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13/09/2012

Un couscous pour la rentrée

 

  

 Fellag est heureux en France, d’abord parce qu’en débarquant à Marseille, en 1995,  il a rencontré tant de compatriotes qu’il s’est dit que la France c’était « une Algérie française qui avait réussi ». Puis quand, ces derniers temps, il a su que, d’après un sondage, « le couscous serait devenu le plat préféré des Français », il a décidé de sceller la fraternité  en nous préparant le plat « national », entre « l’Algérie perdue (il y a cinquante ans tout juste) et la France retrouvée. »

Fellag, théâtre du rond-pointOui, sur scène, devant nous, dans un décor de Sophie Jacob, mis en scène par Marianne Épin, il coupe les légumes, la viande (hallal et kacher), roule la semoule, dans un « cooking-show » théâtral, au cours duquel, de propos en anecdotes, il commente « les chocs de civilisations ». Et ces "petits chocs" là, font les bonnes séquences, ponctuées par les lumières de Philippe Lacombe. Fellag égratigne toutes les formes larvées de racisme, et naturellement les adeptes des extrêmes. 

Fellag sourit toujours, fait des propositions aux « indigènes de France », explique qu’on peut toujours « contourner les interdictions » quand il s’agit de religion.

Mais ça, les jésuites nous l’avaient déjà appris...

Il a, comme Scapin, à qui il ressemble, plus d‘un tour dans son sac, et ne se prive pas de rosser (verbalement) les méfiants et les xénophobes de tous bords.

Et dans la salle, on rit, on est d’accord. On l’adore…

Un couscous pour la rentrée, voilà une bonne idée !

 

 Photo : 

© Sylvain Bocquet

 

 

 

 

Petits chocs des civilisations de et par Fellag

 

Théâtre du Rond-Point

11 septembre - 10 novembre 2012, 18h30 puis en tournée,

relâche les lundis, les 15, 16 septembre, du 7 au 15 octobre et le jeudi 1er novembre

réservations 01 44 95 98 21 - www.theatredurondpoint.fr

créé à la Comédie de Picardie le 5 octobre 2011

 

 

14:26 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |  Imprimer

06/09/2012

Histoires à courir le monde

 

 

Théâtre, littérature, théâtre 13Ils sont cinq, deux filles : (Evelyne El Garby Klai, Magali Genoud), et trois garçons : (Amaury de Crayencour, Eric Herson-Macarel, Régis Vallée). Ils portent un pantalon sombre et un débardeur blanc. Ils sont assis sur des tabourets, et regardent les spectateurs s’installer. À cour, un portant avec des costumes (Marion Rebmann), au fond, un tableau noir.

Attention, ils vont commencer ! Et là, une fois partis, ils vont jouer trente-quatre personnages, dans dix-huit siècles différents, de Linchamps, (dans les Ardennes) au sud saharien en passant par Paris, Marseille et Villers-Cotterêts.

Dans la lignée des grands feuilletons à coups de théâtre, poursuites, travestissements, révélations, manuscrits, tombe à secrets, cercueil sans cadavre mais trésor enfoui, l’auteur, Alexis Michalik utilise tous les rebondissements. Sa mise en scène fluide et des comédiens aguerris conduisent un public haletant qui frémit à toutes les embûches.

On aimait Alexandre Dumas, lui aussi. Il va nous le faire revivre.  Il en fait l’inspirateur de son « histoire », le plaçant face au prince de Polignac, ministre de Charles X, et leur mettant en bouche ces deux fameuses répliques :

Polignac : — Au fait, cher Maître, vous devez bien vous y connaître en nègres ?

Dumas : — Mais très certainement. Mon père était un mulâtre, mon grand-père était un nègre et mon arrière-grand-père était un singe. Vous voyez, Monsieur : ma famille commence où la vôtre finit. »

Ce n’est pas exact ? non plus que la date de sa première rencontre avec Hugo ? mais qu’importe qu’il viole l’Histoire puisqu’il lui fait un bel enfant !  : ce Porteur d’histoire qui, après un triomphe dan le off  d’Avignon, s’installe au théâtre 13 jusqu’au 14 octobre.Théâtre, littérature, théâtre 13

« Chacun porte en soi une histoire », dit Martin, le porteur d’histoires, un des personnages créés par Alexis Michalik qui lui, en porte des milliers. L’action commence en juin 2001, par la recherche du père, la rencontre avec la mort, et la découverte du savoir. Les histoires à courir le monde commencent ainsi. Quelquefois, elles deviennent des épopées...

Martin va plonger dans l’Histoire, à la recherche de la famille des Saxe de Bourville, qui elle-même recherche les lysistrates. De siècle en siècle, les personnages explorent les années 1832, 1822, 1666, 1778, 1870, 1792, 1348, 258, et j’en passe sûrement… La bibliothèque d’Adelaïde Antès (oui comme Dantès, mais sans le D des Dumas) vous confirmera tout ce qui est raconté, elle contient toutes les belles histoires du monde.

L’essentiel est d’y croire, et de ne « jamais cessé d’aimer ». D’ailleurs, j’ai vérifié, Linchamps existe, et il y a une maison du XVIIe siècle à vendre !

 

 

Photo : Julien Lemore


Le porteur d’histoire d’Alexis Michalik

Théâtre 13

01 45 88 62 22

mercredi, vendredi à 20H30 | mardi, jeudi, samedi à 19H30 | dimanche à 15H30.

Jusqu’au 14 octobre

 

03/09/2012

Le scoop de sa vie

 

 

Ils disent qu’ils « traquent » la vérité, mais souvent, ils n’en découvrent que des morceaux. Quelques-uns parviennent à les assembler logiquement, d’autres bricolent une vérité qui les arrange de façon à obtenir « un scoop », car chez certains journalistes « mieux vaut être le premier à se tromper, plutôt qu’être le deuxième à dire la vérité ».

Théâtre, Théâtre Tristan Bernard, Marc FayetAvec Le Scoop, Marc Fayet, signe une comédie grinçante qui met en scène trois espèces de journalistes. Pierre Merlin-Pontet (Philippe Magnan), se revendique de Kessel et de Camus, ancien correspondant de guerre, devenu misanthrope, et qui juge sévèrement le « cirque médiatique ». Sous prétexte de lui rendre hommage, un patron de presse, le bien nommé Dupire (Frédéric Van Den Driessche) charge un jeune arriviste, Grégory (Guillaume Durieux) d’un reportage sur lui.  Mais chacun prétend détenir une vérité différente. Dupire voudrait démontrer que l’intègre Pierre a été tortionnaire en Algérie pendant la « pacification », et Grégory que Pierre a laissé son caméraman  se faire assassiner à Sarajevo. Autre enjeu : découvrir qui est le véritable géniteur de Mélodie Pontet, que Pierre a reconnue, et qui est la fille de Claire (Frédérique Tirmont), sa compagne.

Évidemment ce que pensent l’un et l’autre n’est pas « la vérité ». La jeune Julie, qui tient la caméra pendant les entretiens que dirige Grégory, s’offusque bien un peu du but peu avouable de ce reportage, mais comme Grégory lui enjoint : « Filme d’abord et tu comprendras », elle obéit, allant jusqu’à mettre sur internet, les élucubrations du jeune loup qui refuse « les problèmes de conscience » et croit tenir « le scoop de sa vie ».

Marc Fayet, qui met également en scène, impose à l’action un rythme soutenu. Pas de temps mort dans l’action, pas de scènes inutiles. Le spectateur est emporté vers la révélation finale avec des répliques mordantes, des changements rapides de décors ( Édouard Laug), où le jeu des lumières (Laurent Béal) prend toute son importance.

Les comédiens sont épatants. Frédérique Tirmont élégante et racée joue sans pathos, Aurore Soudieux affiche un joli talent de naturel et Frédéric Van Den Driessche une brutalité tranquille. Philippe Magnan, apparemment flegmatique, un rien cynique module son ton rogue, ses colères,  ses amertumes. Guillaume Durieux, sait passer du sourire naïf au ricanement de l’ambitieux sans scrupule.

La pièce est excellente. Elle vous donne un excellent conseil final, et, en ces temps où la presse « people » ravage l’opinion, suivez-le.

 

 Photo Claire Besse


Le Scoop de Marc Fayet

Théâtre Tristan Bernard

01 45 22 08 40

Du mardi au vendredi  à 21 h

Samedi à 18 h