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05/02/2008

Les racines païennes

On parle beaucoup des « racines chrétiennes de la France ». Mais ses racines païennes, enfouies sous des couches de récupération catholique, y avez-vous songé ?

Je m’étonne qu’aucun Breton, aucun Poitevin, aucun Normand, aucun Savoyard, aucun Provençal n’ait réagi. Le géant Gargantua et la fée Mélusine s’en sont-ils offensés ? Les aurait-on oubliés ?

« Le peuple de ce pays continuera-t-il à s’ignorer ? » interrogeait André Malraux dans les années 60 du siècle dernier.

Pourtant, si les Hilaire, Clément, Saturnin, Georges, Véran, Marcel devinrent des saints, c’est bien qu’ils eurent des dragons à combattre, non ? Nous ne parlerons pas des vouivres et des serpents, des pierres qui virent, des mégalithes dressés en l’honneur d’Apollon-Belenos. Et nous ne chercherons aucun rapprochement entre les fêtes celtiques du solstice d’hiver et celles, chrétiennes de Noël, entre les Saturnales et Carnaval, entre celles du solstice d’été et la saint Jean. Mais disons-le très haut, avec Henri Dontenville : « Partout, la religion du Christ s’est heurtée à la résistance tenace des cultes abolis ».

La Terre-Mère, la déesse lunaire, le dieu solaire, les fées, les géants, les ogres, les sirènes, monstres protecteurs ou dévorateurs, la littérature s’en souvient, les lieux-dits en témoignent, les fontaines les chantent, et jusque dans les chapiteaux des églises, les artisans païens en ont laissé la trace.

Méfions-nous des gens sans mémoire, leur avenir risque d’être sombre. Avant que le ciel ne nous tombe sur la tête, par Toutatis, souvenons-nous de ces religions primitives. Elle sont celles de la tribu*. Elles ont nourri les autres…

 

 

Toutatis signifie « celui de la tribu »

03/01/2008

Hugo et Voltaire

LE FESTIVAL INTERNATIONAL VICTOR HUGO ET ÉGAUX présente en 2008  Hugo et Voltaire

 

Créé à l’initiative de la Société des amis de Victor Hugo, le Festival  international Victor Hugo et Égaux , lancé avec succès en 2007, se poursuivra du 1er février au 1er mars 2008 avec un programme très riche en événements, qui, parallèlement à Hugo,  célèbrera, cette année, Voltaire.

Fort de nouveaux partenariats prestigieux noués notamment avec le Palais des Arts de Valencia en Espagne et la Fondation L’Hermitage en Suisse, le festival se développe sur le plan international.  Les passionnés de Hugo pourront en effet entendre à Valencia l’opéra de David Alagna d’après Le Dernier Jour d’un condamné (avec Roberto Alagna et Angela Gheorghiu dans les rôles principaux) et admirer à Lausanne les dessins de Hugo. À Londres, s’ils ont la chance d’y être invités, c’est dans le cadre enchanteur de la Wallace Collection qu’ils pourront assister à un concert d’airs d’opéras ou de comédies musicales inspirés de ses pièces et de ses romans. 

En Île-de-France, Paris (la Maison de Victor Hugo, place des Vosges, l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, le Théâtre Darius-Milhaud, le Vingtième-Théâtre, etc.)  et Créteil (le Centre socioculturel Madeleine-Rebérioux) continueront à être les villes pilotes du festival, proposant de nombreuses manifestations hugoliennes et voltairiennes.  On pourra, par exemple, à Créteil puis au Théâtre Darius-Milhaud de Paris,  aller découvrir en création une comédie de Danièle Gasiglia, mise en scène par Vincent Auvet, « Moi, j’avais son amour… » ,  évocation très dynamique de moments forts de la relation entre Hugo (interprété par Michel Miramont) et celle qui lui sauva la vie lors du coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte,  Juliette Drouet (incarnée par Laurence Colussi). 

Au Centre Censier de l’Université Paris 3 se jouera une comédie savoureuse et très méconnue de Voltaire, Les Originaux, mise en scène par Didier Moine, et seront projetées de précieuses archives INA, parmi lesquelles une adaptation de  Zadig avec, dans le rôle titre, un  débutant nommé Gérard Depardieu et, dans la distribution, le jeune Pierre Arditi  que l’on retrouvera aussi dans une captation de Marie Tudor

Y sera présenté aussi le travail sur Le Théâtre en liberté d’un atelier d’acteurs de l’ANPE Spectacles et d’étudiants de Paris 3. Jean-Paul Zennacker qui en assumera la direction artistique fera entendre par ailleurs les dimensions ironique et politique de la poésie de Hugo. On se promènera  dans Paris sur les pas de Voltaire et de Victor Hugo, sous la conduite de Pierre Leufflen et d’Arnaud Laster. 

Deux cours d’interprétation du grand baryton François Le Roux  seront ouverts au public. La Péniche-Opéra accueillera le second ainsi qu’un récital de la soprano Françoise Masset, accompagnée par Françoise Tillard, consacré aux Orientales de Hugo mises en musique.  

 Les régions ne seront pas en reste avec, en Haute-Normandie, le premier Salon du livre Victor Hugo au Musée de Villequier, et un riche prolongement du festival en Région-Centre.

 Contact : festival.hugo-egaux@laposte.net 

ou 06  08 97 13 60.

30/11/2007

"Une vaste porte sur le Ciel"

     Les peuples mongols ont une histoire. Mieux, une épopée. Celle de Temujin, un jeune homme audacieux qui, au XIIe siècle, unifia les tribus nomades des steppes et en 1206, fut proclamé par elles : « chef suprême », Gengis Khan.

     Sans doute les rois dépossédés de leurs trônes, les villes pillées retinrent son nom comme celui d’un conquérant impitoyable. Henry Bauchau y voit un homme indomptable qui se présente comme un justicier pour les peuples, et qui, pour satisfaire son rêve de liberté ouvre « le monde comme une vaste porte sur le Ciel. » Il cherche Dieu, et se méfie des prêtres : « Le Coran, il fallait l’ouvrir, et vous l’avez fermé. » S’appuyant sur des lettrés comme Tchélou t’saï (Michael Maïno), il fait écrire la Loi. Au bout des victoires, lui qui chevauchait, « ivre de vent » dans les steppes sans frontières, doit un jour s’arrêter, paralysé, et mourir.

     Henry Bauchau écrit l’errance dans un verbe claudélien, et ouvre une quête à la fois chrétienne et brechtienne dans ses affirmations : « On peut rassasier les pauvres, jamais les riches », comme dans ses interrogations. « Qu’est-ce qu’un homme ? » demande Gengis Khan, « Quel est son prix ? » demandait Brecht. La Chine ? « Son peuple l’a sauvée » dit Bauchau. « La chose appartient à qui la rend meilleure » disait Brecht.

     Dès le premier tableau, l’auteur peint un Temujin (Laurent Letellier) complexe, à la fois respectueux de sa mère (Marta Terzi,) mais rebelle à la tradition. Fidèle à la mémoire du fondateur, son père, Yesugeï, il aspire à la simplicité. Il exalte, face à Timour (Thomas Blanchet) la force de l’obéissance consentie devenue amitié, et face à Djébé (Lorenzo Baïtelli), le sublime de la clémence. Entouré de guerriers, amis ou ennemis (Alexandre Barbe, Sarkaw Gorani, Bertrand Nadler, Régis Vallée), il reste seul et doit renoncer à l'amour de Choulane (Delphine Haber).

     La phrase est lyrique et les chœurs en soulignent la musique. Benoît Weiler, le metteur en scène, élargit l’espace scénique avec trois écrans, l’un central, les deux autres latéraux, sur lesquels il projette des images de steppes, de cavaliers, une tête de bouddha, les calligraphies sacrées (vidéo : Thomas Johnson). Au fond un praticable étroit pour ceux qui dominent. On aperçoit à jardin, entre les deux écrans, derrière un rideau rouge, les deux musiciens, Geoffrey Dugas aux percussions et aux bols chanteurs, Vincent Martial à la flûte. Ils accompagnent dix comédiens magnifiques qui tous, sauf Laurent Letellier, interprètent plusieurs rôles, et dansent aussi, rythmant des rites barbares, qui rappellent ceux des possédés du Destin de Youssef Chahine.

     À chaque peuple ses couleurs, brun et ocre pour le peuple des steppes, les Mongols ; rouge et or pour le peuple du riz, la Chine; et pour les Persans, le peuple des jardiniers, une gamme de bleus, de l’indigo au turquoise. Chaque costume brodé, incrusté, passementé, galonné, crée un individu et devient un poème sous l’inspiration conjuguée de Dominique Lallau et Hervé Rozelot.

     Gengis Khan mis en scène par Benoît Weiler s’inscrit dans les plus puissantes créations de la saison. Sa victoire, c'est la Beauté. Le modeste Théâtre 13 s’est surpassé.

     L’épopée de Gengis Khan avait un poète, elle vient de trouver, avec l'équipe du théâtre de l’Estrade, des interprètes à sa mesure.

 

 

 

Gengis Khan de Henry Bauchau

Jusqu’au 23 décembre

Théâtre 13

01 45 88 62 22