monte une vraie révolte, et les appétits du Comte (Michel Vuillermoz redoutable de puissance) révèlent une vraie perversité. Les revendications de Marceline (Martine Chevalier digne et douloureuse) exposent les justes doléances que la révolution entendra.  

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     Car le sujet du Mariage est bien l’abolition de ce droit féodal nommé « droit de cuissage » par le peuple, droit qui permettait au seigneur de goûter la primeur de tous les fruits de son domaine, y compris le fruit défendu. Michelet écrivit des pages sublimes sur les humiliations faites ainsi aux paysans. Et ces fêtes autour de la cérémonie du mariage, ces déguisements, ces chansons, ces danses, ce toro de fuego, traduisent parfaitement l’affolement des esprits et des corps.

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Le metteur en scène mène Michel Robin (Brid’oison), Christian Blanc (Antonio ), Bakary Sangaré ( Bartholo), Grégory Gadebois (Bazile), Prune Beuchat (Fanchette), Dominique Compagnon (l’huissier), Pédrille (Nicolas Djermag) et Gripe-Soleil (Imer Kutlovci) comme un corps de ballet autour des protagonistes. Avec des entrées par la salle, des sorties par l’avant-scène, des rideaux qui s’abattent à l’allemande, des robes qui s’envolent (costumes de Marion Legrand) , tout s'enchaîne allegro ma non troppo autour d'un Figaro en excellence.

     Et Beaumarchais se passe fort bien de Mozart…  

 

 

 

 

Le Mariage de Figaro de Beaumarchais

 Comédie-Française

 0825 10 16 80

www.comedie-francaise.fr

 

 On lira avec profit le N° 2 des Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française entièrement consacré à l'oeuvre de Beaumarchais, 10 €

27.09.2007

Les rapports dont Teja fut l’objet

     Maintenant que la Yougoslavie n’existe plus, et que les républiques qui la composaient sont devenues autonomes, les dissidents ont pris leur revanche. Et  Théodore Kraj (Jean-Marie Galey) auteur censuré sous Tito, est devenu rédacteur en chef de La Nouvelle Serbie.  « Nommé par quelqu’un » pour restructurer l’entreprise, tapi dans un bureau triste (André Acquart  pour le décor, André Diot pour les lumières), il semble dépassé par les responsabilités et en devient parano. ab60cdb77b702dc5dfb8f0a4e5c73d58.jpg

Les auteurs refusés par son prédécesseur le harcèlent, l’ancien directeur organise un charivari dans le bureau voisin, sa secrétaire (Muranyi Kovacs) déprime et voici que se présente un inconnu « bizarre », porteur d’une serviette de cuir et traînant une énorme valise, et qui semble mieux le connaître que quiconque puisqu’il l’appelle « Teja » ainsi que le nommait sa mère. 

     Le « camarade Luca » (Jean-Pierre Kalfon), 

b7e021d55697b7038fe711220bf05a13.jpgne présente aucun manuscrit, mais il sort de la serviette des livres reliés : Discours, Recueil du pays natal perdu, Petites scènes, Rencontres et Entretiens et annonce qu’il y a encore un Drame. « Je me suis efforcé d’être un professionnel », dit-il. Teja admire, lui qui n’a publié que deux livres. « Ce ne sont pas mes livres », dit Luca « Ce sont tes livres. » Car, pour Luca, policier en retraite, Teja, a été sa « mission habituelle » pendant dix-huit ans. Il n’a fait « qu’enregistrer et transcrire les bandes». Semblable à l’inspecteur de la Stasi, qui dans La Vie des autres de Florian Henckel espionnait  un dramaturge et finissait par le protéger, Luca a transformé les rapports dont Teja fut l’objet en « œuvres », celles qui ne pouvaient être publiées sous Tito. Curieux syndrome que celui qui transforme le bourreau en ange gardien.

     Stephan Meldegg se souvient des premières pièces de Havel qu’il a montées (et même jouées) en France, dès 1975, Audience, Pétition même hors du Théâtre La Bruyère. Il n’a pas oublié que Vaclav Havel avait été « condamné au nom du peule » mais « quand le peuple a donné son avis, il l’a élu président ». Dans Le Professionnel, l’auteur serbe Dusan Kovačevič (non, ce n’est pas le footballeur),y fait explicitement référence. Même ironie pour peindre  l’absurdité du monde communiste, le système policier, les persécutions stupides, l’embrigadement des âmes pures, l’engrenage de la délation et de la haine. Le Professionnel est une pièce magistrale. La perfection du dialogue et les rouages de la satire donnent à l'oeuvre la charpente politique forte.

     De plus, ici, l’auteur décrit une relation bouleversante. Le dossier de police est devenu « dossier littéraire » grâce à un personnage absent dont Luca parle sans cesse, son fils. Chassé de l’université à cause de l’intérêt qu’il portait à la pensée de Kraj, ce fils chéri a dû s’exiler pour pouvoir enseigner. Mais avant, il a éduqué le père maladroit :  « Nous, les pères, ce qu’il ne faut pas dire, on le dit toujours à temps, et ce qu’il faut dire, on le dit toujours en retard, ou jamais. » Et Luca rend à Teja la montre de son père, les lettres de sa mère, et tous les objets que le jeune auteur a semés au cours de ces dix-huit annés de pérégrinations : parapluies, chapeaux, jumelles, lapin de peluche, moufle, etc. Une valise entière d’objets devenus fétiches… Il le débarrasse du gêneur véhément (Jérôme Le Paulmier) qui rend Teja agressif. Pour quelles raisons ?

     Ah ! on ne va pas quand même tout vous dévoiler ! Allez-y vous-même ! Profitez de la démocratie. Jean-Pierre Kalfon et Jean-Marie Galey la défendent avec un art prodigieux.

Le Professionnel  de Dusan Kovacevič

 

adaptation d’Anne Renoue et Vladimir Cejovič

publié à L'âge d'homme

Théâtre Rive Gauche 01 43 35 32 31

 

 

 

25.09.2007

Quelle famille !

      Ah ! Les réunions de famille ! Quelle source inépuisable pour les auteurs dramatiques ! Avec eux toutes les familles prennent un petit côté « Atrides et compagnie ». Les Belles-Sœurs (Sabine Haudepin, Véronique Boulanger, Élisa Servier) n’échappent pas à la règle des femelles bavardes, vindicatives, ou un peu « truffes », et les trois frères (François-Éric Gendron, Roland Marchisio, Manuel Gélin) qui les accompagnent ne manquent aucun des travers masculins : menteurs, égoïstes,  concupiscents, face à la femme convoitée, sensuelle, intelligente et solitaire (Mathilde Penin). Éric Assous a le sens des conflits et des dialogues hargneux.

Sur scène, c’est l’heure des règlements de comptes. Personne n’en sort indemne. Les sanies évacuées, seuls quelques naïfs pensent que ça ira mieux demain…

Personne ne s’étonne que François-Éric Gendron, joue un avocat volage, conforme à la série télévisée qui fait son renom. On viendrait presque pour le consulter sur la procédure à suivre en cas de mise en examen… Roland Marchisio, en type maladroit est touchant. La bonne surprise de la soirée vient de Sabine Haudepin, trop rare sur nos scènes. Elle compose ici un personnage lucide, cruel et sympathique malgré ses cinglantes réparties.

Impitoyable !

 

 

 

Les Belles-Sœurs

d’Éric Assous

Théâtre Saint-Georges

01 48 78 63 47

Un drôle d’oiseau

Annie écrit des livres (Cristiana Reali). Jacques (Vincent Elbaz) les signe parce qu’elle « ne supporte pas le regard des autres sur elle », depuis qu’elle a été violée. Elle s’automédicamente aux amphétamines, ce qui est très mauvais pour la santé, tout le monde vous le confirmera. Il veut la désintoxiquer et la prive de son fournisseur habituel, Jeff (Ariel Wizman). Elle se suicide. Il publie ses œuvres complètes en leur rendant le nom du véritable auteur, car il faut que la justice et le bon droit triomphent à la fin .

Autour du couple, José Paul joue le critique ironique, Jean-Paul Muel l’éditeur dépassé par les dettes, Stéphane Boucher l’autre éditeur requin, et  sa fidèle collaboratrice Bénédicte Dessombs. La mise en scène de John Malkovich est fluide, les décors de François Limbosch amusants, les effets spéciaux de Christophe Grelié,  intéressants. Tout cela est très bien, mais sans surprise...

On nous prévient d’entrée, par projection interposée, que le canari est l’oiseau que les mineurs utilisaient pour déceler les gaz toxiques. Dans un boyau, si le canari mourait, il fallait évacuer.  L’oiseau était un repère, son décès un signal d’alerte. Pauvre bête ! Système cruel, mais efficace pour l'homme. Le petit oiseau qui se débat avec la vilaine société, on sait bien qu'il va mourir, que les hommes sont des rapaces...

D’où vient que Good Canary garde son titre anglais ? Mystère ! Car enfin canary  est « un canari », et good  peut se traduire par « bon » en français. En variant la nuance. Ainsi « bon » dans un bon lit signifie « satisfaisant », il peut aussi signifier « efficace » dans un bon remède, « sage » dans un bon conseil, « exact » dans le compte est bon, « apte » » dans bon pour le service, « agréable » dans un bon bain, « heureux » dans bon anniversaire, « drôle » dans un bon mot, « intense » dans un bon rhume, « gros » dans un bon vivant, etc. nous en passons, le Robert en  répertorie de meilleurs.

 

Alors ? Un bon canari ? Un canari efficace ? Un brave canari ? Drôle d'oiseau pour le théâtre !

Mais n’y-a-t-il pas un pékin pour défendre la langue française ?

 

 

 

 

  Un bon Canari  De Zach Helm

 

Adaptation de Lulu et Michael Sadler

 Théâtre Comedia

01 42 38 22 22

 

21.09.2007

La confrérie des rieurs

Les farceurs sont revenus ! Ils ne s’appellent plus Gros-Guillaume, Gauthier-Garguille, Jodelet ou Turlupin.  Ce ne sont pas les Enfants-de-sans-soucy. Ils ne jouent plus sur les places publiques, ni les carrefours. Ils sont installés au Vieux-Colombier et ils vous accueillent dès l’entrée, visage enfariné et oripeaux bigarrés. Sociétaires et pensionnaires du Français, compagnons du  Théâtre de Bourgogne, jeunes comédiens, les voici réunis « en confrérie » par deux « chefs de troupe : François Chattot et Jean-Louis Hourdin, afin de faire revivre les farces médiévales dans leur franche obscénité…Quelque chose a changé dans le royaume de la Comédie-Française !

La farce, vos études vous l’ont appris est un genre populaire grossier. On y montre des gens peu distingués : paysans et boutiquiers, qui osent railler leur seigneur, parlent un langage vulgaire et font ensemble des choses que la morale réprouve et que le corps adore. Ventre et sexe sont les deux mamelles de la farce… Avant que Malherbe vînt, on appelait un cul, un cul, et les couilles allaient par paires. Depuis que Bernard Faivre a retraduit Les Farces*, l’octosyllabe chante et danse sans pudibonderie ! On ne pétrarquise plus, on pète !

Ah ! Les tréteaux ne distillent pas cet ennui solennel qui fait croire à M. Prudhomme qu’il convient d’être grave. François Chattot et Jean-Louis Hourdin ont choisi de faire rire les abonnés, et les autres. Et pour montrer que la farce n’a jamais quitté la littérature, ils donnent en prologue La Naissance du jongleur de Dario Fo. Comment résister à la truculence de Catherine Hiegel qui avant que le spectacle  necommence, a déjà interpellé les spectateurs, rabroué les retardataires, fait dégager des places pour ceux qui sont encore debout, bref, assumé la connivence avec le public. Qu’elle soit Mère dans Mahuet, Commère dans Frère Guillebert, ou narratrice dans La Naissance du jongleur de Dario Fo, elle est cette maîtresse femme qui empoigne la réalité pour la rendre moins triste qu’elle n’est car « c’est par le rire qu’on fait baisser culotte au patron ».

Avec elle au milieu des panières, et autour du tréteau de foire que des rideaux  masquent le temps d’un changement,  sociétaires, pensionnaires et comédiens de Dijon et du JTN deviennent « farceurs », c’est-à-dire « trompeurs »… et trompés. Personne n’est à l’abri ! Tous tentent de se sortir de situations délicates où des femmes brûlantes les ont coincées : « Quand on se trouve en plein danger », il faut savoir « se sauver comme un malin » dit L’Amoureux du Retrait (Félicien Juttner), vainqueur grâce à la ruse des femmes dans Frère Gullebert, vaincu dans Le Gentilhomme et Naudet, comme Naudet et Mahuet (Stéphane Szestak), comme Pierre Vial, mari trompé dans Le Retrait, gaillard trompeur dans Le Pourpoint rétréci, comme Roger Mollien complice dans le même Pourpoint  et qui joue les cocus dans Frère Guillebert. Jacques Fornier cumule les deux, dans un seul rôle, celui de Thierry dans Le Pourpoint.

Loin de toute morale austère, il n’en existe qu’une qu’on répète à l’envi : « A trompeur, trompeur et demi ». Les femmes s’en tirent toujours mieux. Belle plante sensuelle comme Eloïse Brunet, ou péronnelle piquante  comme Priscille Cuche, elles ont la ruse des diablesses…On n’est pas misogynes, mais on redoute leur intelligence…

Ajoutez à toutes ces malices Stéphane Varupenne, un chef de chœur, qui sait aussi jouer les valets et mimer le cheval, pimentez avec un chanson populaire « Allons en vendanges », et  une autre de ce galopin de Brassens, saupoudrez de musique vivante et vous aurez un plat succulent, pas étouffe-chrétien pour deux liards, de quoi rire à satiété sans remords. Rejoignez donc la confrérie des rieurs !

 

* Imprimerie nationale, 1997.

Une confrérie de farceurs

Du 19 septembre au 27 octobre

Vieux-Colombier

01 44 39 87 00/01

20.09.2007

Sartre et le revizor

Il est gonflé Jean-Paul Tribout ! Monter une pièce éreintée à la création et en faire une brillante comédie qu’il sous-titre « Arsène Lupin chez les réacs », il faut avoir de l’audace ! Et un sacré savoir-faire.

Qu’on en juge : une escroc de haut vol, Georges de Valéra (Eric Verdin) échappe de justesse à l’inspecteur Gobelet, (Jacques Fontanel), grâce à la complicité de Véronique (Marie-Christine Letort), journaliste dans un journal de gauche et fille de Sibilot (Henri Courseaux) que son journal de droite vient de mettre à pied. Or, ce journal, dirigé par Palotin (Jean-Paul Tribout) doit lancer une grande campagne anticommuniste. Il y va de sa survie. Palotin est servile à souhait : « Mes opinions sont immuables tant que le gouvernement ne change pas les siennes. » C’est le moment où Nekrassov, ministre soviétique de l’Intérieur, disparaît… Valéra se fait passer pour le transfuge Nekrassov, Sibilot est réintégré et Mouton (Emmanuel Dechartre), le président du journal, berné avec l’assentiment de tout son conseil d’administration voit le tirage du journal monter en flèche. Tout ira si loin dans l’imposture que les réactionnaires refuseront la vérité, et que la D. S. T. sollicitera Nekrassov-De Valéra pour jouer les accusateurs contre des journalistes d’opposition. Plus le mensonge est gros, mieux il passe ! Et Sartre fait pleuvoir les sarcasmes. Il y a du « revizor » dans sa comédie…

Mais, en 1955, les communistes ne lui avaient pas  pardonné Les Mains sales (1948), et les milieux de droite ressentirent Nekrassov comme un camouflet. La pièce déplut. Cette satire, menée au pas de charge raillait le journalisme sans déontologie, l’anticommunisme dit primaire et les manœuvres des politiciens sans scrupules. Elle fut très mal reçue.

Aujourd’hui, la comédie éclate de santé, portée par une équipe bouillonnante qui joue trente rôles avec dix comédiens. Catherine Chevallier la secrétaire qui minaude comme Marilyn est aussi l'intraitable Madame Lherminier, Madame Bounoumi, et une clocharde. Jacques Fontanel inspecteur désabusé, est aussi Nerciat, et Périgord, Laurent Richard est Demidoff, mais également Tavernier, Bergerat, et le clochard. Xavier Simonin joue Chaviret, Baudoin, un agent, tout en assurant l’assistanat à la mise en scène. Et dans une course-poursuite digne de Labiche, ils entraînent les spectateurs médusés… Le décor à transformation d’Amélie Tribout esquisse les lieux sans vrai naturalisme, mais avec une bonne dose d’ironie et un subtil partage entre l’intime et le social.  Pas de temps mort, mais des flèches en rafales.

C’est réjouissant d’un bout à l’autre. Eric Verdin tient enfin son grand premier rôle et Jean-Paul Tribout un succès mérité.

Nekrassov de Jean-Paul Sartre

Théâtre 14 Jean-Marie Serreau

01 45 45 49 77

19.09.2007

Un Ranelagh romantique

Aimez-vous Musset ? Oui, sûrement, vous connaissez la mélancolie masquée de cynisme de ses personnages, la délicate musique de son âme douloureuse, son humour un peu grinçant.

Vous allez le retrouver tel qu’en lui-même dans deux des spectacles que propose Stéphanie Tesson : Histoire d’un merle blanc, adapté du conte éponyme, qu’elle interprète elle-même. Dans le parcours initiatique du jeune merle rejeté par les siens, trahi dans ses amours, affamé de reconnaissance, Stéphanie Tesson passe d’une lumière tragique à un humour désenchanté. Exceptionnelle… comme le merle blanc !

Musset, vous le trouverez aussi dans Fantasio où le rôle titre est dévolu à Nicolas Vaude. Et, pour faire bonne mesure, dans le foyer du théâtre, vous entendrez, en contrepoint, Tout à vous, George Sand, des lettres de George Sand accompagnées des musiques de Mendelssohn, Schumann, Liszt, et Chopin… Autant dire que la rentrée, est, cette année romantique en diable…

Et c’est tant mieux ! Car une cure de Musset vous entraîne inévitablement vers  la « démystification du sérieux » (Max Milner). Injouable au XIXe siècle, parce qu’il ne respectait ni les codes du théâtre de son époque, ni les conventions sociales, le théâtre de Musset s’épanouit en liberté sur nos scènes.

Multiplicité des décors ? Stéphanie Tesson résout le casse-tête du metteur en scène en créant  un lieu neutre, une placette  entre ville et palais, où s’enracine un chêne sec, cousin de l’arbre d’En attendant Godot (décor d’Olivier Balais). Entre ses racines tourmentées, Fantasio (Nicolas Vaude) y dort, et la princesse Elsbeth (Sarah Capony) y essuie furtivement ses larmes. Et, de même que « la dimension d’un palais ou d’une chambre ne fait pas l’homme plus ou moins libre », l’importance d’un décor ne vaut pas le talent des comédiens.

Nombreux personnages ? Les comédiens se dédoublent adroitement interprétant plusieurs rôles secondaires (Mathias Maréchal, Sébastien Pépin). Évident, puisque les déguisements masquent les vraies identités. Le Prince de Mantoue (Frédéric Longbois) est aussi fantoche que son aide de camp (Maxime Lombard). Le Roi débonnaire (Jean-Michel Kindt), -  qui sait bien que « la politique est une fine toile d’araignée dans laquelle se débattent bien des pauvres mouches mutilées » et refuse de sacrifier sa fille à la raison d’État, - agit comme la Gouvernante romanesque qu’il incarne aussi remarquablement.

Et, grâce à un complice, Spak (Olivier Foubert) poète qui ressemble à Musset comme un frère,  ledit Fantasio n’endosse-t-il pas, l’identité du bouffon de cour, Saint-Jean, « véritable Triboulet », plus insolent, moins douloureux que le modèle hugolien ? b39d9c76cd58c96ee5c86e82cbd7e0e7.jpg

Un rôle fait pour l’impertinent Nicolas Vaude qui joue à merveille l’enfant du siècle : un jeune homme désabusé qui plaint la jeune princesse d’épouser « à son corps défendant un animal immonde », mais un être si nostalgique de la gloire impériale qu’il préfère la guerre à une paix de compromission. La princesse sera sauvée d’une union monstrueuse, et donc l’innocence préservée du Mal, du moins, le temps d'une bataille...

Dans cette Bavière rêvée par Musset (1834), il y a du Büchner de Léonce et Léna (1836). Dans la mise en scène de Stéphanie Tesson brillent les vertus d’un art maîtrisé puisqu’il respecte un texte irrespectueux.

Si « un calembour console de biens des chagrins », avec cette soirée Musset, vous oublierez les vôtres…

Histoire d’un merle blanc

à19 h  du Mardi au Vendredi

Tout à vous, George Sand,

le samedi à 19 h

le dimanche à 15 h

le mercredi et le samedi à 17 h

 

Fantasio

à 21 h

Théâtre du Ranelagh

Depuis le 8 septembre

01 42 88 64 44

17.09.2007

Vingt-cinq ans que ça dure

Noces d’argent aussi à l’Athénée-Louis-Jouvet.

Il y a vingt-cinq ans, Pierre Bergé, l’Athénée était encore un théâtre privé. En 1982, Pierre Bergé en offrit la tutelle au ministère de la Culture.

Le 16 septembre, journée du patrimoine, Patrice Martinet a ouvert le théâtre à tous, et nous a fait rencontrer le « patrimoine vivant », les artistes, les techniciens, les administratifs, tous ceux, qui au cours de ses vingt-cinq années ont contribué à garder ce théâtre vivant et à nourrir son âme. Ce fut une fête splendide, bouillonnante d'idées, où chacun se sentait heureux d'exister.

La fête continuera par un livre et une exposition à la BNF en novembre. Mais, ce sont les programmes qui, dès le 27 septembre, restitueront le plus fidèlement cette atmosphère créative qui habite le théâtre.

« Théâtre d’art », théâtre lyrique, théâtre d’essai avec sa petite salle rénovée. Tous les genres y trouvent leur place, sauf le genre ennuyeux…

Merci à toute l'équipe et que la saison plaise à tous !

 

 

 

 

Théâtre Athénée-Louis-Jouvet

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13.09.2007

Mieux vaut être riche et bien portant...

Bruno Sobin (Jacques Frantz) est un battant. Toujours à l’affût d’une bonne affaire, il rachète à bas prix des sociétés en difficulté et après les licenciements et les restructurations, les revend quand elles tournent mieux. Pas pour gagner beaucoup d’argent, mais pour le faire circuler. Les banques prêtent et se remboursent sur ses acquis. C’est un jeu. Le chevalier d’industrie n’est pas sans reproche.

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Sobin est cynique, mais ceux qui l’entourent ne valent pas mieux. Jacques Grammont son collaborateur, expert en coups tordus et en fornications rapides, est prêt à le trahir pour gagner plus. Thomas Le Douarec lui donne une ambiguïté sulfureuse. Henri de Vilbert  louvoie entre politique et affaires avec une éthique en toc que la gravité affichée par Christophe Laudion souligne. Responsable de la déconfiture de la Maison Merrien, de Vilbert en précipite la chute en revendant ses actions à une banque, et plaque sa femme, Anne Merrien (Michèle Boudet) qui lui avait mis le pied à l’étrier. Claire Merrien (Marjorie Frantz) et Judith Merrien (Mayane) sont ruinées. Sobin le sera dès que les banques demanderont des comptes.

Ni la lucidité dévouée de Geneviève (Marie Piton), sa secrétaire, ni les démarches des ouvrières, Josyane (Naidra Ayadi) et Arlette (Marie Pillet), victimes de licenciement ne le sauveront quand le pouvoir l’abandonne. Mais Sobin, toujours, rebondit. Ce sera grâce à la femme de ménage, Zoulé (Maïté Vauclin), on ne vous dit pas comment, car il faut absolument découvrir  Les riches reprennent confiance de Louis-Charles Sirjacq au  Poche-Montparnasse. C'est une oeuvre de salubrité théâtrale...

Écrite il y a dix ans, publiée en 2002, Prix de la Fondation Diane et Lucien Barrière, la pièce semble inspirée par les scandales en cours. Sirjacq en excellent auteur pressent l’atemporel. Il ne dénonce pas. Il peint par petites touches de couleurs franches, aiguës comme des couteaux. Les scènes sont brèves et tranchantes. Il juxtapose cruellement les humbles et les nantis, mais il aime ses personnages, et son Sobin qui a si peur de la maladie et de la mort n’est pas antipathique. Jacques Frantz ne le rend jamais odieux, au contraire, il creuse toutes les nuances de l’humanité. À ses côtés, Marie Piton est lumineuse et tous les acteurs sont parfaitement ajustés à leur rôle.

Étienne  Bierry, qui avait déjà fait confiance à l’auteur pour L’Argent du beurre, présente cette nouvelle création. Il n’hésite pas Étienne  Bierry quand il aime. Et il réussit. A l’heure où, dans les grands théâtres un seul acteur monologue sur un plateau immense, (je ne désigne personne), Étienne Bierry  ouvre sa scène « de poche » pour dix interprètes, la restructure pour créer deux dégagements et Jovan Josic y case encore un décor de bureau métallisé en noir et argent, un canapé de cuir, un vélo de salle de sport  et une vidéo pour concrétiser les « technologies nouvelles », dont on parle. Il est fou,  Étienne, et c'est pour ça qu'on l'aime...

A mesure que Sobin s’enlise, les objets disparaissent, la gêne s’installe en vidant les lieux. Ainsi fonctionne l’ironie de l’auteur qui cite Edouard Bourdet dès le prologue : « Les temps sont difficiles ». On rit beaucoup, d’un rire quelquefois amer. Mais, finalement, ces personnages, on les plaint, car chacun sait qu’il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade…

Les riches reprennent confiance de Louis-Charles Sirjacq

Poche-Montparnasse

01 45 48 92 97

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