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07/09/2014

La vie de bureau

 

 

 Depuis le triomphe de Plus si affinités (2008), Mathilda May multiplie les expériences théâtrales.

Théâtre, Mathilda May, Rond-Point, musique, danseLa dernière s’appelle Open Space, que nous traduirions par « bureau ouvert ». Vous connaissez certainement cet espace sans cloisons où six personnes, et plus, sans affinités, travaillent devant leur ordinateur, où les bruits se chevauchent, les conversations s’entrecroisent, où chacun peut épier l’autre, où nul secret ne peut être dissimulé, et où nulle intimité n’est permise.

Oh ! Bien sûr les concepteurs ont aménagé un lieu de détente, à jardin, autour de la machine à café trop bruyante, et à cour, une cage, vitrée évidemment, où on peut fumer entre intoxiqués (scénographie Alain Lagarde). Au centre, l’ascenseur déverse chaque matin, le jeune loup ambitieux (Loup-Denis Elion), la pulpeuse secrétaire (Stéphanie Barreau) dont les hauts talons rouges claquent à chaque pas, l’employé affairé (Gabriel Dermidjian) rond et anxieux, l’adjoint mal réveillé (Emmanuel Jeantet) qui traîne et rêvasse, la timorée (Agathe Cemin) à qui on refile les dossiers supplémentaires sans qu’elle ose protester, et la maîtresse femme (Dédeine Volk-Léonovitch) qui boit en douce pour se donner de l’assurance (costumes Valérie Adda). Théâtre, Mathilda May, Rond-Point, musique, danseEt enfin, le chef (Gil Galliot) qui interdit les communications personnelles, surveille les écrans, aboie, flatte, courtise, apparaît, disparaît, menace ses subordonnés, mais fait le gros dos quand sa compagne téléphone et débarque.

Chacun s’agite, espère, s’inquiète, aime, souvent en vain, et quelquefois en meurt.

Vies ordinaires, cadencées par les réalités sonores amplifiées, et les fantasmes embrasés de lumières (Roberto Venturi
). Pas de texte, mais des sons, borborygmes, grommelot, (sound design : Sylvain Brunet), de la musique, des chants, des chorégraphies (Caroline Oziol, Pole Dance Paris), et une mise en scène réglée avec maîtrise par Mathilda May qui signe aussi la musique avec Nicolas Montazaud.

Le pari est osé mais tenu, car il n’y a plus de mots pour ce monde du travail cruel et mesquin. Et tout est montré, vécu, avec talent.

 

 

 

 

 

Open Space  conception et mise en scène de Mathilda May

Collaboration artistique Jean-François Auguste


 

 

Théâtre du Rond-Point

01 44 95 98 21

Jusqu'au 19 octobre 2014, 21h

 

 

Serge FRYDMAN

18/06/2014

On n'arrête pas Jean Yanne

 

Cabaret, Théâtre, chanson, Jean Yanne, Petit-MontparnasseIl avait le goût de la parodie. Et c’est à la radio, dans les années soixante, que Jean Yanne s’était composé ce personnage de Français râleur, cynique et mal embouché. Quand il passa à la télé, son émission programmée à 20 h 30 fut suspendue après la troisième diffusion tant il avait choqué les bien pensants. Mais ses sketches, la plupart avec Jacques Martin, devinrent immédiatement célèbres.

Aujourd’hui, trois compères, Eric Laugérias, Jean-François Vinciguerra et Johan Farjot,  s’en sont emparés, et, puisant dans les archives, et les recueils, font revivre, non seulement, le candidat au permis de conduire, mais aussi Ben Hur et Messala, les camionneurs mélomanes, les chansons, les caricatures de publicité (vidéo : Jules Vincent), les pastiches, sous le titre : On n’arrête pas la connerie.

cabaret,théâtre,chanson,jean yanne,petit-montparnasseEric Laugérias porte la barbe courte de l’auteur, et Jean-François Vinciguerra en a la silhouette. Baryton basse, il chante, joue et dirige aussi la mise en scène. Le décor à transformations de Dominique Pichou favorise judicieusement les enchaînements. Johan Farjot s’est chargé des arrangements musicaux, et, au piano, prélude, accompagne et ponctue. 

Le trio paraît, le visage grave, et, l’air  solennel, propose de « libérer les forces de la joie ». Le noir de leurs costumes (et de leurs chaussures) jette le doute sur leurs intentions, à moins que les lacets rouges de leurs chaussures vernies ne laissent présager quelque contradiction (costumes de  Michel Dussarat). Et en effet, ils s’épanouissent dans les outrances et démontrent combien Jean Yanne  avait le regard vif et lucide sur les travers de notre société. Ils sont époustouflants !

« Quand j’entends le mot culture, je sors mon transistor », disait Jean Yanne, et n’avait-il pas raison de dénoncer la confusion des valeurs, et d’annoncer le massacre de l’intelligence ? Tout résonne juste dans sa façon de singer ses contemporains. Qu’on en juge par ces couplets datant de 1975  :

"Les élections présidentielles

C'est du chobizenesse !

Les bombardiers nouveaux modèles

C'est du chobizenesse !

Les gros scandales qu'on révèle

C'est du chobizenesse !

Les politiciens qui s'en mêlent

C'est du chobizenesse !

Un président qu'on assassine

It's also chobizenesse !

Et les témoins qu'on ratatine

Esta chobizenesse tambien !

Un peuple qui meurt de famine

Das ist chobizenesse !

L'agitation en Palestine

C'est toujours du chobizenesse !"

 

Car il est vrai que souvent, les humoristes sont de vrais moralistes. Et personne n'a jamais arrêté Jean Yanne, pourfendeur de la stupidité humaine.

 

 

On n'arrête pas la connerie de Jean Yanne

Théâtre du Petit-Montparnasse

du mardi au samedi à 21 h 

à partir du 1er juillet à 20 h 

dimanche 17 h 

01 43 22 77 74

 

11/06/2014

À Loches ou à Paris

 

 

Feydeau avait écrit un vaudeville sans chanson ! Erreur fatale ! comme dirait aujourd’hui votre ordinateur. Heureusement, Hervé Devolder et Jacques Mougenot ont réparé cette faute et nous découvrons Les Fiancés de Loches dans une prime jeunesse, une comédie musicale !

Théâtre, théâtre du Palais-Royal, Feydeau, Devolder, Mougenot, comédie musicaleDans l’art de la comédie, Georges Feydeau excelle, car  la technique du quiproquo n’a pas de secret pour lui. Laure Gévaudan (Christine Bonnard), et ses frères, Alfred (Biry-Vicente), et Eugène (Franck Vincent), sont venus à Paris chercher « de bons partis » par l’intermédiaire d’une agence matrimoniale. Mais l’agence est sous scellés, car le « comptable/misérable » s’est enfui avec la caisse. L’employé, Plucheux (Patrice Latronche) prie donc les clients éventuels de s’adresser « au premier étage » où son ami Séraphin (Fabrice Fara) tient une agence de placement. Et, puisque lui-même cherche maintenant du travail, il en profite pour demander un emploi. Justement, le docteur Saint-Galmier (Arnaud Denissel) a besoin d’un doucheur-masseur pour son établissement, le « Louvre hydrothérapique », et de trois domestiques (groom, maître d’hôtel et cuisinière) pour son appartement privé car il se marie avec la belle Léonie (Clara Hesse) que Rachel (Claudine Vincent) sa sœur, une vieille fille, chaperonne. Plucheux trouve donc immédiatement du travail comme doucheur. Théâtre, théâtre du Palais-Royal, Feydeau, Devolder, Mougenot, comédie musicaleMais surgit alors Michette (Charlotte Filou), la maîtresse que Saint-Galmier laisse tomber, et comme la famille Gévaudan fait irruption dans l’agence, les malentendus vont pleuvoir !

Méprises, disputes, mensonges, courses-poursuites, disputes se succèdent… Et le spectateur de jubiler !

Jacques Mougenot et Hervé Devolder secondent le génie de Feydeau. Le premier transforme, presque tous les  dialogues en couplets légers et amusants qui en respectent le sens et la saveur. Théâtre, théâtre du Palais-Royal, Feydeau, Devolder, Mougenot, comédie musicaleEt toute la file d’attente du bureau de placement, avec ses « chômeurs » exaspérés donne le ton satirique, dès la première scène. Et quelle verve inventive, au deuxième acte,  sur les jeux de mots de « je dis /jeudi », et « ça me dit/samedi ». On pense aux compositions de Mireille et Franc-Nohain. Car Hervé Devolder a écrit des musiques qui conviennent aux personnages. Ainsi, les Gévaudan dansent une sorte de bourrée paysanne, Michette le cancan et Léonie chante une romance, qu’un violon sentimental souligne. Catherine Arondel règle des chorégraphies pleines de fantaisie. Et les comédiens chanteurs, dirigés par Hervé Devolder sont épatants. Les musiciens, un pianiste, Thierry Boulanger (ou Daniel Glet), un contrebassiste, Benoît Dunoyer de Segonzac et une violoniste Marianne Devos, derrière un rideau de tulle, les accompagnent.

Les décors de Jean-Michel Adam peuvent se changer à vue ou en un clin d’œil et les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz sont congruents aux personnages

Si vous cherchez du travail, on ne vous conseillera pas l’agence de Séraphin, mais si vous êtes déprimé, on vous recommande, non l’établissement de bains de Saint-Galmier, mais le Palais-Royal, vous en sortirez de belle et bonne humeur, en chantant,  "à Loches ou à Paris", "quand on rit, on est guéri", et  "la santé, ça n'a pas d'prix."

 

 Photos : © Emile Brouchon

 

 

Les Fiancés de Loches d’après Georges Feydeau

Comédie musicale d’Hervé Devolder et Jacques Mougenot

Théâtre du Palais-Royal

Du mardi au samedi à 21 h

01 42 97 00 00