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17/02/2006

En anglais dans le titre


 


Les titres de films ou de pièces de théâtres qui fleurissent sur les affiches me laissent perplexe.
L’anglais est-il devenu langue obligatoire ? Croit-on que les Français le comprennent parce qu’ils possèdent les quelque deux cents mots qui leur permettent de voyager sur tous les continents ? Le globish n’est pas l’english. Claude Hagège s’alarme pour les sciences et les techniques, inquiétons-nous aussi des arts dramatiques.
Walk the line, qui sort cette semaine, est-ce « suivre sa ligne », « suivre son chemin », « franchir la ligne », « aller trop loin », « atteindre son but », le « dépasser » ou « se faire une ligne » ? Je sais que walk the boards se traduit par « monter sur les planches », mais walk the line ?
Et pourquoi avoir gardé The Constant Gardener, en anglais dans le titre ? N’est-ce pas l’histoire d’un botaniste follement amoureux, amoureux jusqu’à la mort et au-delà ? Traduire par Le Fidèle Jardinier, ou Le Botaniste fidèle aurait-il nui à la beauté du film, à son succès ?
Tears for fears, n’est-ce pas Pleurs de peur ?
On nous annonce aussi Illuminations-Coloured plates, construit sur des textes d’Arthur Rimbaud ! Tiens ! Tiens ! Arthur a certes séjourné en Angleterre mais ses Illuminations n’ont pas été écrites en anglais, même s’il y sème, avec la ferveur du néophyte quelques mots qu’il vient d’apprendre : bottom, fairy, being beauteous. Alors pourquoi pas les listes de mots et d’expressions qu’on a retrouvées dans ses manuscrits ? Et pourquoi « coloured plates » ? D’autant qu’il n’a jamais écrit pour la scène…
 Nous avions déjà eu : Getting attention, (avec get ce verbe fourre-tout). Ce titre ne correspond-il pas à cette Surveillance attentive qu’exercent les voisins les uns sur les autres ? Espionnage entre voisins, ou Voisinage attentif, ou Entourage attentif, ou Attention renforcée, mais finalement Précaution inutile.
Qu’on ne prétende pas que c’est « intraduisible » ! Demandez à Jean-Michel Déprats, demandez à François Regnault s’ils ne sont pas venus à bout des jeux de mots de Shakespeare que François-Victor Hugo avait prétendus « intraduisibles ». Évidemment, leur réussite suppose non seulement une excellente connaissance de la langue qu’ils traduisent mais aussi une science infaillible de la leur. Car il s’agit de défendre à la fois deux langues jusque dans leurs idiotismes. Imagine-t-on un roman policier où des phrases resteraient en anglais ? Car c’est uniquement dans cette langue-là qu’on ne traduit plus.
Est-ce par hypocrisie que Shopping and Fucking, (qui exigerait que nous soyons obscènes) est resté tel quel ? Nos amis Québécois ayant traduit  depuis longtemps, shopping par « magasiner », pourquoi ne pas l’utiliser ? Et pour Fucking ? Certains traduisent fuck par « enculer », il y a aussi « foutre » qu’on osait au grand Siècle, avec son dérivé « foutraison ». On peut préférer Magasinage et Baise, ou choisir « baisage » ou « baisement ». Tout est affaire de suffixation.
D’où vient notre répugnance, aujourd’hui, à assimiler et créer de nouveaux mots ?
En 1886, nos arrière-grands-parents avaient fait de « boycott », « boycottage », il serait temps de nous en souvenir. Boycottons et inventons, afin de garder vie et force à la langue française.

10:00 Écrit par Dadumas dans Film, langue, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer

08/02/2006

Rompre

 

Amour frappé d’Alan Rossett

Pas facile de rompre sans être accusé d'inconstance ! Dans un couple, il y en a toujours un qui ne veut pas, qui s'accroche, qui fait des histoires... Éric a trouvé une astuce : jeter Junie dans les bras de Robert, ou inversement. Et son stratagème fonctionne, au-delà de ses espérances… Trop tard ! Fallait réfléchir avant !
Ce ménage à trois un peu inhabituel, c’est la « troupe des Bonobos » ! Jean-Charles Debaisieux, Cédric Couturier se démènent pour le désamour de Laurence Crete, dans une mise en scène de Roland Bideau. Pas un temps mort et pas mal de rires dans la salle. Le public jeune viendrait-il pour prendre des leçons ?
Ils ne jouent que le lundi et mardi à 20 h dans une salle minuscule du XVe jusqu’au 28 février. Profitez-en, les places sont à 9 €, et moins si étudiant, chômeur.

 


Théo Théâtre
20 rue Théodore Deck
75015 Paris
01 45 54 00 16
Texte publié à l'Avant-Scène théâtre, collection des Quatre-Vents, 8 €

17:45 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théâtre |  Facebook | |  Imprimer

03/02/2006

Sous le charme


Pygmalion de Bernard Shaw
Vous connaissez tous l’histoire d’Eliza Doolittle, la marchande de violettes des faubourgs de Londres, que les leçons de phonétique, de syntaxe et de savoir-vivre du professeur Higgins transforment en duchesse. Si on a un peu oublié le film d’Asquith (1938), on se souvient parfaitement de celui de Cukor (My Fair Lady) avec Rex Harrison et Audrey Hepburn. Nicolas Briançon donne, au théâtre Comédia, de la comédie surannée, une délicieuse mise en scène qui éclaire d’un jour nouveau le personnage de Higgins que joue Nicolas Vaude.

Figurez-vous un jeune homme insolent, ergoteur, si imbu de son érudition, qu’il joue les singes savants en public, si immodeste qu’il en devient grossier, en un mot insupportable. Alors, Danièle Lebrun exprime une tendresse faussement scandalisée, mais secrètement fière, à être la mère de cet ange rebelle qui déverse des paradoxes dans les salons, histoire de choquer la bonne société et de l’épater, elle.

Barbara Schulz est le charme incarné, même sous ses oripeaux criards, elle ne peut être vulgaire. Henri Courseaux en Pickering médiateur, Odile Mallet en gouvernante sévère, Jean-Claude Barbier en père Doolittle, tous donnent à la soirée un état de grâce prodigieusement soutenu par les splendides décors à transformations de Jean-Marc Stehlé et les ravissants costumes de Michel Fresnay.

Théâtre Comédia
01 42 38 22 22

14:15 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théâtre |  Facebook | |  Imprimer