Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/09/2011

Une fraternelle épopée

 

Les rives de la Méditerranée ont accueilli des peuples de toutes nationalités, de toutes religions, et il y eut des villes cosmopolites, dont le seul nom évoque des brassages de cultures, des mélanges de races, des terres de tolérance. Aujourd’hui, si d’aucuns agitent l’immigration comme un épouvantail, d’autres par leurs vies et leurs œuvres témoignent de la fraternité possible.

Amin Maalouf, théâtre 13, Grégoire CuvierQuand Amin Maalouf crée le personnage d’Ossyane (qui signifie « insoumission ») pour Les Échelles du Levant, il retrace le parcours des siens : une mère venue d’Istanbul, un père de Beyrouth, une enfance en Égypte. Mais s’il s’en inspire, il l’inscrit plus avant dans l’Histoire. Il fait commencer la saga des Ketabdar en Turquie, dans la tragédie du génocide arménien, la conduit au Liban pendant le mandat français et la naissance de la République, en France pendant la seconde guerre mondiale, et entre la Palestine et Beyrouth pendant les guerres du Moyen-Orient.

L’adaptation du roman, sous le titre d'Ossyane conduit à une profonde réflexion sur les guerres fratricides et la lutte des peuples pour la liberté. Grégoire Cuvier, le metteur en scène en est l’adaptateur, il dessine les tableaux d’une fresque où le héros refuse toute haine, sombre devant l’implacable ennemie avant de trouver le « chemin de la résilience. » Dans cet exercice, les personnages secondaires souffrent un peu, les longues luttes pour l’indépendance et la paix sont à peine esquissées.

Le spectateur français comprendra mieux la période située dans la France des années 40, il a ses repères. « Je suis né dans une région du monde où les occupations se sont succédé » dit pudiquement Ossyane qui n’aura jamais un mot contre La France qui pendant vingt ans y exerça la sienne. Car il s’agit de réunir les hommes de bonne volonté pour vivre dans un monde sans guerre.Amin Maalouf, théâtre 13, Grégoire Cuvier

Olivier Cherki incarne Ossyane, narrateur et acteur de la fraternelle épopée. Il endosse avec justesse un rôle exigeant, d’homme d’action à la fois déterminé et fragile.  Avec lui deux femmes, Christiane Braconnier (Iffet la sœur, Danièle la militante), Audrey Louis, (la mère, puis Clara la résistante puis l’épouse, puis la fille), rendent vivants des rôles fragmentés. Jean-Marc Charrier en père bienveillant dont « l’inconscience crée des miracles », se métamorphose en Salem, le fils obscur avec subtilité. Yvon Martin Christophe Chêne-Cailleteau assume sans faiblir de multiples silhouettes. Et Stéphane Temkine impose avec fermeté les différents personnages qu’il joue.

Pas de décor, quelques accessoires, et le plateau dépouillé peut passer d’un pays à un autre, d’un lieu à un autre, d’un temps à un autre. Les changements se font à vue, le rythme est bien maîtrisé. Quelques images de ruines et de peuples en exode précisent les passages.

Ossyane devint Bakou (« l’avenir »), dans la clandestinité. Ce sera le nom de son petit-fils, né dans un autre hémisphère, loin de l’Orient dévasté, et résurrection de l’Espoir.

Il ne faut pas désespérer des hommes. Ossyane l’affirme et Amin Maalouf vient d’être élu à l’Académie française : il occupera le fauteuil de Claude Lévi-Strauss.

 

 

Photos : Christophe Henry

 

 

Ossyane d’après Les Échelles du Levant  d’Amin Maalouf

Adaptation de Grégoire Cuvier

Théâtre 13 jusqu’au 16 octobre

01 45 88 62 22

www.theatre13.com

 

 

 

 

01/09/2011

Face à la folie

 

 

 

folie,arnaud denis,lucernaireL’espace scénique est dans l’ombre. Le patient (Arnaud Denis) apparaît, à l’extrémité du plateau, cerné dans une douche de lumière, l’œil aux aguets, l’attitude est figée, méfiante. Il est vêtu de blanc. Une voix off l’interroge, insiste pour qu’il dise ce qu’il ressent, ce qui l’apaise, ce qu’il redoute et ce à quoi ses hallucinations le poussent. Puis le noir se fait lentement sur lui, et quand la lumière revient, il est assis face à une chaise vide. Il est pieds nus. Il maîtrise un léger spasme de la jambe, de la main, de la voix. Il expose lentement ses souffrances. Il décrit l’invisible. La voix tremble, s’affirme, la bouche se contracte un peu, un sourire ironique affleure, la main prend des poses. Il paraît tout à fait raisonnable, et pourtant il se dit fou. Il semble normal, logique. Il en devient maniaque, les idées s’accélèrent, la parole bute, le cri jaillit.

Arnaud Denis connaît l’art de troubler le spectateur. Car ce qui peut inquiéter, c’est cette apparente normalité que quelques signes dérangent, imperceptibles puis récurrents. Qui est fou ? Qui est sage ? Comment franchit-on la limite ? Comment rester « sage dans un monde de fous » ?folie,arnaud denis,lucernaire

De grands philosophes, Erasme, Montaigne, Kant, Nietzsche, ont analysé ces domaines.

Arnaud Denis choisit des romanciers, des poètes, des dramaturges : Maupassant, Flaubert, Lautréamont, Michaux, Shakespeare, Karl Valentin. Il nous révèle un étrange texte méconnu du jeune Flaubert (Mémoire d’un fou) qu’il interprète avec un feu intérieur qui brûle le spectateur.

Les séquences, ponctuées par l’obscurité, s’enchaînent sur des musiques de Requiem, ou de films, ou des chansons réalistes (Fréhel). Le spectacle se clôt d’ailleurs sur une chanson de Francis Blanche : « Ça tourne pas rond », où l’angoisse se cache derrière un humour noir dévastateur. Face à  la folie, quelle raison pouvons-nous garder ?

Le monde du patient s’obscurcit, les objets diminuent comme sa perception. L’hôpital l’enchaîne. Arnaud Denis comédien est notre frère qui souffre, il est aussi un passeur de mots, d’idées, un artiste essentiel.

 

 

 

Photos : © Lot

 

Autour de la folie, textes présentés par Arnaud Denis

Jusqu’au 16 octobre

Théâtre du Lucernaire,

Du mardi au samedi à 20 h

01 45 44 57 34

 

25/06/2011

Festival Obaldia

 

 

La rentrée s’annonce talentueuse. Et pas triste ! Du moins au Théâtre du Ranelagh. Catherine Develay qui le dirige, va célébrer René de Obaldia.

Rendre un hommage à un poète vivant ? Avouez que c’est bien plus plaisant pour l’auteur qui avoue : « se griser à sa propre source » ! Depuis qu’il est devenu Immortel, (en 1999) ce diable d’homme a rajeuni. Depuis la saison dernière, il tient l’affiche avec Obaldia sur scène. Une vraie gageure ! Une heure sur les planches à deviser élégamment (et malicieusement) de son œuvre, le regard amusé, le sourire aux lèvres, et, d’anecdotes, en lectures, il nous livre son œuvre. obaldia,théâtre du ranelagh,le douarec,stéphanie tesson,pierre jacquemont,brock

Il participera donc en personne à ce Festival René de Obaldia. Et,  parce qu' il jubile d'être ainsi fêté, il vient voir les compagnies, précise , explique (quand on lui demande), assiste aux répétitions, accepte les propositions, et les metteurs en scène, les comédiens sont tous devenus obaldiens !

Dès le 9 septembre, soyez prêts ! Entrez dans son univers espiègle avec Du vent dans les branches de sassafras où les joyeux cow-boys de Thomas Le Douarec vont prendre les armes contre le chef comanche Œil de Lynx…

Il y aura aussi L’Amour à trois, toujours sous la direction de Thomas Le Douarec. Puis Stéphanie Tesson dirigera Brock dans Au bal d’Obaldia à partir du 21 septembre. Pierre Jacquemont fera chanter Les Innocentines dès le 1er octobre et les Fantasmes des demoiselles à partir du 26 octobre.

Pour compléter ce cycle, le lundi à 21 h, les amis de René de Obaldia, viendront dire, lire et chanter, ce qui n’a pas pu être programmé.

De belles soirées en perspectives ! Qu'on se le dise : Monsieur le Comte est servi !

 

 

 

 

Photo © Lot

 

 

Festival René de Obaldia

Théâtre du Ranelagh

01 42 88 64 44

Du 9 septembre au 19 novembre