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24/03/2010

Travailler plus ou ne plus travailler?

 

 

En novembre 1831, à Lyon, les « canuts », ouvriers de la soie, travaillaient quinze à dix-huit heures par jour, et leurs enfants, dix heures seulement. Facile ! Ils avaient leur « bistanclaque » à domicile. Ils ne rechignaient pas à travailler, mais ils voulaient seulement qu’on ne baisse pas leurs salaires. Le roi Louis-Philippe envoya le maréchal Soult et vingt mille hommes de troupe et cent cinquante canons pour réprimer « l'émeute ». Son ministre, Casimir Périer entendait rétablir « l’ordre public »

Le 14 février 1834, une seconde révolte éclata. Monsieur Thiers envoya douze mille soldats contre des émeutiers désarmés. Il n’y eut que trois cents morts : « de mauvais sujets » qui voulaient « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ».

Malgré les répressions, les luttes reprirent en 1848, puis en 1849. De ces luttes naquirent des associations mutualistes de secours, ancêtres de notre sécurité sociale, de nos retraites.

Pourquoi je vous raconte ça ?

Parce que le travail se fait rare et qu’un spectacle musical Ça travaille encore évoque en chansons le long chemin qui mène de la semaine sans repos au chômage obligatoire. Louis Doutreligne, qui vient de signer un magnifique Sublim' interim, a cousu quelques textes pour relier les chansons qui, depuis 1894, à ces premières années du XXIe siècle, parlent de cette denrée devenue rare : le travail. Le Chant des Canuts, signée Bruant évoque les révoltes du XIXe siècle. Il conclut :

" Nous tisserons le linceul du vieux monde

Car on entend déjà la révolte qui gronde "

C'est un chant noble. 

Un spectacle musical avec des chansons déjà faites se doit de mêler les genres. Il y aura des chanson coquines (La Biaiseuse), des chansons légèrement frondeuses (Je ne veux pas travailler) ironiques, qui n'égratignent personne (Merci Patron), des chansons désespérées, (Il ne rentre pas ce soir, Les Mains d'or). Trente titres parcourent un itinéraire qui sinue de l'amour du métier à la tentation de tirer au flanc.

La mise en scène de Jean-Luc Paliès est précise et pétulante. Le jeu qu'il propose se suit agréablement. Au piano, Jean-Christophe Déjean (ou Thierry Pichat), à la contrebasse, Alexandre Perrot, à la batterie, Jean-Baptiste Paliès, accompagnent Claire Faurot, Laura Pélerins, Isabelle Zanotti, Alain Guillo, Miguel-Ange Sarmiento dont certains jouaient dans Sublim'Interim.

Entre les hymnes à la paresse, et la volonté de survivre, sommes-nous encore libres de choisir ?

 

 

 

 

 

Ça travaille encore, spectacle musical de louise Doutreligne et Jean-Luc Paliès

 

Vingtième Théâtre

01 43 66 01 13 

jusqu'au 14 avril

mercredi au samedi, 21 h 30

dimanche, 17 h 30

 

 

 

 

 

 

 

L’image livide de l’abîme

 

 

Dix ans ! Quand Elias (Philipp Weissert) disparaît pour la première fois, il a dix ans ! En plein hiver, le gamin, n’a emporté que ses vêtements, les couvertures de son lit, et « l’oiseau bleu » ! Elias avait pourtant tout pour être heureux, des parents qui l’avaient désiré », une amie, Sarah (Serpentine Teyssier), gardienne des secrets. Et pourtant ! « Il y a dix ans au fond, que vous vivez dans la certitude absolue, votre femme et vous qu’Elias doit disparaître » dit Philippe Leister (Jérôme Imard) à Ana Rabal (Eva Castro), la policière chargée de l’enquête.

Elias ? Il a les yeux trop noirs, quand ses parents ont les yeux « pâles ». Lui et sa femme, désespérés de leur stérilité, sont allés le chercher « là-bas, dans ce pays épouvantable ». Et l’enfant Leister a choisi de retourner à ses origines.

Comment y parvient-il ? Nous ne le saurons pas, mais, quand nous le retrouvons, il est déjà un soldat perdu. Et, le capitaine Broman  (Denis Jousselin) part à la recherche de ce sergent qui, blessé après une embuscade, est allé se réfugier chez une vieille folle (jouée également par Eva Castro), ou ailleurs, des années plus tard, avec des enfants, dans la forêt.

L’univers du soldat Leister est faite d’images d’actualités récurrentes, des visions d’enfants soldats, de guerres fratricides, de pays où l’on ignore la paix : « l’image livide de l’abîme. ».

Eudes Labrusse est un des rares auteurs dramatiques à construire un théâtre épique. Il a le sens du tragique. On retrouve dans Elias Leister a disparu l’écoeurement du Soldat David Sorgues, les luttes du Rêve d’Alvaro, les mythes des filiations obscures et chevaleresques, la figure du héros surgie de l’enfance.

Mais ne cherchez pas de conteur brechtien dans Elias Leister a disparu. Chaque protagoniste est le narrateur de ses aventures et des ses émois. Chacun parle à la fois à soi-même et au spectateur comme le narrateur dans La Modification, de Butor.

Jêrome Imard, qui met en scène organise les déplacements autour d’une longue table. On y vient témoigner comme à la barre d’u tribunal, s’expliquer comme dans une enquête, manipuler des objets qui sont des indices de fuite, de rencontres, les restes d’un passage.

Christian Roux, au piano, souligne les arrivées, les départs, donne le tempo des événements. Tous deux connaissent parfaitement l’univers d’Eudes Labrusse, puisqu’ils l’accompagnent depuis Le Collier de perles du gouverneur Li Qing.

Colette Nucci, la directrice du Théâtre 13  fait aussi partie de ses fidèles. Elle fait confiance au Théâtre du Mantois, depuis 2005. Et moi, depuis 2002… C’est dire, s’il est passionnant !

 

 

Elias Leister a disparu de Eudes Labrusse

01 45 88 62 22

jusqu’au 18 avril

Théâtre 13

Rencontre avec l’équipe le dimanche 28 mars à l’issue de la représentation de 15 h 30

10:00 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théâtre, théâtre 13, labrusse |  Facebook | |  Imprimer

19/02/2010

Le peuple des Évangiles

 

 

 

Vous savez tous que le Théâtre, en France, est né dans une église. À Saint-Benoît-sur-Loire, une aube de Pâques, au Xe siècle, les moines, déguisés en saintes femmes, ont joué la Résurrection du Christ dans la langue du peuple, afin que celui-ci en comprenne le Mystère Glorieux.

Ce mercredi des Cendres, en 2010, Dario Fo a fait entrer le peuple des Évangiles à la Comédie-Française avec Mystero Buffo qui raconte, à la manière des petites gens, les mystères lumineux, et les mystères douloureux tels qu’ils les ont vécus. Muriel Mayette, en les mettant en scène ressuscite la tradition du jongleur.

Catherine Hiégel, Véronique Vella, Christian Blanc, Alexandre Pavloff, Hervé Pierre, Stéphane Varupenne, Christain Hecq seront les jongleurs, conteurs de ces épisodes. Vêtus de noir, pantalon et pull (Costumes Virginie Merlin), ils évoluent sur une scène resserrée, nue et claire, devant un salle semi éclairée. Comme sur un tréteau, ils prennent à témoin le public, le sollicitent.

Catherine Hiegel ouvre le ban, expliquant ce qu’est un mystero buffo : « mystère grotesque », moyen d’expression du peuple, moyen de provocation, de libération.

Puis viendra Christain Hecq, pour raconter un mystère lumineux : la résurrection de Lazare, non pas tels que les évangélistes la disent, mais tel que le gardien du cimetière a pu la vivre, avec ses petits trafics, « Les miracles, ça marche très fort ! » et cette foule d’anonymes, badauds, convaincus, incrédules, râleurs, et vide-gousset…

Entre les deux récits, le fond de scène s’illumine, la salle s’éteint, (scénographie et lumières : Yves Bernard) et le Christ vit la Passion, dans des tableaux vivants et colorés empruntés à l’iconographie chrétienne, joués par les élèves-comédiens de la Comédie-Française : Camille Blouet, Christophe Dumas, Florent Gouëlou, Géraldine Roguez, Chloë Schumtz, Renaud Triffault, illustrés d’une musique d’Arthur Besson.

En marge de cet évangile apocryphe, Hervé Pierre nous enseignera la règle de Saint-Benoît, il sera aussi le jongleur final, celui par qui tout le théâtre peut commencer. Et nous apprendrons aussi avec Alexandre Pavloff comment le fou essaya de d’empêcher la Mort de prendre Jésus, comment les femmes retinrent Marie pour qu’elle ne voie pas à la crucifixion de son Fils, comment Marie y assista, chassa l’ange Gabriel, et comment Jésus lui demanda de se résigner…

Le Stabat Mater que joue alors Catherine Hiegel a de quoi bouleverser les plus mécréants.

Mais entre Gethsémani et Golgotha, Véronique Vella, Yves Gasc, Christian Blanc et Stéphane Varupenne racontent des épisodes plus païens et grotesques, fabliaux scatologiques, scènes d’inversion des rôles : l’énorme rire de Rabelais, l’érotisme de Boccace participent du théâtre de Dario Fo.

Les comédiens se plient avec bonheur à toutes les énormités.

On rit, on s’émeut, on comprend « comment ça s’est passé ».

 Iconoclaste Dario Fo ? Non au contraire, il sacralise le peuple.

 Il n’y a pas de blasphème dans ses tableaux gouailleurs, juste un immense amour de l’humanité.

 

 

 

 

Mystero Buffo et Fabulages de Dario Fo

Comédie-Française

Salle Richelieu

0825 10 16

Rencontres avec Dario Fo : 25 mars, 5 et 27 mai à l’Institut culturel italien.