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20/12/2007

Soirée africaine

     Qu’est-il arrivé à Antoine Fragonard (Bruno Rochette), pendant son séjour au « pays des hommes intègres », le Burkina Faso ? Depuis qu’il en est revenu Sylvia (Sylvie Rolland), sa compagne le trouve distant, absent, indifférent. Il se renferme comme un enfant coupable et refuse toute explication. L’arrivée d’un autre Antoine, un condisciple de l’école de Cinéma, Antoine Traoré (Alain Héma), son double africain va peu à peu révéler le secret qui « squatte sa cervelle ». Pas causant non plus le Traoré en ce qui concerne l’atelier de cinéma qu’Antoine F. a effectué au Burkina Faso six mois auparavant ! On parle de la lenteur insondable des administrations africaines, des petits trafics auxquels le cousin Félix (Ildevert Méda) se livre pour survivre. On discute longuement d’un scénario refusé et d’un autre accepté, du « cinéma comme arme d’émancipation » en Afrique, des conditions difficiles de l’artiste en France et ailleurs. On boit beaucoup sans oublier. Nicolas (Michel Burstin), l’ami blanc d’Antoine F., désespère d’être utile à tous chez les capitalistes.

     Noirs ou Blancs, les hommes ont bien du mal à rester intègres quand les chefs politiques, comme Sankara sont assassinés, et qu’une terrible maladie fauche les vies. Quelle maladie? Celle qui dévaste les corps ou celle qui pourrit les âmes? Il faut du temps et de l’intelligence, il faut mesurer ses paroles et les confronter à celles des autres pour admettre son impuissance et lutter contre l’impossible quand on ne veut pas l’accepter.

     L’auteur, Eric Durnez décale le drame en jouant sur la situation éponyme d’un titre : Quelqu’un va venir du Norvégien Jon Fosse que Sylvia, comédienne répète. Peu avant la première, le cousin Félix débarque et les Antoine livreront une partie du mystère.60ba34bbd5f13be3c214a49824868dd4.jpg

     Bruno Rochette est allé travailler au Burkina pour Sparadrap. Il est revenu avec l’équipe burkinabé pour Dragonnier. Sparadrap mis en scène par Michel Burstin est suivi de Dragonnier mis en scène par Ildevert Méda et forme un diptyque signé Eric Durnez et interprété par la compagnie Hercub et le théâtre Éclair. Difficile entreprise puisqu’il est dit qu’un « toubab ne peut pas comprendre ». Projet réussi puisque le but était de « supprimer les frontières », et de faire que « le monde soit moins injuste ».

     Sparadrap se joue en premier, mais chronologiquement, l’action se déroule après Dragonnier donné en deuxième partie. Jeu dramatique intéressant qui consiste à poser des repères et obliger le spectateur à répondre aux questions qu’ils se posent. Plaisir aussi de tout comprendre, et de découvrir la clé de l’énigme, cette beauté noire qui répond au nom de Parfaite (Amélie Wahébi). Les créations sonores de Max Vandervorst dans Sparadrap, la scénographie de Papa Kouyaté dans Dragonnier créent des univers différents et cependant très proches. 87831841e953fc9d785a5f8fc87936af.jpgL’univers du cinéma est évoqué par des scènes en ombres noires sur un drap blanc tendu (photo © Soux) et la présence d’un objet : une caméra sur pied, bien visible, mais sans emploi puisque le scénario est en panne quelque part chez un producteur.

     Ces deux spectacles touchent les spectateurs par les thèmes abordés avec pudeur et sincérité. Il fait froid, la salle est mal chauffée, mais la chaleur de l’Afrique vous gagne au Théâtre de Ménilmontant.

 


 

 

Sparadrap et Dragonnier publiés aux éditions Lansman

Sparadrap est joué à 19 h

Dragonnier à 21 h

Le café-bar, le Maquis assure une collation à l’entr’acte

 

Théâtre de Méminlmontant

Du 19 décembre au 20 janvier

01 46 36 98 60

P. S. le 19 décembre…   la compagnie Hercub’ a fêté son 16ème anniversaire.

Par ailleurs la compagnie communique :

Dans le cadre des projections-débats que nous organisons au théâtre, autour des représentations, le samedi 29 décembre à 17h : Une Femme pour Souleymane de Dyana Gaye. C’est un très beau et très sensible court-métrage sur la difficulté d’être immigré, et la responsabilité qui pèse sur les épaules de celui qui est parti, vis-à-vis de toute la communauté. Nous avions découvert ce film lors du Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand.

Le film Borry Bana* de Abdulaye Diallo** et Luc Damiba, est prévu pour samedi 12 janvier à 17h. C’est un documentaire qui traite des circonstances obscures de la mort du journaliste d’investigation Norbert Zongo, dont l’assassinat pour des raisons politiques avait été déguisé en accident de la circulation.

*Borry Bana est une expression en langue Bambara qui veut dire « la fuite est terminée ».
** Abdulaye Diallo est un ami. Historien, journaliste, il dirige à Ouagadougou, le Centre National de Presse, courageusement baptisé… Norbert Zongo.

 

 

11:45 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Théâtre, Afrique |  Facebook | |  Imprimer

29/11/2007

Une entreprise à hauts risques

     Pour faire une bonne scène de ménage, prenez un couple qui a dépassé de cinq ans la date de péremption, c’est-à-dire les noces d’argent. Choisissez un conjoint ronfleur et l’autre insomniaque, nappez de mauvaise foi, saupoudrez de jalousie, et laissez mijoter sous les feux de la rampe. Goûtez. Un peu amer ? Oui, mais succulent !

     Vous obtenez Yona (Philippe Lebas) qui ressasse ses griefs contre Leviva (Christine Joly) : « trente ans de merde ! ». Ils ont trimé, élevé des enfants qui se sont envolés. Cette nuit, il est bien décidé à la quitter, et il la réveille pour le lui dire. Il la connaît bien et anticipe toutes ses réactions. Elle sait tout de lui, et en particulier que c’est un un velléitaire et que sans elle, il ne posséderait pas grand-chose : « j’espère que tu es suffisamment adulte pour comprendre que je ne suis pas le problème… [mais] le prétexte. » riposte-t-elle à celui qui vient de la jeter à bas du lit en alléguant qu’elle ne rêvait pas de lui.

     Il affirme ce soir que ses aspirations sont « beauté et spiritualité », mais avec Leviva, il ne parlait que de hareng. Elle pleure, elle hurle à la mort, il fait sa valise. Elle prend à témoin les ombres familiales disparues. Il va partir. L’arrivée impromptue de Gounkel (Jean-Pierre Mesnard) va tout changer. Il est deux heures du matin, il a vu de la lumière, il prétend qu’il a besoin d’aspirine pour soigner sa migraine.

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Photo © Arthur PEQUIN.

Gounkel ? Ça fait cinquante-cinq ans qu’il est seul dans son lit, alors il veut qu’on l’aime. Il s’incruste. On jurerait que Yona et Leviva ont vu Les Boulingrin de Courteline ou Danse de mort de Strindberg. Ils se rabibochent vite fait pour chasser l’intrus, et battre ainsi leur pas de deux querelleur jusqu’à la dernière nuit. Christine Joly et Philippe Lebas ont une combativité exceptionnelle. Le trio bouscule joyeusement tous les clichés sentimentaux, et le dernier duo ne manque pas d’émotion.

La scénographie de Jean-Pierre Berthommier place à jardin de face, un lit conjugal blanc dans un décor d’un gris léger (Alain-Bernard Billy), et entre la commode posée à cour, l’espace scénique est réservé au champ de bataille : vêtement épars des conjoints, sol où Yona vide la forme gibbeuse qui occupait la couette à sa gauche. Entre chaque séquence, la scène plonge dans la pénombre tandis qu’une lumière rasante et la bande son (Marc Brochet) font entrer la rumeur de la ville, brisant l’intime par un semblant de social.

C’est cruel et drôle, avec des fulgurances réalistes qui provoquent le rire. Le texte est cru, mais jamais vulgaire. Et Hannock Levin, manie constamment le décalage avec les apartés et les réflexions au spectateurs.

Pas facile la vie à deux ? Mais impossible de vivre seul ! L’entreprise conjugale est à hauts risques, au bord de la faillite. Yona est souvent prêt à tout larguer, mais Levina ne dépose jamais le bilan. Un maîtresse femme ! De celle dont on fait les noces de platine, ou de diamant.

Une laborieuse entreprise de Hanokh Levin

Jusqu’au 30 décembre

Théâtre Artistic Athévains

01 43 56 38 32

12:50 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Théâtre |  Facebook | |  Imprimer

26/11/2007

Débloguer aux Diablogues

     En ce temps-là, on ne parlait pas de blog, ni de « diablogue ». Le mot n’existait pas, mais la chose, si. L’inventeur, Roland Dubillard faisait le diable à deux, tous les après-midi à cinq heures avec Grégoire et Amédée, qui dialoguaient cinq minutes et ces discussions oiseuses réjouissaient les « chers auditeurs »… Les deux grands naïfs qui causaient dans le poste n’avaient pas de prétention scientifique comme les Bouvard et Pécuchet de notre livre de littérature, ils étaient simplement incapables d’affronter les choses absurdes de la vie. Et Dubillard en dénonçaient des vertes et des bien colorées.

     Cinquante ans plus tard, alors que les blogueurs bloguent et débloguent à qui mieux mieux, Anne Bourgeois nous sert à point ces Diablogues goûteux. Pour passer du champ radiophonique à l’espace scénique, elle a choisi deux pointures : Jacques Gamblin et François Morel, vous dire si la salle s’esclaffe ! La scénographie d’Edouard Laug pose deux fauteuils club sur fond de voie lactée dont Laurent Béal fait scintiller les étoiles et Jacques Cassard compose les sonorités sidérantes. Isabelle Donnet habille les deux zozos de gris. Même costume, même chemise, à peine une petite nuance différente sur la même cravate, ces deux-là sont frères en arguties. Ils discourent de la ressemblance de l’hippocampe avec le cheval, du rôle de l’instrument nommé compte-gouttes, de la musique sans mélodie, des images incertaines d’un film amateur. Ils s’embrouillent dans la technique et pour eux la vie quotidienne est souvent impraticable.

     Qui, un jour ne s’est pas révélé Grégoire ou Amédée devant une incompréhension, une aporie créée par le quotidien ? C’est sans doute pour cette raison que chaque spectateur se sent concerné et préfère en rire.

 

Jusqu’au 31 décembre

Théâtre du Rond-Point

01 44 95 98 21

10:45 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Théâtre |  Facebook | |  Imprimer