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23/11/2006

Retrouver les temps difficiles

Disons-le d’entrée : retrouver Les Temps difficiles d’Edouard Bourdet réconcilie avec le Théâtre. Joué par la troupe de la Comédie-Française, chaque rôle est interprété avec une justesse inouïe, chaque réplique est dite avec la plus exquise des nuances, les décors de Rudy Sabounghi sont simples et beaux, les lumières parfaites, et ce que raconte la pièce est transmis tel que l’auteur l’a conçu. Cela s’appelle le respect, et chacun sait qu’il a tendance à se perdre aujourd’hui. Raison de plus pour clamer notre enthousiasme ! La pièce date de 1934 : période d’agitations sociales qui suivit la dépression économique de 1929. La crise ! Economique et politique, le franc ne vaut plus un clou, l’Allemagne n’a pas payé ses dettes de guerre, les usines ferment, les ouvriers s’agitent, et entre le noir du fascisme et le rouge du communisme, la démocratie s’affaiblit. Vous trouvez que cette époque ressemble à la nôtre ? Pure coïncidence… Vous craignez le théâtre militant ? Rassurez-vous, Bourdet est un véritable auteur dramatique. S’il nous parle de ces « temps difficiles », c’est à travers de  l’histoire d’une famille bourgeoise. Et quelle famille !

Voici l’aïeule, Madame Antonin Faure à laquelle Madeleine Marion prête sa voix et sa silhouette de souveraine régente. Mais elle  est sans pouvoir, la reine-mère. Celui qui dirige la maison c’est son fils, Jérôme pour lequel Bruno Raffaelli s’est composé l’allure d’un bourgeois de Daumier, un peu ventru, juste ce qu’il faut pour montrer qu’on est bien nourri, mise impeccable, jamais de débraillé et cravate nouée dès sept heures du matin. Il domine de sa hauteur, du timbre de sa voix, une maisonnée de femmes obéissantes, une famille où il a dompté ses frères, l’un médecin, Armand (Alain Lenglet), dont le laboratoire émarge aux bonnes œuvres de l’entreprise, l’autre Marcel, (Christian Cloarec) « bobo » avant l’heure, l’âme artiste, sans volonté, qui s’est mésallié en épousant, vingt ans auparavant, une comédienne Suzy (Catherine Sauval) et avec lequel il a rompu tout contact. Il commande aussi son fils, le pâle Maxime (Denis-Léger Milhau), qui doit assurer la descendance, et dont, la femme, Loulou (Valérie Bauchau) est enceinte. Tout irait bien si celle-ci n’avait pas déjà fait deux fausses couches. Et surtout, si les banques couvraient les échéances. Mais il n’a plus de trésorerie et les associés le lâchent. C’est dans ces moments-là qu’on a besoin de resserrer la famille ! Jérôme « pardonne » à Marcel dans un élan de générosité très calculé puisque le petit frère possède encore cinq cents actions, ce qui constitue une minorité de blocage. Mais le meilleur atout sera Anne-Marie la nièce dont il fait connaissance, jeune sportive de dix-huit ans, au corps délié, dont Flora Brunier fait une biche affectueuse et naïve. Avec elle, les jeux, les rires reviennent dans la vieille demeure, et ramènent l’oncle volage qui laissait « la pauvre Lucie » hurler dans le pavillon de chasse, et Maxime qui délaissait sa femme.

Chaises longues sur la terrasse, les femmes tricotent à l’ombre des bouleaux, servies par un vieux domestique Cyprien (Pierre Vial). On pourrait penser à La Cerisaie tant il ressemble à Firs, mais dès les premiers mots, la dureté de ton de Charlotte (Catherine Ferran) bannit toute sentimentalité. Ses échanges aigres avec sa bru : « Nous avons toutes été enceintes », la façon dont la comédienne prononce « ma mère », en disent long sur l’hostilité qu’elle réprime. Ton sec, mais lucidité aiguisée, elle suit la devise never explain, never complain. Affable avec Mélanie Laroche (Dominique Constanza), leur riche voisine, elle reconnaît que le fils Laroche, Bob (Guillaume Gallienne) est « un beau parti ». Qu’importe qu’il ait le développement mental d’un enfant de six ans dans un corps d’adulte secoué de tics, qu’il ait l’élocution hésitante, puisqu’il demande Anne-Marie en mariage. Guillaume Gallienne se livre à un numéro déchirant de débile profond, mal aimé, incurable. Il émeut profondément. Sacrifier  « Iphigénie-Anne-Marie » sur l’autel du capitalisme défaillant est un jeu pour le rusé Jérôme que son « associée » de femme seconde avec vigueur. Elle n’est pas « si gentille » que croyait la grand-mère, cette petite oie blanche qui ignore tout du sexe et de ses exigences. Et il en a, l’avorton qui réclame de remplir le devoir conjugal à longueur de nuits. De quoi devenir folle !

Elle sera sauvée par la faillite de la maison Laroche, sauvée par la liquidation des biens ! Sauvée par le cinéma où son frère (Jean-Pierre (Pio Marmaï) travaille.

Car « le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin », c’est ce qu’avait compris Voltaire, c’est ce que savait Bourdet dans cette critique et défense cette caste qui travaille et accumule les richesses que d’autres dépensent : la bourgeoisie. Les temps n’ont guère changé, et Bourdet est devenu un classique.

 

Vieux-Colombier

du 22 novembre au 30 décembre

 01 44 39 87 00

texte publié à l'Avant-Scène Théâtre, collection des Quatre-vents

22:15 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer

16/11/2006

Trilogy d'amour

Bonne nouvelle : le Vingtième théâtre reprend Torch song trilogy de Harvey Fiersten, une  « trilogie » que Christian Bordeleau avait adaptée, mise en scène et créée la saison dernière. Ce fut un succès, et fine mouche, le directeur, Pascal Martinet, garde le spectacle jusqu’au 31 décembre. Une aubaine !

L’auteur est new-yorkais et la pièce se passe là-bas, avec une échappée au Canada. Elle parle des gays et  elle aborde la question de la dignité.

Arnold (Eric Guého) est « drag queen » dans une boîte Off Broadway. Robe de satin, paillettes, perruque bouclée, talons aiguilles et faux cils, « elle » chante : « Je suis svelte ! », une chanson ironique et sans fard : « je gerbe discrètement ». Chanson réaliste et railleuse qui révèle un personnage attachant.

Arnold est en quête d’amour, le vrai, pas celui d’une backroom, il veut des lendemains qui sourient au petit déjeuner. Il a « couché avec plus de mecs qu’il n’y en a dans la Bible », mais pas un ne lui a dit « Arnold, je t’aime ». Le voilà fou de Ed (Frédéric Chevaux ou Emmanuel Barrouyer), un jeune prof qui n’ose pas afficher son homosexualité, et qui pour faire plaisir à sa famille, se laisse embarquer dans une relation durable avec Laurel (Brigitte Guedj). Arnold est malheureux. Fin de la première partie. 

 Arnold se console avec Alan (Firmin David), un jeune beau mec qui pose comme mannequin. « Ils font un beau couple » dit Laurel. Cinq mois plus tard, Ed jaloux, tente au cours d’un week-end, de désunir les deux amants. En vain.

Mais cinq ans plus tard, il divorce… Alan est mort, massacré par une bande d’homophobes. Arnold vit comme « une veuve italienne », et s’occupe de David (Thomas Maurion), que l’équivalent de la DASS a retiré aux géniteurs. C’est à ce moment-là que commence le troisième volet de la trilogie et qu’entre en scène une Mamma grandiose (Rosine Cadoret), comme les auteurs juifs ou italiens savent les peindre. Tyrannique et tendre, instinctive, têtue, colérique, mais amadouée par tout ce qui ressemble à un sentiment généreux, elle fond littéralement devant la jeunesse du fils adopté, petite grande gueule qui cherche à être aimé.

On le voit c’est une histoire d’amours. Amour de mecs, amour de mère, amour filial.  Arnold ne veut pas qu’on ait honte de lui. Il creuse la plaie jusqu’à l’os, pour retirer toute sanie de la blessure. Il interpelle ceux qui lui refusent le droit d’être ce qu’il est. Christian Bordeleau qui avait déjà dans Les Anciennes odeurs,  brossé toutes les nuances du désamour, réussit avec cette trilogie a émouvoir autant les homos que les hétéros. Il faut dire que les acteurs, tous, sont superbes, et que nous sommes affamés de tendresse. Ah! oui, qu'on nous parle d'amour, qu'on nous redise des choses tendres !

Le décor des deux premières séquences est succinct : à jardin, un miroir de loge, un tabouret, qui disparaissent quand arrivent les canapés, rouge vif, identiques dans leur forme et dans les couvertures qui les habillent. Les tableaux s’enchaînent en fondu sur la musique d’Etienne Lemoine. Au dernier acte, la cuisine-living colorée de rouges et de rose, le canapé, le buffet, les différents accessoires, les photos, tout concourt à donner l’idée d’une stabilité, d’un engagement.

Car Arnold, qui sait que « dans un couple, il y en a un qui aime plus que l’autre », a toujours été « celui-là », et à force de porter cet amour, l’a insufflé à tous. Un bel exemple !

Torch song trilogy de Harvey Fiersten

Vingtième théâtre

Du 3 novembre au 31 décembre

01 43 66 01 13  

 

13:35 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer

15/11/2006

Hugo et égaux, suite…

 

 

 

Revenons au festival "Hugo et égaux" en préfiguration. J’avais commis une bourde, et de taille !

 

Mr et Mrs Beaghton ne reprennent pas La Esmeralda à Londres.

Ils  en financent la représentation parisienne et font jouer à Londres Lucrèce Borgia (deux soirs) dans une nouvelle traduction anglaise.

 

C’est encore plus généreux.

 

Et la France dans tout ça ?

 

« Après vous, Messieurs les Anglais » !

10:51 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer