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23/02/2011

Chanter Hugo

 

 

Bertrand Pierre chante en français, et ses musiques sont « rythm n’blues ». Il a choisi Victor Hugo comme parolier, et se promène en connaisseur dans les octosyllabes et même les alexandrins. Les vers s’envolent, sonores, lumineux. Un violoncelle, un batteur, un guitariste l’accompagnent, mais il pourrait chanter de sa voix chaude, avec sa seule guitare, cette poésie intimiste de l’amour.

Ses Jeanne, Sarah, et Rose, qui suscitent ses pensées coquines, sa nostalgie ou sa vigueur, forment une escorte aérienne et chatoyante.

Il dit avoir eu « le coup de foudre » pour ces œuvres et déclare « Victor c’est nous ». Vous pensez bien que nous, les amis de Victor Hugo lui sommes reconnaissants de cette confession. Fauré, Liszt, Saint-Saëns, Gounod avaient aussi mis en musique les vers du poète. Qu’un chanteur du groupe Pow Wow, aujourd’hui, leur donne une nouvelle jeunesse nous ravit. "Victor s'impose" dit-il encore. C'est évident...

Certains désapprouveront la puissance de la sono qui conviendrait mieux à une salle de concert qu’au Petit- Hébertot, mais c’est surtout la rareté du récital qui suscite les regrets. Une fois par mois ! Le prochain (et dernier) concert a lieu le 28 mars. Ne le manquez pas !

 

 

Bertrand Pierre chante Hugo

Petit Hébertot

31 janvier, 21 février, 28 mars à 21 h

01 42 91 13 84

02/04/2010

Couleurs d’Orient

 

Les premiers qui découvrirent l’Orient furent sans doute les Croisés. Ils en transmirent la nostalgie à leurs descendants. Quand, quelques siècles plus tard, les Persans vinrent à Paris, ils la ravivèrent. Et quand, enfin, Bonaparte entraîna en Egypte, des savants et des artistes, avec son expédition militaire, la France toute entière se passionna pour les récits, les mœurs, les héros de ces contrées. Grèce, Asie mineure, Afrique du nord, la géographie de cette fascination restait souvent floue, mais les œuvres littéraires et picturales cristallisaient les rêves.

La maison Victor Hugo les organise autour de cent quarante œuvres déclinées en quatre parties.014-serails-orient.jpg

La première salle dédiée aux « grands précurseurs », célèbre Bonaparte et son expédition, Chateaubriand et son « itinéraire de Paris à Jérusalem », et les peintres (Delacroix, Scheffer, Géricault) qui s’inspirèrent des événements.

Car, la « question d’orient » c’était aussi l’actualité d’une guerre d’indépendance, des Grecs contre les Turcs (1821-1829), avec des massacres, des figures héroïques, des découvertes. Dans la seconde salle, portraits, tableaux épiques imposent les visions de Girodet, Delacroix, Géricault, David d’Angers, et le souffle puissant des Orientales  de Victor Hugo les anime. Le poète ajoute l’Espagne à son Orient. Des voyageurs y joignent leurs itinéraires.

Puis, la salle suivante, vers et pinceaux exaltent « une certaine grâce sauvage », avec toujours la poésie, les peintures de Géricault, Vernet, Boulanger, Delacroix et la statuaire de Barye.

La dernière salle participe du fantasme du harem. « Captives, baigneuses, sultanes », rêves mâles de domination, femmes soumises, nudités exposées et cachées, mélodies, tout est en place, même les tissus, et les divans.

Danielle Molinari, qui dirige cette Maison, et les deux commissaires : Vincent Gille et Jérôme Godeau ont su réinventer ce qui constituait l’orient de ce XIXe siècle. Fidèles dans les moindres détails à l’auteur des Orientales puisque « l’espace et le temps sont au poète… Le poète est libre », l’exposition abolit les frontières et ouvre l’imaginaire.

 

 

 

 

 

Maison Victor Hugo

6, place des Vosges

Jusqu’au 4 juillet

De 10 h à 18 h

Fermeture le lundi et jours fériés

 

05/03/2010

« Un jour viendra… »

 

 On croyait que les utopies étaient mortes, que les hommes d’aujourd’hui, cupides individualistes ne se souvenaient plus des rêves de fraternité du XIXe siècle.

C’était sans compter sur le Théâtre du Soleil. Des Naufragés du Fol Espoir, sa dernière création collective, « mi-écrite par Hélène Cixous, sur une proposition d’Ariane Mnouchkine, librement inspirée d’un mystérieux roman posthume de Jules Verne », renaissent les espérances.

Je ne suis pas une spécialiste de Jules Verne, et ne vous dirai pas si ce roman est posthume, apocryphe ou inédit. Mais que la toile du spectacle ait pour fil de chaîne le discours que Victor Hugo prononça au Congrès de la Paix d’août 1849 à Paris, quelle satisfaction ! Depuis Le Rhin (1842), le poète parlait de l’Europe, de l’humanité et de la paix. En 1849, devenu homme politique, il combattait pour que ses idées deviennent réalité. « Un jour viendra où vous ne vous ferez plus la guerre, un jour viendra où vous ne lèverez plus d’hommes d’armes les uns contre les autres, » disait-il, « Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne ». On le traitait de « rêve-creux ».

Puis d’autres sont venus qui, comme lui, prônait, la, liberté de pensée, la liberté de la presse, la liberté des cultes, la suppression de la peine de mort », et ce, à contre-courant des opinions nationalistes.

Les Naufragés du Fol Espoir, raconte cette utopie à travers le tournage d’un film en juillet 1914, quand le cinématographe inventait la fiction pour que le cinéma reste un moyen « d’éducation populaire ».

Sous la verrière de la guinguette Le Fol Espoir, le cinéaste Jean la Palette (Maurice Durozier) tourne l’assassinat de l’archiduc Rodolphe à Mayerling, en 1889, puis le départ des émigrants, de Cardiff vers l’Australie. Le bateau s’appelle… Le Fol Espoir. Il embarque aussi des capitalistes et des bagnards. Certains espèrent trouver la fortune, d’autres, la liberté. L’Internationale est leur hymne. Le cap Horn leur sera fatal.

Le patron de la guinguette, Félix Courage (Eve Doe-Bruce), a mis son personnel au service du cinéaste, et sa table à la disposition de l’équipe. On tourne ! Madame Gabrielle (Julia Carneira da Cunha) tient la caméra. Mais, dehors, l’actualité parle de guerre, et, L’Humanité, après l’attentat contre François Ferdinand à Sarajevo, fera sa une sur les menaces contre la Serbie, les discours de Jaurès, l’appel à la grève générale avant d’annoncer l’assassinat de Jaurès et le début du chaos : la mobilisation générale.

Les destins s’entremêlent et les spectateurs sont embarqués pour la Magellanie avec la troupe.

Ils sont trente sur le plateau, qui jouent trois à six rôles différents, tirent les bouts, larguent les amarres ou poussent les accessoires. Astrid Grant, Olivia Corsini, Paula Giusti, Alice Millequant, Dominique jambert, Pauline Poignand, Marjolaine Larranaga y Ausin, Ana Amelia Dosse, Judit Jancso, Alice Borsari, Frédérique Voruz, pour les comédiennes, Jean-Jacques Lemêtre, le fidèle musicien, Duccio Bellugi-Vannuccini, Serge Nicolaï, Sébastien Brottet-Michel, Sylvain Jailloux, Andreas Simma, Seear Rohi, ArmandSaribekyan, Vijayan Panikkaveettil, Samir Abdul Jabbar Saed, Vincent Mangado, Sébastien Bonneau, Maixence Bauduin, Jean-Sébastien Merle, Seietsu Onochi, tous, infatigables, précis, extraordinaires.

Ô la magie des toiles peintes, des vagues de tissus soulevées par les bras des acteurs, des éléments qui s’ajustent parfaitement pour donner l’illusion, pour titiller l’imaginaire engourdi !

Le bateau sombre, la soif de l’or a raison de tous les espoirs, une bobine brûle et la guerre est déclarée. Mais sur la Terre de Feu restent des survivants : un archiduc qui a renoncé au pouvoir (Serge Nicolaï), un bon sauvage (Seear Rohi), et quelques idéalistes, juste assez pour construire ce « phare du bout du monde » qui éclairera les navires en détresse, « au milieu des ténèbres » et les guidera vers « la porte rayonnante de l’avenir ».

Juste une troupe qui lutte pour maintenir le cap, celle de la grande aventure du théâtre populaire.

Le jour est venu de donner  raison au poète qui prédisait que par ce combat, « nous aurions sous les yeux l’espérance, la joie, la bienveillance, l’effort de tous vers le bien-être commun, et nous verrions partout se dégager de la civilisation en travail le majestueux rayonnement de la concorde universelle. »

 

 

 

Les Naufragés du Fol Espoir

Cartoucherie de Vincennes

http://www.theatre-du-soleil.fr/

mercredi, jeudi, vendredi à 19 h 30

samedi à 14 h30 et à 20 h

dimanche à 13 h

01 43 74 24 08 (individuels)

01 43 74 88 50 (collectivités)