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23/02/2011

Chanter Hugo

 

 

Bertrand Pierre chante en français, et ses musiques sont « rythm n’blues ». Il a choisi Victor Hugo comme parolier, et se promène en connaisseur dans les octosyllabes et même les alexandrins. Les vers s’envolent, sonores, lumineux. Un violoncelle, un batteur, un guitariste l’accompagnent, mais il pourrait chanter de sa voix chaude, avec sa seule guitare, cette poésie intimiste de l’amour.

Ses Jeanne, Sarah, et Rose, qui suscitent ses pensées coquines, sa nostalgie ou sa vigueur, forment une escorte aérienne et chatoyante.

Il dit avoir eu « le coup de foudre » pour ces œuvres et déclare « Victor c’est nous ». Vous pensez bien que nous, les amis de Victor Hugo lui sommes reconnaissants de cette confession. Fauré, Liszt, Saint-Saëns, Gounod avaient aussi mis en musique les vers du poète. Qu’un chanteur du groupe Pow Wow, aujourd’hui, leur donne une nouvelle jeunesse nous ravit. "Victor s'impose" dit-il encore. C'est évident...

Certains désapprouveront la puissance de la sono qui conviendrait mieux à une salle de concert qu’au Petit- Hébertot, mais c’est surtout la rareté du récital qui suscite les regrets. Une fois par mois ! Le prochain (et dernier) concert a lieu le 28 mars. Ne le manquez pas !

 

 

Bertrand Pierre chante Hugo

Petit Hébertot

31 janvier, 21 février, 28 mars à 21 h

01 42 91 13 84

28/01/2011

Délirant !

On nous annonçait un « spectacle chic et décalé », dont le titre Amor, amor à Buenos-Aires évoquait les succès de Tino et de Dalida.

« Chic » ? En effet, Michel Dussarat s’est surpassé dans les costumes.  Ottavia la Blanca (Sébastiàn Galeota) et Yolanda (Laura Lago) dansent et chantent dans des atours sans cesse renouvelés. comédia,comédie musicale,stéphane druet,michel dussarat,homosexualitéLes danseurs : François Beretta, Fanny Fourquez, Tiago Olivier, Sarah Zoghiami changent aussi de tenue à chaque tableau. Les paillettes brillent, les satins caressent, les couleurs chatoient, comme dans ces revues qui ont laissé des étoiles dans les yeux des spectateurs de music-hall.

Et quant à être « décalé », il est même si « délirant » que les âmes prudes le jugeront sûrement « décadent » ! Car, dans la modeste pension de famille que tient Alba (Mona Heftre), dans ce quartier populaire de Buenos-Aires, (décor de roberto Platé), il se passe des choses que la morale bourgeoise réprouve !

La grand-mère, Zulma (Stéphane Eloy), partage l’herbe qu’elle fume. Elsa (Cécilia Filippi) et Claudia (Emma Fallet) ses deux petites-filles obsédées par le bel Alvaro (François Briault), plongent dans une dévotion inquiétante et l’arrivée d’Ottavia va précipiter les choses ! Accompagné(e)  par Pedro (Salem Sobihi), son « garde du corps », suivi (e) par Yolanda, elle ( ?) révèle qu’elle est le fils qu’Alba a chassé dix ans plus tôt, pour cause d’homosexualité. Et comme Alba tombe amoureuse de Yolanda, que Zulma tue le mari d’Alba (Coco Dias), que les deux (presque) vieilles filles veulent absolument connaître l’amour, dans le grand chassé-croisé des personnages, le spectateur se perd avec délices.

Formidable élan vital,  la comédie musicale de Federico Mora l’Argentin, mise en scène par le Français Stéphan Druet qu’on avait déjà apprécié pour Docteur Ox, Ta bouche, Toi, c’est moi et adoré pour Audimat place le spectacle entre Cosi fan tutte et Femmes au bord de la crise de nerfs. Romances, tangos et parodies, s’enchaînent, soutenus et portés par des danseurs-chanteurs-comédiens extraordinaires…

Vive l’amour libre, à Paris ou à Buenos-Aires !

 

 


 

photo © Bernard Richebe

 

 

Amor, Amor à Buenos-Aires de Federico Mora

créé l'été dernier à l'Hôtel Gouthière

Théâtre Comédia

01 42 38 22 22

www.theatrecomedia.fr

 


 

 

 

 

19/12/2010

Chez les Grecs

 

 

Du temps de Périclès, Le Pirée était un homme.

Non je ne plaisante pas, je l’ai vu, l’autre soir. Le Pirée (Antoine Sastre) était l’assistant de Phidias (Gilles Bugeaud), le grand sculpteur. Celui que ses potes appellent « Phi-Phi ». Un joyeux drille celui-là, très porté vers le beau sexe, entouré de ravissants Petits Modèles  (Florence Andrieu, Nadine Béchade, Marie Blondel, Alexandra Courquet, Nathalie Davoine, Laetitia Le Mesle, Isabelle Monier-Esquis, Laure Pierredon, Marion Sicre). Normal, quand on est plasticien on a besoin de modèles vivants. Or, voici que la République, par la voix de son archonte, Périclès (Christophe Grapperon), vient de commander une statue : « l’Amour et la Vertu ce serait chose aisée ! Mais comment représenter la Vertu ? Franchement, ce ne sont pas les dieux qui en donnent l’exemple. Phidias avait bien pensé à la pulpeuse Aspasie (Lara Neumann), mais c’est plutôt une petite vertu. Heureusement, il y a Madame Phidias (Emmanuelle Goizé), qui, comme la femme de César est irréprochable. Quant à l’Amour, le beau jeune homme Ardimédon (Olivier Hernandez), qui la suit partout en témoigne tellement qu’on peut le choisir pour parangon… Après tout, si l’atelier de Phidias se transforme en hôtel du libre-échange, « ce n’est pas grave ! ». Et Pallas Athénée, qu’on priait chez les Grecs, n’a qu’à se voiler la face !

Dans l’opérette Phi-Phi, Henri Christiné, Albert Willemetz et Fabien Sollar revisitent l’Antiquité quelque cinquante années après La Belle Hélène d'Offenbach. Aujourd’hui la compagnie des Brigands, et le metteur en scène Johanny Bert, quatre-vingts ans plus tard, rajeunissent la célèbre opérette, partition pour cinq chanteurs comédiens, et des chœurs. La mise en scène est intelligente. Tout semble évident pour le spectateur.

La scène se passe chez un sculpteur, il y est donc question de la « représentation du corps ». Et, dit Johanny Bert : « Les corps y sont mis à nus, scrutés, questionnés, par les personnages eux-mêmes ». Il en fait alors des corps morcelés, que les Petits Modèles reconstituent et manipulent, comme les élèves d’un atelier de sculpture. Chaque protagoniste ayant son double, les comédiens donnent leur voix et se détachent du théâtre où les marionnettes (de Einat Landais) s’agitent. Ils prennent ainsi leur distance avec leurs rôles, commentent, rendent le public complice.

Nous ne dirons pas que c’est brechtien, mais esthétiquement, on reconnaît l’influence du maître Alain Recoing. Le résultat ? Le livret d’Albert Willemetz se dégage plus scintillant de ses dialogues aussi caustiques que coquins et les personnages deviennent actuels.

Christophe Grapperon, qui barytonnait dans les premières productions (Les Brigands, docteur Ox, Ta bouche, Toi c’est Moi), a pris la direction musicale depuis Arsène Lupin banquier, et de son pupitre de chef d’orchestre, prête sa voix à Périclès tout en dirigeant l’équipe. Quel talent ! L’orchestration pour dix musiciens, est l’œuvre de Thibault Perrine comme il se doit. Pour les comédiens, on retrouve les fidèles : Gilles Bugeaud, Emmanuelle Goizé, toujours plus pétillants, que de nouvelles voix chaudes et limpides ont rejoints, et naturellement aux costumes, Élisabeth de Sauverzac.

Les Brigands, c’est aussi une question d’amitié.

Pour nous aussi, spectateurs, car à chaque fois, ils nous comblent de bonheur.

 

 

 

 

 

 

Phi-Phi opérette d’Henri Christiné, livret d’Albert Willemetz et Fabien Sollar

Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet

Jusqu’au 9 janvier

01 53 05 19 19