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15/02/2016

Heureux anniversaire !

DEMAIN, MARDI 16 FÉVRIER 2016,Théâtre, Théâtre de la Huchette, Ionesco

                        Le THÉÂTRE DE LA HUCHETTE

 entamera la 60ème année d’exploitation de

« LA CANTATRICE CHAUVE » et « LA LEÇON »

de Eugène IONESCO 

à l’occasion de leur 18232e représentation !Théâtre, Théâtre de la Huchette, Ionesco 

et le troisième spectacle,

« KIKI, LE MONTPARNASSE DES ANNÉES FOLLES »,

 fêtera sa 161e représentation

 

19/06/2015

La reine de Montparnasse

 

 

Théâtre, théâtre de la Huchette, musique, peinture, humour, histoireElle naquit en 1901 dans un « joli coin de Bourgogne ». On l’appela Alice. Sa mère était pauvre, son père était riche. Et comme ce n’était pas un conte de fées, ils ne vécurent pas ensemble. La mère partit pour Paris trouver du travail. Et Alice resta au pays chez sa grand-mère, laquelle élevait comme elle pouvait, les enfants dont la famille ne pouvait pas s’occuper. La soupe était souvent claire, mais elle les nourrissait d’amour.

Quand elle eut douze ans, sa mère se souvint d’elle et la fit venir à Paris pour entrer en apprentissage. Brocheuse, fleuriste, ouvrière (c’est la guerre, on la recrute pour visser des ailes d’avion), là voici bonne à tout faire dans une boulangerie. Cependant, elle est nourrie et logée, c’est mieux que chez sa mère qui « n’était pas faite pour être mère ». Mais comme elle ne supporte pas d’être battue, elle se retrouve à la porte. Qu’à cela ne tienne, elle va poser nue chez un sculpteur, et gagne 5 francs pour 3 heures de pose alors qu’à la boulangerie, elle en gagnait 2 par mois.

Hélas ! Sa mère a des principes et poser nue, c’est être une putain ! Pas de ça chez elle !  En plein hiver, Alice est à la rue, pauvre « grenouille aux souliers percés »[1]. C’est un peintre qui la recueille, il s’appelle Soutine. Elle devient son modèle et celui d’autres peintres. Ils ne parlent pas bien le français : ils la baptisent Kiki, c’est plus facile.Théâtre, théâtre de la Huchette, musique, peinture, humour, histoire

Il y eut quelquefois « retour à la case pieds mouillés dans la neige ». Mais avec une volonté tenace, elle rejoignit la « bande de la Rotonde » où le « papa Libion »[2] lui avait conseillé d’acheter un chapeau[3].

Elle pose pour Gworzdecki,  Utrillo, Van Dongen. Elle est l’« inspiratrice » de Foujita, Kisling,  Maurice Mendjinsky[4], Man Ray, la compagne d’Henri Broca, et d’autres Montparnos comme on   les appelle, ces artistes, peintres, écrivains, sculpteurs, cinéastes. Dans leur vie de bohème à Montparnasse, on ne mange pas tous les jours, mais on boit, on danse, et on se dépêche de rire de tout. Elle est élue « reine de Montparnasse ». Étroit royaume, réduit au périmètre de la Rotonde, la Coupole, le Dôme, le Jockey, avec quelques incursions à Montmartre, quelques voyages vite achevés car, hors Montparnasse, la chance ne lui souriait guère. Royaume éphémère car la guerre dispersa ses amis.

Quand Kiki mourut, en 1953, seul Foujita l’accompagna au cimetière de… Thiais.

Pour cette Fantaise musicale intitulée Kiki, Hervé Devolder s’inspire avec talent des Mémoires de Kiki, recueillies par son dernier compagnon, André Laroque, agent des contributions directes le jour et musicien (accordéon et piano) la nuit.

Théâtre, théâtre de la Huchette, musique, peinture, humour, histoireMilena Marinelli est une Kiki, étonnante de ressemblance avec l’originale. Elle en a aussi la gouaille et l’assurance. Son joli timbre de voix fait merveille dans les chansons tour à tour réalistes ou nostalgiques. Elle est seule en scène et Ariane Cadier au piano, quelquefois, lui lance quelques remarques piquantes. C’est un spectacle enjoué, pétillant d’humour, fluide comme les boissons que Kiki aimait tant.

« Ne s’éteint que ce qui brille » écrivait Aragon. Hervé Devolder a rallumé les projecteurs sur elle.

 

 

Photos : © Pauline Marbot

 

 

Kiki, le Montparnasse des années folles, de Hervé Devolder

Théâtre de la Huchette

01 43 26 38 99

du mardi au vendredi à 21h

samedi à 16 h

depuis le 17 juin.



[1]- J’emprunte l’image à Robert  Desnos mais je ne suis pas sûre du tout qu’il l’ait écrit pour elle.

[2] - Patron du restaurant La Rotonde, mécène des artistes.

[3] - Une femme sans chapeau n’était pas admise en salle.

[4] - Vous en saurez plus sur lui et Kiki en allant au Musée Mendjinsky, 15 Square Vergennes, 75015 Paris,(entrée à la hauteur du 279, rue de Vaugirard).

06/02/2015

Le labyrinthe des rencontres

 

 Théâtre, Théâtre de la Huchette, Mario Diament, Victor Haïm, Nous sommes un peuple rationaliste qui n’aime rien laisser au hasard. Et cependant nous sommes fascinés par les auteurs, qui, comme Mario Diament, pensent que « toute rencontre fortuite renferme la complexité de l’univers ».

Les poètes, ont quelquefois peint cette intuition mystérieuse foudroyante qui fait regretter la passante, « fugitive beauté »[1] qu’on ne retrouvera « que dans l’éternité ». Antoine Pol se plaint de ne pouvoir retenir celles « qu’un destin différent entraîne » et Paul Éluard affirme : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. »

Théâtre, Théâtre de la Huchette, Mario Diament, Victor Haïm, C’est à ces rendez-vous que Mario Diament nous convie dans Blind Date, où « blind », est à la fois le vieil aveugle, figure de sagesse, instrument du destin, lui-même soumis à cette sorte de « réalisme magique » propre à Borges, l’écrivain que la cécité ouvrit au fantastique.

Sur le banc de ce jardin de la place San Martin, à Buenos Aires, l’Écrivain aveugle (Victor Haïm)  vient souvent, et les passants s’arrêtent pour lui parler. Et, bien qu’il ne voie pas, émane de lui un tel discernement, que chacun lui confie ce qu’il n’ose pas dire à ses proches, tant il est vrai, comme disait Blanche Dubois[2] qu’on a « souvent confiance en la bonté des inconnus ».

Ainsi, viendront, tour à tour, L’Homme mûr (André Nerman) qui hésite sur sa vie, la jeune artiste (Ingrid Donnadieu), qui refuse le conformisme de ses parents, et la Femme (Dominique Arden), qui sait qu’elle a raté sa vie.Théâtre, Théâtre de la Huchette, Mario Diament, Victor Haïm,

Chacun parle de ses regrets, de ses espoirs, du temps destructeur, du réel et du rêve. Chacun en s’interrogeant sur soi-même, parle de l’autre, et les fils se nouent, se rejoignent, se dénouent. Le vieil écrivain aussi laisse des confidences s’échapper et les temporalités se mêlent tandis qu’une Psychologue (Raphaëlle Cambray), dans l’intimité d’un cabinet, retrace les chemins communs.

Dirigés par John Mac Lean, les comédiens  sont d’une justesse émouvante. Sur ce plateau nu, le spectateur imagine l’extérieur ou l’intime, et les comédiens font vivre « l’amour inévitable » dans les lumières de Frédéric Serve. Les  costumes de Françoise Arnaud évitent toute temporalité et c’est à une sorte de rêve romanesque que le spectateur participe.   

Chacun finit par croire qu’un « fait sans importance peut changer le cours de (sa) vie » et que « dans le labyrinthe des rencontres », l’amour revient toujours…

 

 

 

 Photos : © LOT

 

 

 

Blind date  de Mario Diament

Texte français de Françoise Thanas

Théâtre de la Huchette

01 43 26 38 99

Du mardi au samedi à 21 h, samedi 16 h

 

 

 



[1] - À une passante de Baudelaire.

[2] - Un Tramway nommé Désir de Tennessee Williams