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15/11/2010

Misandrie joyeuse

Nouara Naghouche est AA.

Lisez : « Alsacienne arabe ».

Et vous savez, demande-t-elle, la différence entre un arabe et un alsacien ? Réponse : « l’Arabe parle français ». Oh ! Pas celui de l’Académie, mais quand elle raconte la vie à Colmar, tout le monde la comprend.

Zoubida, bouclée dans son F5, est soumise à la brutalité de Rachid, Marguerite la xénophobe subit un René pas très net, et Marie-France, « d’origine sociale privilégiée » s’épanouit depuis qu’elle s’est libérée de son mari. Par petites scène crues, violentes, gouailleuses, Nouara Naghouche raconte avec humour le quotidien des femmes, leurs sacrifices, leur misère, et la violence des mâles qui les oppriment. sacrifices.jpg

Avec sa misandrie joyeuse,  elle est épatante cette petite femme-là !

Vêtue d’un survêtement dépareillé, elle mime les situations et change de personnalité au gré des histoires de sa cité. Les textes qu'elle cosigne avec Pierre Guillois, qui met en scène, finissent par se recouper pour un réquisitoire en forme de…plaidoyer…

Le spectacle est dû à "une initiative de Matthew Jocelyn". Il s'en passe des choses à l'Atelier du Rhin...

 

 

 

 

 

 

Sacrifices de Nouara Naghouche et Pierre Guillois

Théâtre du Rond-Point

01 44 95 98 21 

Jusqu’au 28 novembre à 18 h 30

 

 

 

Sacrifices

 

 

Photo : © Brigitte Enguérand

07/10/2010

La fascination du pire

Les femmes aiment qu’on ait besoin d’elle. Cette nécessité leur donne un but dans l’existence. Anne (Catherine Hiegel) se sent inutile. Les deux enfants qu’elle a élevés sont grands. Pierre, son mari (Jean-Yves Chatelais) est très occupé par sa carrière, Nicolas, son fils (Clément Sibony) vit une histoire d’amour avec Élodie, sa fille Sarah ne vient plus la voir. Quelle femme résisterait à cet abandon ? Quelle mère accepte d’être ainsi rejetée ?

Entre paroles dites et non-dits supposés, elle fantasme, imagine, ratiocine.

L’auteur, Florian Zeller sait parfaitement raconter la dualité des êtres et des situations, l’inanité de l’amour maternel dévorant, « la fascination du pire ». Marcial Di Fonzo Bo a imaginé un espace double, métaphore la dualité de la Mère. Le décor clair, d’Yves Bernard, cache une chambre secrète, où, derrière un rideau de tulle, les protagonistes rejouent une réalité distordue, repeinte aux couleurs d’une imagination malade.

Catherine Hiégel est cette femme qui souffre, et ses cris de douleur et d’amour, cette voix qui se brise, ce corps qui ne se soutient plus, c’est celui de la Mère que quittent l’amour, les enfants, la jeunesse. Elle tend à toutes celles qui la regardent, dans la salle obscure, le miroir de leur déchéance. Quelle est celle qui n’a pas eu, dans cette descente solitaire, la tentation de noyer son chagrin dans l’éternel sommeil ?

Enfant cruel ? Mère victime ? Personne n’est coupable. Nous sommes tous condamnés à vivre, et les mères à vieillir « tristes et seules », à se débattre entre peurs et regrets, comme Anne.

Les comédiens sont admirables, la mise en scène éclaire un texte d’une grande puissance. On aimerait voir plus souvent des œuvres aussi profondes…

 

 

 

La Mère de Florian Zeller

Petit Théâtre de Paris

01 48 74 25 37

21h

 

 

02/10/2010

Du délit au délire

 

 

Ce n’est pas L’Hôtel du Minet galant ni celui du Libre-échange, mais, il y a du Feydeau dans celui que nous propose Derek Benfield dans À deux lits du délit. Les adaptateurs, Stewart Vaughan et Jean-Christophe Barc nous ont concocté une pièce qu’on jurerait française !

L’établissement est discret, et se cache dans les Yvelines pour abriter des couples illégitimes. Pas aussi cynique que Pinglet, le tenancier, un certain Nollet (Arthur Jugnot), qui est en réalité un remplaçant, empoche sans scrupule toutes les gratifications supplémentaires. Et avec les deux Messieurs Dubois, qui occupent des chambres jumelles, en haut de deux escaliers différents, il va se faire un joli pactole ! Mais son salaire, pour douteux qu’il soit, lui donnera bien de la peine. L’établissement n’est pas de tout repos. Il faut mouiller la chemise pour éviter que les épouses légitimes ne croisent leurs maris respectifs, il faut transpirer pour servir des mensonges plausibles afin d’échafauder des alibis ! Le décor de Charlie Mangel est un modèle de simplicité roublarde. Et Arthur Jugnot joue admirablement le rusé compère.

Les deux Dubois ? L’un est grand (Cyril Garnier), l’autre est petit (Guillaume Sentou), mais tous deux, rompus au duo comique mènent le délit au délire. Les deux femmes ? L’une est piquante (Mathilde Penin), l’autre pulpeuse (Juliette Meyniac), et, sous la baguette de Jean-Luc Moreau, tout ce joli monde, s’excite, s’agite, de la chambre à la réception, dans les étages et dans les lits, s’habille et se déshabille (costumes de Juliette Chanaud), mais jamais, jamais ne consomme l’adultère…

Course sans frein, cascade de gags, échange de pantalons (comme dans Le Fil à la patte), équilibres et acrobaties, rétablissements in extremis, les comédiens sont des virtuoses. Pas une minute de repos pour eux. Pour le spectateur, pas une minute sans rire !

 

 

 

 

À deux lits du délit de Derek Benfield

Théâtre de la Michodière

01 47 42 95 22