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22/10/2006

Fuites et délires.

 Vous aviez peur du plombier polonais ? Grave erreur ! C’était le plombier espagnol qu’il fallait redouter. Jacques Leroy (Patrick Zard’) ne s’en méfiait pas, et, un beau matin, en voilà un qui débarque pour chercher une fuite qui n’existe pas… Car c’est un fieffé menteur que ce prétendu Miguel (Roland Giraud), qui perd son accent et sa moustache dès que Leroy a tourné les talons. Il s’empare du téléphone, lance un ultimatum à un certain Delambre auquel il demande 4 millions d’euros pour prix de son silence. Plombier, lui ? Plutôt maître chanteur ! Toujours mêlé à des malversations, il a dû fuir, cinq ans auparavant. Exil doré, si on en croit les photos des magazines people, ce que sa maîtresse  Lucie (Elizabeth Bourgine) qu’il a abandonnée avec leur fille Christelle (Delphine Depardieu), ne lui pardonne pas.

Mais il a du charme, du bagout et des excuses puisque chacun sait que « dans la politique, si on ne sait pas mentir, on ne réussit pas », et ce Michel-là est familier d’un futur Premier Ministre… Il n’est pas à une invention près, ni auprès de la mère de Leroy  (Arlette Didier), ni vis-à-vis de sa femme Camille (Pascale Louange). De quoi affoler la pauvre génitrice et le brouiller définitivement avec toutes les deux.

Dans le décor de Charlie Mangel, les portes claquent, le téléphone sonne, les papiers peints se décollent, mais tout finit bien. C’est une comédie de Jean-Claude Islert qui tire au but efficacement, avec la complicité de Jean-Luc Moreau pour la mise en scène. Match gagné : le public s’amuse ! C’est pour ça qu’il est venu !  

 

Délit de fuites de Jean-Claude Islert

Théâtre de la Michodière

 01 47 42 95 22

22:19 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer

19/10/2006

Une Veuve sentimentale

  Joyeuse Missia Palmieri, qui débarque à l’ambassade de Marsovie à Paris avec l’urne funéraire de son défunt dans les bras ? Pas vraiment. Entourée, adulée, elle représente une petite fortune, et ses prétendants ne manquent pas. Mais elle sait qu’on ne la courtise que pour son héritage, et  la cupidité de ces mâles en émoi, la rendrait plutôt amère. Son ami Nadia, mariée au baron Popoff, l’ambassadeur, espère lui faire épouser son amant, Camille de Coutançon afin de donner le change à son époux. Mais sur les rangs, se bousculent aussi l’attaché militaire belge, le consul du Guatemala, et quelques admirateurs de moindre envergure. Le baron Popoff, soucieux des finances marsoviennes, conscient que la fortune de Missia représente tout le budget de l’Etat, voudrait qu’elle choisisse le Prince Danilo, l’attaché militaire marsovien, afin que les millions restent dans la Patrie.

Or, par un pur hasard, Dieu de l’opérette, le Prince Danilo est le grand amour de jeunesse de Missia. Hélas ! Elle n’a pas pu l’épouser car elle était pauvre, aujourd’hui, c’est lui qui n’a pas un sou et il ne veut pas qu’on croie qu’il ne l’épouserait que par intérêt. De l’orgueil mal placé ? Ah ! Mais on a sa fierté dans l’aristocratie !

Il faudra trois actes pour qu’ils cèdent l’un à l’autre, et Franz Lehar, sur un livret de Victor Léon et Léo Stein, d’après L’attaché d’ambassade d’Henri Meilhac (1861), créé à Vienne en 1905, adapté par Caillavet et de Flers (1909), fit faire le tour du monde à sa Veuve joyeuse. Sous la baguette de Gérard Daguerre, notre veuve sentimentale trouvera enfin l’Amour…

Aujourd’hui, Jérôme Savary y met la patte, et c’est un heureux moment pour l’Opéra-Comique. Il s’en passe des choses à l’ambassade de Marsovie ! Pas très honnêtes, ces Marsoviens en faillite, épouvantés de voir atterrir sur leur terrasse, un hélicoptère qui leur fait craindre l’arrivée de Sarkozy. Quand on traficote la blanche pour arrondir ses fins de mois, on n’a pas l’esprit tranquille. Même sous le regard lumineux du portrait de Savary, maquillé en général grand Conducator…

Ezio Toffolutti abrite visiblement l’ambassade dans le foyer du Palais de Chaillot, et c’est un joli coup de chapeau à celui qui redonna une âme à ce théâtre. La Cinémathèque sera le décor de la réception de l’acte II. Le « joli pavillon » de l’acte suivant, sera le kiosque des Jardins du Trocadéro, mais Maxim’s sera  toujours Maxim’s avec un cancan extraordinaire dont Sabine Leroc et Sacha la grenouille renouvellent  l’art.

On s’amuse de toutes ces trouvailles, de cette  « folle de Chaillot », de « Madame de Fontenay », de la gouaille prodigieuse d’Eric Laugérias qui joue Figg , on admire les voix (Marie-Stéphane Bernard ou Anne-Marguerite Werster pour Missia, Jean-François Vinciguerra pour le baron Popoff, Boris Grappe ou Ivan Ludlow pour Danilo) , les costumes de Michel Dussarrat, on retrouve l’émotion des amours romanesques, des valses sirupeuses.

Sortir d'un spectacle, en souriant, en fredonnant, c'est si rare, de nos jours... Partageons notre plaisir.

 

 

 

 

Théâtre de l’Opéra-Comique

Jusqu’au 15 novembre

0825 00 0058

15:45 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer

13/10/2006

Désobéir

Adapter un roman à la scène est toujours une gageure. Et, Michel Vinaver, si subtil dans son théâtre, en transformant aujourd’hui L’objecteur des années 50, en une pièce de théâtre n’a pas résolu toutes les difficultés inhérentes au genre.

Quel est le sujet de L’objecteur ? Un jeune appelé, Julien Bême refuse la discipline du régiment Il est incarcéré avec d’autres. Les taulards font le mur, mais rentrent pour l’appel du matin, sauf Julien. Cela s’appelle « déserter ». Cette action est passible du conseil de guerre, comme le fait d’avoir laissé les soldats sortir sans permission. A défaut de trouver Julien, ses compagnons, Pélisson et Pelletier passeront au « falot ». Car nous sommes en pleine guerre froide. La guerre de Corée commence et celle d’Indochine aussi. Les bourgeois craignent les communistes à l’intérieur comme à l’extérieur. Les tensions politiques sont effrayantes, les rumeurs amplifient le moindre incident. On voit partout « l’œil de Moscou » ? D’ailleurs n’a-t-on pas vu la main de la CIA dans l’accident d’avion qui entraîna la mort de Cerdan ?

De cette espionnite galopante, la pièce rend compte, avec des scènes courtes, efficaces où s’enflent les soupçons des militaires, les peurs de la libraire et du diacre, les conflits familiaux, les relances des réseaux clandestins. Le décor de Chantal Gaiddon qui cerne l’espace de  demi-cercles concentriques, dispose ainsi de caches, de couloirs, de dédales  aussi labyrinthiques que les consciences. La mise en scène de Claude Yersin intensifie les angoisses, d’autant qu’il fait interpréter soixante-douze personnages par onze comédiens parfaitement dirigés : Sarajeanne Drillaud, Pauline Lorillard, Hélène Raimbault, Adrien Cauchetier, Fabien Doneau, Claude Guyonnet, Benjamin Monnier, Nils Ohlund, Didier Royant, Didier Sauvegrain, Cédric Zimmerlin. Il faut aller les voir passer de la soubrette à la bourgeoise, du chrétien borné au vieil anarchiste, du journaliste branché au griveton brimé, quelle aisance !

 Mais ce qui casse malheureusement l’intensité  dramatique, c’est « le théâtre dans la théâtre ». Peut-être la représentation de l’époque seule a-t-elle été jugée « archaïque », et peut-être a-t-on voulu distancier les  querelles. Cependant, l’action, déjà heurtée par les changements de lieux, et le nombre de protagonistes, ne peindrait-elle pas mieux la course fatale des hommes vers le tragique, sans les interventions de la troupe et de son metteur en scène ?

Nous avions tant aimé À la renverse la saison dernière que nous sommes terriblement déçus dans notre attente. Et pourtant, il faut parler de cette époque, des hommes sacrifiés, des espoirs trahis et de la nécessité de désobéir. Michel Vinaver a toujours, dans ses drames, remué nos âmes et éveillé les consciences, L’Objecteur peut certainement y parvenir.

 

 

 

L’Objecteur de Michel Vinaver

Au TEP jusqu’au 20 octobre, 

01 43 64 80 80

ensuite à Neuchâtel, Angers, Nantes, La Roche-sur-Yon, Limoges.

14:13 Écrit par Dadumas dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer