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01/05/2008

Les recettes du couple

     Certains croient que le mariage est « une fin », d’autres pensent qu’il est le commencement d’une nouvelle vie. Parmi ces derniers, pour faire durer le couple, peu savent qu’ils devront l’exalter, le remettre en questions, en sauvegarder les mystères, en créer s’il ne s’en trouvait plus. Greg (Jean-Pierre Malo) et Karen (Elisabeth .Bourgine) appartiennent à cette dernière espèce, ils sauront naviguer contre la lassitude du quotidien.

     En revanche, le couple de Lisa (Claire Keim) et Tom (David Brécourt) se déglingue. Le corps de Lisa n’exulte plus. Tom court après sa jeunesse en choisissant une autre partenaire. Ils ont des enfants. Mais accessoirement, pour faire joli sur la bande-son. Et après quelques grimaces, chacun refait sa vie. C’est fou ce que ça se passe bien sur la scène (et sur les écrans). Il est vrai que dans le monde de Donald Margulies, on ne parle jamais d’argent. Aucun problème pour les gardes alternées, les domiciles, les pensions alimentaires. Les fins de mois ne sont jamais difficiles. Quel beau pays, l’Amérique ! Dans nos vieux pays, malheureusement, ça coince !

     Michel Fagadau, adaptateur et metteur en scène, fidèle à Donald Margulies, nous invite à croire que tout peut s'arranger. Il reprend, cette année ce succès, monté il y a dix ans. Le décor est d’une grande élégance (Florence Malureanu), les comédiens y croisent avec sûreté. On admire le naturel de Jean-Pierre Malo, la virtuosité d’Élisabeth Bourgine, la maîtrise de Claire Keim, l’aisance de David Brécourt.

     Les deux couples étaient amis, ils ne le seront plus. Pour ce qui est du dîner, nous ne le verrons jamais, mais Greg et Karen en connaissent toutes les recettes, y compris celle du bonheur jamais tranquille.

Dîner entre amis de Donald Margulies

Adaptation et mise en scène de Michel Fagadau

Comédie des Champs-Élysées

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Texte publié par L’Avant-Scène-théâtre, 12 €

16:45 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Théâtre |  Facebook | |  Imprimer

30/04/2008

Une folle journée

 

 Avec sa réputation de rêveur, Jean-Louis Bauer en surprendra plus d’un par sa nouvelle pièce. Une vie de château est une comédie musicale insolente et hilarante.

Jugez de la fable. Un Président (de la République) hyperactif, narcissique, cynique, et mal embouché, traque son épouse versatile et frivole, tandis que le Premier ministre, cerné par les manifs, est dépassé par les changements continuels d’emploi du temps. Survient alors un animateur de radio aux dents longues. Que voulez-vous qu’il advienne ?

Sur un rythme infernal, le Président fonce dans le mur. Sa femme virevolte, ses thuriféraires valsent, et son Premier ministre n’arrive pas à démissionner.

Les ambitions des uns font le malheur des autres, mais le bonheur des lecteurs, en attendant que les spectateurs hurlent de rire. Profitez de cette folle journée au « château », entre la Dame de chez Maxim’  de Feydeau et Les Prétendants de Lagarce.

Une vie de château, de Jean-Louis Bauer, Fayard, 12 €

 

14/04/2008

L’imagination en liberté

     Cyrano n’était pas du tout celui que l’on pensait. Sa passion platonique pour sa cousine Roxane ? Une invention toute pure ! L’auteur loue « les jeunes garçons » qui, pour l’endormir, lui chatouillaient les cuisses « avec minoteries et délicatesse ». Sa mort au crépuscule dans les jardins d’un couvent parisien ? Une métaphore romantique. Cyrano mourut à trente-six ans chez un cousin à la campagne. Cependant, Rostand ne ment pas, il édulcore. Cyrano avait bien été assommé dans une rue parisienne sans qu’on sût si c’était un accident ou une attentat. Il avait aussi imaginé ces voyages dans la lune dont il entretient de Guiche pendant que, chez Rostand, Christian épouse Roxane. Seulement, dans la réalité, ces voyages étaient moins une fiction scientifique que le moyen de critiquer « l’orgueil insupportable des humains » et d’attaquer « les prêtres (qui) brident si bien la conscience des peuples. »

     Cyrano était un libertin subversif, fin connaisseur de Giordano Bruno, Copernic, Galilée et  « hérétiques », et autres apostats condamnés par l’Eglise romaine. Savinien de Cyrano de Bergerac entretient le rêve d’un « pays où l’imagination est en liberté ». Autant vous le dire tout de suite, ses écrits furent censurés, passant sous le manteau dans un cercle d’amis, on les publia bien après sa mort.

      Benjamin Lazar les réunit à la scène pour jouer lui-même un spectacle qui se veut délicieusement archaïque. Une rampe de vraies chandelles éclaire le jeune Cyrano qui entre avec une lampe sourde à la main.2e5e7d7d29ef1d4c951e24bf5467ba72.jpg À jardin, deux musiciens, Florence Bolton (dessus et basse de viole), et Benjamin Perrot (Théorbe, guitare et luth) : Instruments baroques bien entendu, accrochés à un portant. Ils vont accompagner le récit de Cyrano, le ponctuer, en souligner les épisodes en interprétant des « sarabandes », « musette », « prélude », « allemande », « bourrée » et autres, tous morceaux du xviiesiècle.858182807a7659be986d004f592e57f6.jpg

     Benjamin Lazar raconte ses voyages. Il parle en accentuant « roi » en « roué », et en prononçant toutes les lettres, même les muettes, "les fumées", se dit les "fuméeeesss", comme le veut son maître Eugène Green. Le procédé peut paraître amusant, il devient vite artificiel et ralentit l'action. Dommage, car la mise en scène est soignée, subtile avec son jeu de lumières.  Une telle profération met trop de distance dans la précieuse et insolente parole de Cyrano qui, par l’absurde, s’en prend aux rois, aux prêtres, à toutes les religions : si un chrétien « mange un mahométan », l’enfant à naître sera-t-il « un beau petit chrétien » ? Très actuelle aussi est la dénonciation de toute autorité, y compris celle des parents : - « Je voudrai bien savoir si les parents songeaient à vous quand ils vous firent ! » . Le droit de ne pas naître, vous connaissiez ? Et le droit, pour les fils de désobéir à la loi, puisque ceux qui les ont faites « étaient des vieillards ».

     C'est donc un spectacle iconoclaste à conseiller aux commémorateurs et héritiers de mai 68... On pourrait affirmer que Cyrano les a inspirés.

 

 

 

Photos de Nathaniel Baruch

 

L’Autre monde ou Les États de la Lune d’après Savinien de Cyrano de Bergerac

Adaptation et mise en scène de Benjamin Lazar

Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet

Jusqu’au 26 avril

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