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09/03/2009

Une terre tragique

 

 

Nous connaissions la tragédie antique, la tragédie classique, il y a maintenant la tragédie « dentaire» qui raconte, à travers celle des Spodek, la tragédie de ce peuple qui devait être « élu » et fut « déporté ».

Pourquoi « dentaire » ? Parce que Charles Spodek (Philippe Fretun) était dentiste avant que les décrets de Vichy ne lui interdisent d’exercer. Son cabinet avait été revendu en toute légalité à un certain René Bertrand, « cent pour cent français ». Charles et Clara (Christine Murillo) Spodek, avec « spo », comme dans « spoliés », avaient deux filles. L’une a été déportée, l’autre a été cachée dans un couvent qui, en 1945, refuse de la rendre. Charles ne veut pas assigner l’Église, comme dans l’affaire Finaly. Il voudrait « qu’elle rentre d’elle-même ». terre0760®BrigitteEnguerand.jpg

Mais les tutelles religieuses savent manipuler les âmes. Leur seule enfant deviendra « sœur Marie-Thérèse de la Résurrection » et les nuits et les jours des Spodek ne seront plus jamais paisibles. Eux qui étaient athées, et qui, même par « tradition » répugnaient à fêter kippour ou pessah, les voici qui « mangent les herbes amères » et disent les prières. Plus rien ne les retient, plus rien ne les intéresse. Charles revend le cabinet qu’il avait mis trente mois à récupérer et où ses clients venaient avec lui épancher leurs chagrins, comme si le fauteuil du dentiste était le « pèse-souffrance » de leurs tragédies. Sans doute celui qui connaît le chagrin peut-il mieux comprendre ce qui torture les autres ?

Qu’est-ce qui les déchire ? Le souvenir des morts, mais surtout pour Charles et Clara, la douleur brûlante de celle qui vit loin d’eux, et les laisse seuls en choisissant d’être morte au monde.

Alors, ils s’embarquent vers « la terre promise » retrouver une vague cousine, survivante comme eux. Ils ignorent tout de cette terre, sauf qu’elle est tragiquement entourée d’ennemis. Quelle promesse pourrait-elle porter ? Quelle promesse pourraient-ils lui faire ? Ils partent comme on fuit. Mais n’emportent-ils pas leur passé et la certitude poignante de n’avoir nulle part pour être heureux ?

Sur le pont du bateau chantent des sœurs, des pionniers, des religieux. Les uns prient Dieu, les autres l’Eternel et les derniers, Allah. Charles ne prie pas. Espère-t-il encore ?

Avec Vers toi terre promise Jean-Claude Grumberg signe une œuvre bouleversante. Deux comédiens, Clotilde Mollet et Antoine Mathieu interprètent tour à tour les amis, les parents, les amis, les clients, l’auteur, les témoins et même « les salauds » qui gravitent autour des deux protagonistes. La mise en scène de Charles Tordjman rend limpide une œuvre complexe où passé et présent s’entrecroisent, où les souffrances profondes se masquent de rires grinçants. Des comédiens exceptionnels donnent au texte toute son intensité.

Un chef d’œuvre !

 

 

 

Vers toi terre promise de Jean-Claude Grumberg

Théâtre du Rond-Point, 21 h

Jusqu’au 28 mars

Puis du 7 au 11 avril.

01 44 95 98 21

 

photo: Brigitte Enguerand

 

04/03/2009

Un fleuve pas tranquille

Madame Isabelle (Chantal Trichet) aime l’Afrique, et surtout Moussa (Criss Niangouna), un masseur qui sert aussi de guide pour « remonter le fleuve Niger ». Madame Isabelle est accompagnée de son fils, Désiré (Jacques Allaire). Vu qu’elle a l’oseille et qu’elle refuse de lui signer des chèques, Désiré cherche à la trucider. Il traficote, essaie de trouver un marabout, un chef de guerre, un complice quelconque pour s’en débarrasser. En vain. Il croyait se faire un complice de Moussa qu’il imaginait être un naïf avide de petits cadeaux. Moussa est un sage, qui emploie le plus-que-parfait du subjonctif à bon escient quand les deux blancs s’expriment «en « petit nègre ». Moussa, que Désiré a surnommé Lustucru est ethnologue de formation. Ni l’argent, ni le sexe, ni la promesse d’un visa ne le tentent.

En remontant le Niger d’Arezki Mellal, est une farce féroce. L’auteur n’épargne ni les Blancs cupides, ni les Noirs magouilleurs. Madame Isabelle n’a jamais aimé son fils, mais elle raffole des aventures exotiques. Désiré est prêt à renier sa religion, à tuer, pour obtenir des marchés juteux. Le Niger n'est pas un fleuve tranquille. Les ethnies se livrent à des guerres fratricides. Les enfants sont enlevés par les rebelles qui les obligent à devenir soldats. Les villages sont désertés, car on abat les chèvres qui s’approchent des mosquées, on tire sur les cigognes qui risqueraient de se nicher en haut des minarets, et la mine d’or empoisonne l’eau.

Maria Zachenska dirige ce jeu de massacre dans une mise en scène inventive. Les interprètes montrent les moeurs coupables avec une justesse subtile et une énergie ironique.

Rarement le racisme est abordé avec autant d'humour.

 

 

 

 

 

 

En remontant le Niger d’Arezki Mellal

Tarmac de la Villette

01 40 03 93 35

 

13:27 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théâtre, afrique, racisme, mellal |  Facebook | |  Imprimer

01/03/2009

Dans le regard des autres

Il se crée décidément beaucoup de pièces contemporaines dans ce nouveau lieu, la Manufacture des Abbesses. Après Lonely Planet de Steven Dietz, (note du ), Gilbert Désveaux y met en scène le Regard des autres, une pièce de Christopher Shinn, adaptée par Sophie Vonlanthen. L’auteur est new-yorkais. Il raconte avec humour les difficultés de trois jeunes artistes qui veulent vivre de leur art sans renoncer à leur idéal.

Ils partagent le même appartement. Noël approche, et chacun souhaite qu’avec la nouvelle année ses vœux les plus chers soient exaucés. Petra (Leïla Moguez) fait du strip-tease en attendant de se faire un nom. Stephen (Yann Reuzeau) attend une bourse. Il pourra lâcher les piges d’un journal de cinéma qui exige des critiques « plus musclées » et écrire la pièce qui lui permettra d’être reconnu. Mais c’est le journal qui le largue. Mark (Julien Large), jeune réalisateur, est sorti de la drogue et se compose « un nouveau moi avec l’aide du seigneur ». Mysticisme trop fervent pour être authentique. Il repousse l'amour de Mark, mais le premier tentateur, un loubard tendre et sans complexe, Tan (Geoffroy Rondeau), fera craquer le vernis du dévot. Petra, elle, ne trouvera pas chez Darren (Walter Hotton), le regard qu’elle attend et Stephen malheureux en amour, pourra se consacrer à l’écriture.

Les comédiens, bien choisis, bien dirigés, construisent des personnages attachants. Chacun souffre de ne pas être reconnu, de ne pas être aimé, car c’est « le regard des autres » qui permet d’avoir confiance en soi. Ni Petra, ni Stephen ne veulent de compromissions. Ils doutent, se cherchent, et on voudrait tant qu’ils se réalisent.

 

Le Regard des autres

De Christopher Shinn

Manufactures des Abbesses

Lundi, Mardi, Mercredi à 21 h

01 42 33 42 03

www.manufacturedesabbesses.com

 

19:40 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théâtre, art, homosexualité |  Facebook | |  Imprimer