Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/06/2009

Terroir et Compagnie

 

Le Théâtre, par ces jours d’été, visite les jardins, et comme les spectateurs recherchent plutôt l’ombre fraîche des domaines feuillus et herbeux, ils se sont souvent rencontrés.

Le Potager du Roi, à Versailles accueille tous les ans, en juin, la jeune équipe de Phénomène et Compagnie, et comme elle y fait merveille, d'autres « Sites remarquables » ont voulu se faire remarquer en mariant les beautés de leurs sites et les saveurs de leur terroir aux goûteux textes de Stéphanie Tesson

L'auteur les met elle-même en scène, pardon, en vie dans la nature, avec la complicité, pour les maquillages, d'Anne Carmagnol, pour les costumes, de Corinne Page, et pour les accessoires, de Marguerite Danguy des Déserts. L'assaisonnement flatte le palais et nourrit la cervelle...

Dimanche dernier, le domaine de Méréville* incitait ainsi à la promenade, avec la découverte du « jardin de plaisirs » conduite par Manuel Pluvinage, historien et ancien directeur du Potager du Roi à Versailles.

Après le savant, vinrent les saltimbanques, et à travers la plaine, puis, sous la ramée, près du ruisseau, les comédiens attendaient leurs spectateurs. Fabienne Fiette leur proposa une histoire de sardine un peu radeuse. Thomas Volatier leur conta les déboires de l’amant de la menthe poivrée. Diane de Segonzac les initia à l’ouverture courtoise des huîtres de Cancale. Pauline Belle révéla le secret du poiré de Domfront. 318396.jpg

 

 

Pauline Belle, la Poire :  photo de Philippe Fretault.

 

 

Brock mit en garde les mangeurs de cresson menacés par la douve que les producteurs de Méréville ont éradiquée, et c’est sur le saint-nectaire en majesté que Lara Suyeux et Frédéric Almaviva terminèrent le savoureux parcours : un festin pour les yeux et pour l'intelligence...

Mis en appétit, les spectateurs auraient bien aimé une dégustation de ces mets délicats…

Ce sera pour l’année prochaine.

Ou alors, dans un autre domaine.

Tiens, à tout hasard, essayez donc le 4 juillet 2009 entre 15h et 17h dans les maisons de Champagne à Epernay (51)… d'autres textes, d'autres comédiens, d'autres producteurs...

Et à votre santé !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*Domaine départemental de Méréville (91)

Textes publiés aux édition Source

Consulter également les Sites remarquables du goût

 

22/03/2009

Fête à Munich

 

 

Oktoberfest bat son plein. Les vieux, Rauch (Alain Libolt), Speer (Charles-Roger Bour) sont venus pour  boire et lutiner les filles jeunes et fraîches. Les jeunes hommes, Franz Le Merkl (Gérard Maillet), Erna (Sarah Karbaniskoff), imitent les vieux. Ils s’enivrent de bière, de sensations fortes et se lancent des défis. 

©JEAN-LOUIS FERNANDEZ 04.JPGCasimir (Thomas Durand) et Caroline (Sylvie Testud), s’aimaient d’amour tendre, mais Casimir a perdu son emploi, et l’angoisse du lendemain le tenaille tant qu’il veut prendre ses distances avec elle. Elle voulait se distraire, admirer le zeppelin, s’étourdir sur les montagnes russes, manger des glaces, rêver au cinéma, rire un peu après le travail, Casimir cherche tous les prétextes pour se quereller. Et de scènes de dépit, en disputes, il la "plaque", la jette dans les bras du premier venu, Schurzinger (Hugues Quester). Elle le trahit, et le malheur s’installe.

Casimir et Caroline d’Ödön von Horváth, peint le Munich des années trente, un monde qui se décompose, où la crise pervertit les comportements. La peur du lendemain ruine tout espoir. Les meilleurs abandonnent tout idéal, les pires exacerbent leur violence primitive. Le peuple badaud et joyeux, devient populace, car tout est fait pour l’avilir. Les jeunes gens désœuvrés se transforment en gangsters ou en nervis, les jeunes filles innocentes en prostituées. En une nuit semblable à celle de Walpurgis, tout est perdu, même l’honneur.

Pour rendre compte de ce désastre, Emmanuel Demarcy-Mota ne lésine pas. Il dirige sa troupe dans un ballet terrifiant où tous les accessoires de Clémentine Aguettant ont une fonction dramatique. Sur le vaste plateau, dans l’imposante scénographie et les lumières tout en contrastes expressionnistes, signées Yves Collet, un comédien joue souvent plusieurs rôles.  Olivier Le Borgne (Oscar, Juanita, un automate), Walter N’Guyen (Walter, un automate), Cyril Anrep (un soldat, le directeur des phénomènes, le Médecin), Laurent Charpentier (le bonimenteur, Lorenz), Muriel Ines Amat (Maria), Ana das Chagas (Ella, une siamoise), Gaëlle Guillou (Emma, une siamoise), Céline Carrère (Eva ), Sandra Faure (Ida, la femme du cinéma), Pascal Vuillemot (Rudolph, le monsieur du cinéma, l’homme bouledogue), Stéphane Krähenbühl (un soldat, un infirmier), Constance Luzzati (une jeune fille, la pianiste), donnent l’illusion d’une foule grégaire qui va de stand en stand quêter rires et ivresse. Tout est authentique dans ces chansons à boire (travail vocal : Maryse Martines), les figures qu’elles imposent scandées par un rythme menaçant, les cris de joie, les peurs mimées ou réelles, les insultes, les coups, la vulgarité. Compositions et environnement sonore de Jefferson Lembeye conduisent au paroxysme de la haine. Les images vidéo de Mathieu Mullot transportent le spectateur au cœur de ce vertige, au bord de l’abîme, vers la chute d'uneRépublique dont les citoyens ne savent plus "pour qui voter".

Les comédiens sont poignants dans les grands rôles comme dans les plus petits. On pensera longtemps à Pascal Vuillemot, à Olivier Le Borgne à l’épouvante et la pitié qu’ils suscitent dans la scène des monstres, au trouble qu’ils font naître dans les luttes viriles des jeunes hommes, à Gérard Maillet ange du mal, orgueilleux et déchu. On n’est pas prêts d’oublier la silhouette nerveuse de Sylvie Testud, juchée sur ses talons pointus, et promenant son air désemparé. On se souviendra des gestes retenus de Thomas Durand, partagé entre le désarroi et la colère, d’Hugues Quester qui se voûte, écrasé par la veulerie de son personnages, de l’envolée des jupes des midinettes inconscientes, ou qui feignent de l’être, glissant et gloussant, aguichant les hommes. On retiendra Charles-Roger Bour et Alain Libolt, engoncés dans des manteaux qui dissimulent l'hypocrisie (Costumes : Corinne Baudelot) des maîtres, patron et juge, et ces tableaux de fête qui maquillent la crise.

La pièce d’Ödön von Horváth, appartient aux grandes œuvres de l’esprit, François Regnault en donne une nouvelle traduction vigoureuse, la mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota éclaire l’œuvre et les événements qui vont anéantir l’Homme.

On ne s’abandonne pas à un tel spectacle, on souffre d’y découvrir une éternelle vérité, celle qui nous attend peut-être, si on ne connaît pas celle-ci.

 

 

 

Casimir et Caroline d’Ödön von Horváth

jusqu’au 17 mars au Théâtre de la Ville

01 42 74 22 77

puis en tournée

Coursive de La Rochelle 1er, 2 avril

Comédie de Reims 7 au 11 avril

Quartz de Brest, 22-24 avril

Grand T de Nantes, 11- 20 mai

TNB de Rennes, 27 mai-6 juin

 

 

 

09/03/2009

Une terre tragique

 

 

Nous connaissions la tragédie antique, la tragédie classique, il y a maintenant la tragédie « dentaire» qui raconte, à travers celle des Spodek, la tragédie de ce peuple qui devait être « élu » et fut « déporté ».

Pourquoi « dentaire » ? Parce que Charles Spodek (Philippe Fretun) était dentiste avant que les décrets de Vichy ne lui interdisent d’exercer. Son cabinet avait été revendu en toute légalité à un certain René Bertrand, « cent pour cent français ». Charles et Clara (Christine Murillo) Spodek, avec « spo », comme dans « spoliés », avaient deux filles. L’une a été déportée, l’autre a été cachée dans un couvent qui, en 1945, refuse de la rendre. Charles ne veut pas assigner l’Église, comme dans l’affaire Finaly. Il voudrait « qu’elle rentre d’elle-même ». terre0760®BrigitteEnguerand.jpg

Mais les tutelles religieuses savent manipuler les âmes. Leur seule enfant deviendra « sœur Marie-Thérèse de la Résurrection » et les nuits et les jours des Spodek ne seront plus jamais paisibles. Eux qui étaient athées, et qui, même par « tradition » répugnaient à fêter kippour ou pessah, les voici qui « mangent les herbes amères » et disent les prières. Plus rien ne les retient, plus rien ne les intéresse. Charles revend le cabinet qu’il avait mis trente mois à récupérer et où ses clients venaient avec lui épancher leurs chagrins, comme si le fauteuil du dentiste était le « pèse-souffrance » de leurs tragédies. Sans doute celui qui connaît le chagrin peut-il mieux comprendre ce qui torture les autres ?

Qu’est-ce qui les déchire ? Le souvenir des morts, mais surtout pour Charles et Clara, la douleur brûlante de celle qui vit loin d’eux, et les laisse seuls en choisissant d’être morte au monde.

Alors, ils s’embarquent vers « la terre promise » retrouver une vague cousine, survivante comme eux. Ils ignorent tout de cette terre, sauf qu’elle est tragiquement entourée d’ennemis. Quelle promesse pourrait-elle porter ? Quelle promesse pourraient-ils lui faire ? Ils partent comme on fuit. Mais n’emportent-ils pas leur passé et la certitude poignante de n’avoir nulle part pour être heureux ?

Sur le pont du bateau chantent des sœurs, des pionniers, des religieux. Les uns prient Dieu, les autres l’Eternel et les derniers, Allah. Charles ne prie pas. Espère-t-il encore ?

Avec Vers toi terre promise Jean-Claude Grumberg signe une œuvre bouleversante. Deux comédiens, Clotilde Mollet et Antoine Mathieu interprètent tour à tour les amis, les parents, les amis, les clients, l’auteur, les témoins et même « les salauds » qui gravitent autour des deux protagonistes. La mise en scène de Charles Tordjman rend limpide une œuvre complexe où passé et présent s’entrecroisent, où les souffrances profondes se masquent de rires grinçants. Des comédiens exceptionnels donnent au texte toute son intensité.

Un chef d’œuvre !

 

 

 

Vers toi terre promise de Jean-Claude Grumberg

Théâtre du Rond-Point, 21 h

Jusqu’au 28 mars

Puis du 7 au 11 avril.

01 44 95 98 21

 

photo: Brigitte Enguerand