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13/09/2013

Séparés

 

 

Théâtre, Jon Fosse, Marc Paquien, Ludmila MikaëlElle (Ludmila Mikaël) est seule. Elle attend. Qui ? L’homme qu’elle aime et qui « va venir », qui « doit venir », qui « ne viendra jamais », car « il a disparu », « comme dans la mort ».

Écoutez bien le « comme ». Retenez-le. Car tout à l’heure, quand cet homme (Patrick Catalifo) apparaîtra, ce ne sera pas un revenant. Ses cheveux sont en désordre, il semble sortir de la chambre, il est « assez fatigué, la journée a été longue », et elle va « mettre la table pour deux ».

Mais quand la table est mise, ce n’est pas Elle qui revient dans la pièce. Lui arrive avec une Autre (Agathe Dronne), étonnée que le dîner soit prêt et le vin débouché.

Elle se raccroche à des objets, Lui erre entre deux femmes, incapable de rompre, sans doute. Marc Paquien, adaptateur et metteur en scène, de Et jamais nous ne serons séparés choisit le gris comme dominante du décor (Gérard Didier), la sévérité des lignes, les lumières (Robert Venturi) neutres, les costumes (Claire Risterucci)  sobres.

Séparés et solitaires, aucun de ces trois personnages n'atteindra jamais le bonheur. La présence de Ludmila MiKaël éclaire ce drame de la solitude. Poignante dans ses doutes comme dans ses certitudes, elle émeut et rassure. 

Tout l’univers de Jon Fosse est là, avec les décalages spatio-temporels, des personnages énigmatiques, leur vide existentiel, les mots qu'ils ressassent pour le remplir. Et l’infinie tristesse des vies gâchées.

 

 

 

Et jamais nous ne serons séparés de Jon Fosse

Texte français de Camilla Bouchet et Marc Paquien

 

Théâtre de l’Oeuvre

01 44 53 88 88

 

La vie d’artiste

 

 Théâtre, Théâtre 14, De Filippo, Pelloquet, Hatem 

La troupe de Gennaro (Jean-Jacques Blanc) s’est installée dans une ville balnéaire : Bagnoli. Leur impresario, Alberto de Stefano (Thibaut Lacour) escomptait que les gens en villégiature se presseraient à leur spectacle. Mais « les gens viennent pour prendre le frais », et la représentation a été un échec. D’autant que la jeune première, Viola (Gwénaël Ravaux) enceinte jusqu’au yeux a été sifflée, et Vincenzo (Philippe Vermeulen) a été rossé par un spectateur.  Avec l’aide du souffleur Attilio (Jean-Marc Bihour), Gennaro fait répéter un autre spectacle pour le soir, et Florence (Yvette poirier) prépare les spaghettis. Théâtre, Théâtre 14, De Filippo, Pelloquet, HatemCar ils n’ont pas les moyens d’aller au restaurant. Or, on n’a pas le droit de faire la cuisine dans les chambres, ni la lessive. La vie d’artiste n’est pas rose du tout. Et les ennuis commencent !

Pour Alberto aussi. Sa maîtresse, Bice (Raphaëlle Lenglare) lui apprend qu’elle est enceinte. Et comme c’est un galant homme, il décide d’aller demander sa main. Mais Bice lui cachait qu’elle était mariée au Comte Carlo Tolentano (Pierre Gondard), et ce dernier le prend très mal. Pour sauver sa bien aimée du déshonneur, Alberto simule la folie et c’est au commissariat que l’affaire de dénouera.

Cette farce mêle le rire et la tendresse comme Eduardo de Filippo sait si bien le faire et la mise en scène enjouée de Patrice Pelloquet donne au spectacle une dimension  de fête populaire. Yvette Poirier, Hervé Gouraud, Patricia Varnay pétillent de verve dans les rôles secondaires.

Bref, on s’amuse et cette soirée efface, pour un temps, les tristes réalités de la rentrée.

 

Photos : © E. Lizambard 

 

Homme et galant homme  d’Eduardo de Filippo

Traduction de Huguette Hatem

Théâtre 14

01 45 45 49 77

 

 

 

 

 

12/09/2013

Zelda, celle qui avait du talent*

théâtre,théâtre la bruyère,fitzgerald 

 

Ils étaient jeunes, beaux, riches, célèbres et ils s’aimaient. Mais ils n’eurent pas beaucoup d’enfants et ne vécurent ni longtemps, ni heureux. Scott Fitzgerald (Julien Boisselier) avait-il épousé en Zelda (Sara Giraudeau) l’héroïne de ses romans ? Ou s’inspirait-il de Zelda pour composer ses personnages  en puisant dans le journal intime de sa femme ? Et eut-il une liaison homosexuelle avec Ernest Hemingway (Jean-Paul Bordes) ?

Renaud Meyer à la fois auteur et metteur en scène peint le trio mythique avec  habileté et ne nous cache rien des faiblesses de chacun. Sara Giraudeau est bouleversante dans cette incarnation de femme fragile, incomprise, souvent allumeuse, quelquefois naïve, toujours trouble-fête. théâtre,théâtre la bruyère,fitzgeraldElle se veut rebelle mais cède aux injonctions de l’homme qu’elle adore. Il lui vole des nouvelles et lui impose de couper des chapitres entiers de son roman Save the waltz (1932) pour les verser dans le sien Tender is the night (1934). Jean-Paul Bordes  s’est fait une belle tête de faux-jeton à moustache, et Julien Boisselier joue les charmeurs. Du grand hôtel de New York au bord de la Riviéra, le couple  s’aime et se déchire, et Hemingway sème son venin. Costumes de Dominique Borg et scénographie de Jean-Marc Stehlé donnent à l’histoire la vraisemblance  des années folles.

En 1924, Scott boucle Zelda à la maison quand elle a une aventure avec Edouard Jozan. Puis, quand lui, s’amourache de Sheilah Graham, il la fait admettre en clinique psychiatrique. Pourquoi s’étonner qu’elle sombre dans la schizophrénie ? « Trouble bipolaire » dira le Docteur Irving Pine. « Harcèlement moral » diront d’autres, dont Gilles Leroy dans Alabama Song. Où était le scandale ? Du côté de Zelda qu’on jugea « folle » ou de Scott  à qui on pardonnait son alcoolisme ? Qui a détruit l’autre ? Qui avait du talent ?

Scott meurt en 1940, à Hollywood, complètement décavé, Zelda en 1948 dans l’incendie de l’hôpital où elle est internée.

théâtre,théâtre la bruyère,fitzgeraldLe dernier acte de Zelda et Scott transfigure cette sombre période, en représentant Zelda seule, prisonnière d’une malle capitonnée, le corps torturé d’un corse. On sait sa passion pour la danse et à quels excès elle soumettait son corps pour devenir une danseuse exceptionnelle. La démesure était son ordinaire. La scénographie de Jean-Marc Stehlé (sans doute sa dernière) métaphorise à la fois les efforts de Zelda, sa souffrance et son inextinguible amour.

Trois musiciens : Xavier Bornens à la trompette, François Fuchs à la contrebasse et Aidje Tafial aux percussions (Manhattan Jazz Band) accompagnent magnifiquement ce drame, et quand Sara Giraudeau chante : Everybody loves my baby  un ravissement saisit les spectateurs.

 

 

* Celle qui avait du talenttitre d'une nouvelle de Zelda Fitzgerald (1930) 

 Photos : © Lot


Zelda et Scott de Renaud Meyer

Du mardi au samedi à 21 h

Samedi : 15 h

Théâtre La Bruyère

01 48 74 76 99